Nord-Kivu (RDC) : plus de cinq mille ménages fuient des combats entre FARDC et le M23

Nord-Kivu (RDC) : plus de cinq mille ménages fuient des combats entre FARDC et le M23

Les anciens rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) ont de nouveau attaqué certaines positions des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ce lundi 28 mars, en territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu à l’est de la RDC. L’assistant de l’administrateur du territoire de Rutshuru confirme l’information. Près de dix mille civils ont fui vers l’Ouganda. (SOS Médias Burundi)

Cette même information est aussi confirmée par l’un des notables du territoire de Rutshuru qui déplore ces affrontements qui ont été à la base d’un déplacement massif de la population de plusieurs localités et villages de Rutshuru.

« Depuis la matinée de ce lundi, les affrontements sont signalés à Chanzu,Ndiza, Runyoni,Chinyamuhana dans le groupement de Jomba », détaille l’autorité.

Ces zones se trouvent à plus de 80 km au nord de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu.

Nos sources affirment que plus de 5000 ménages du groupement de Jomba en provenance des villages de Chanzu, Runyoni, Gitovu, Nyagasozi, Nyakaliba, Nyarubara, Rangira,Rwanguba, Rubona, Cyeya,Tchengerero ont pris fuite et se sont réfugiés en ouganda depuis la matinée de ce lundi 28 mars 2022.

La majorité de ces ménages ont pris la direction de l’Ouganda dans le district de Kisoro (région ouest de l’Ouganda) , d’autres se dirigent à Rutshuru- centre et dans le groupement de Busanza au moment où d’autres familles se sont dirigées vers Rubare, Kalengera et vers Bweza (toujours Nord-Kivu).

Entre-temps, l’assistant de l’administrateur du territoire de Rutshuru le colonel Muhindo Lwanzo, signale que des renforts sont déployés dans les villages touchés en vue de « riposter et protéger les civils ».

Dans un communiqué rendu public, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo accusent « les militaires rwandais d’être aux côtés des M23 ». L’armée congolaise affirme « avoir capturé deux militaires rwandais dans les rangs des ex rebelles du mouvement du 23 mars qui ont attaqué les positions des FARDC ».

De son côté, le gouvernement congolais se dit « être déçu de ce comportement de l’armée rwandaise et qu’il serait mieux de mettre fin à cette hypocrisie rwandaise ».

« Nous pensons qu’il est temps de mettre fin à cette forme d’hypocrisie ou cette forme de complicité qui existerait entre le M23 et le gouvernement du Rwanda parce que nous, nous voulons regarder le Rwanda comme un pays partenaire autant que l’Ouganda », a indiqué Patrick Muyaya porte parole du gouvernement congolais.

Des habitants des zones concernées par les affrontements disent que plusieurs écoles ont dû fermer.

Le M23 a des combattants postés sur le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu depuis 2017. Début novembre 2021, les autorités congolaises avaient accusé le mouvement rebelle d’avoir attaqué Rutshuru, en provenance du Rwanda.

Dans un communiqué, l’armée rwandaise a annoncé qu’elle n’était pas impliquée dans une quelconque activité du M23 ni ne le soutient.
Le M23 s’est replié de la RDC en 2013. Certains observateurs disent qu’une partie de ses hommes ont trouvé refuge en Ouganda au moment où d’autres les soupçonnent de s’être rendus au Rwanda.

Bernard Bisimwa, président du M23 a aussi rejeté les accusations selon lesquelles son mouvement a attaqué Rutshuru.
« Il est mal indiqué que notre mouvement puisse s’engager dans des hostilités avec les FARDC en ce moment où le partenariat avec le gouvernement se porte mieux », avait-il expliqué.

Le M23 demande plutôt aux autorités congolaises de mettre fin à l’insécurité qui prévaut à l’est de la RDC et « neutraliser les bandes armées étrangères dont les ADF, les FDLR qui écument l’est du pays depuis plusieurs décennies et y sèment chaos et désolation ».

Un porte parole de l’armée rwandaise et du M23 n’était pas disponible pour réagir à ces nouvelles allégations. Mais dans un communiqué, le gouverneur de la province de l’ouest du Rwanda dit être au courant de l’arrestation des deux individus cités dans le communiqué des FARDC, tout en niant les allégations.

« Nous voudrions réfuter catégoriquement les accusations sans fondement et déclarer que RDF (nom de l’armée rwandaise) n’est en aucun cas impliqué dans les activités belligérantes à travers la RDC.Le communiqué et les reportages des médias du porte-parole du gouverneur du Nord-Kivu allèguent que deux individus, prétendument membres des RDF, ont été capturés. Nous voudrions contester ces fausses allégations. Les deux noms ont été mentionnés par la délégation congolaise de l’armée et du renseignement lors de la réunion bilatérale RDC-Rwanda des équipes conjointes de renseignement tenue le 25 février 2022 à Kigali », a écrit François Habitegeko, le Gouverneur de la province de l’Ouest.

Les équipes de renseignement n’ont pas été autorisées par la suite à interroger ces personnes pour une évaluation conjointe, poursuit cette autorité.

Et d’insister « Le RDF ne compte aucun membre aux noms présentés dans le communiqué précité. Il s’agit d’une tentative de manipulation de l’opinion en présentant deux individus arrêtés dans des circonstances obscures il y a plus d’un mois, comme des éléments capturés lors des combats du 28 mars 2022 ». Il demande à la CIRGL (conférence internationale sur la région des Grands-Lacs) d’enquêter sur « ces accusations absurdes des FARDC ».

Les déplacés empruntent le poste frontière de Bunagana pour se rendre en Ouganda. Plusieurs locaux ont été réquisitionnés pour « donner un abri aux déplacés ».

________________

Photo d’archives : des civils fuient le Nord-Kivu vers l’Ouganda, novembre 2021

Previous Cankuzo : découverte d'un corps
Next Cibitoke : deux agents de la Régie Nationale des Postes interpellés à Mugina