RDC : l’ONU accuse des militaires congolais de former des réseaux de criminels et de trafic clandestin de minerais

RDC : l’ONU accuse des militaires congolais de former des réseaux de criminels et de trafic clandestin de minerais

Selon le rapport du groupe d’experts sur la situation à l’est de la RDC, adressé au président du Conseil de sécurité le 10 juin 2022, des réseaux criminels et certains militaires congolais des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) se livrent au trafic non étiqueté des minerais.
Le groupe d’experts affirme dans ce rapport que des minerais visés sont emmenés au Rwanda en contrebande pour y être commercialisés.
Il note également la présence dans trois provinces (le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ainsi que l’Ituri) de l’est de la RDC des éléments des armées ougandaise et burundaise ainsi que des Imbonerakure (membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir au Burundi, le CNDD-FDD).
(SOS Médias Burundi)

Ce rapport évoque des accords bilatéraux de coopération militaire entre le gouvernement de la RDC et les deux pays. Cependant selon ce rapport, les trois pays sont accusés de manquement à l’obligation de notification et des accords de coopération militaires.

Le rapport affirme que l’ ouganda n’a notifié au comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1533 (2004) concernant la RDC des opérations de son armée dans le Nord-Kivu et en Ituri qu’après le lancement de celles-ci.

Le Burundi quant à lui n’a pas annoncé au comité , des incursions de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et des Imbonerakure dans le Sud-Kivu , selon le même rapport.

Les experts disent que certains matériels militaires ont été transférés aux forces de défense et de sécurité congolaises sans que le comité en ait été préalablement notifié. Il en veut pour preuves que des documents bancaires comportant la mention
« acquisition des produits agricoles » au lieu de « matériels ou formations militaires », révèlent plusieurs transferts non non communiqués au comité et l’existence d’un système visant à dissimuler ces transferts en raison d’une mauvaise interprétation déclarée du régime des sanctions concernant la RDC.

Des doutes planent. Les experts ne savent pas réellement si ces transferts de matériels militaires n’étaient pas destinés à appuyer des groupes armés déstabilisant la région.

Terrain d’expérimentation pour les groupes armés congolais et étrangers

Le rapport note la présence des groupes armés des ADF (Forces démocratiques alliées) qui luttent contre le gouvernement ougandais que l’armée ougandaise est allée combattre à l’est de la RDC.

Ce groupe armé des ADF aurait signé allégeance au mouvement terroriste « État islamique ».

Néanmoins, même si plusieurs indices montrent ce lien , le groupe d’ experts annonce qu’il n’a pas pu obtenir des preuves pour confirmer que le groupe fournit un appui direct aux ADF.

Le M23 (mouvement du 23 mars) est aussi présent à l’ est de la RDC au Nord-Kivu, selon le rapport des experts de l’ONU. Ce mouvement a fait une résurgence en novembre 2021.

Bien équipé et dirigé par le général Sultan Makenga. Il a déjà mené une série d’attaques contre les positions des FARDC et l’Institut congolais pour la conservation de la nature.

Ce rapport note que le M23 a volé des armes et occupé des positions stratégiques entre la frontière des trois pays: la RDC, l’Ouganda et le Rwanda, récupérant la cité de Bunagana, frontalière avec l’Ouganda qu’il occupe depuis le 13 juin dernier.

Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir le groupe armé M23. Ce que dément le gouvernement rwandais.

Le rapport ne mentionne nulle part où les experts auraient relevé la présence militaire rwandaise sur le sol congolais.

Le rapport souligne qu’à la suite d’une mission réalisée en décembre 2021, le mécanisme conjoint de vérification élargi de la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs), a précisé qu’il n’est pas toujours possible de savoir si la résurgence du mouvement M23 était le résultat d’un quelconque soutien étranger.

Au Sud-Kivu, le rapport note la présence des groupes armés dans les hauts plateaux du territoire de Mwenga, d’Uvira, de Fizi.

Des cycles de représailles entre les groupes armés et les attaques contre des civils se poursuivent, insistent les experts.

Des attaques ciblées contre la communauté Banyamulenge ont entrainé des déplacements des civils.

Le comité des experts déclare que la crise s’est étendue à d’autres zones notamment les moyens plateaux, le territoire de Fizi et la plaine de la Ruzizi. La plupart de groupes armés ont bénéficié d’importants soutiens de groupes locaux et de la diaspora pour leurs opérations, peut-on lire dans le document.

Le rapport revient aussi sur la présence des militaires burundais et Imbonerakure sur les territoire de Fizi et Uvira. Leurs incursions se sont multipliées depuis décembre 2021. L’armée burundaise a reçu un appui des groupes armés congolais, certains ayant servi comme éclaireurs ou s’étant joints à la FDNB et aux Imbonerakure lors des opérations contre le groupe armé burundais RED Tabara (résistance pour un état de droit au Burundi) basé au Sud-Kivu.

En plus des groupes armés étrangers, le rapport des experts sur la RDC parle également de plusieurs groupes armés congolais en Ituri, au Sud-Kivu et au Nord-Kivu.

Il cite notamment les factions de la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO) qui font la guerre contre les FARDC et les civils, en Ituri.

Le rapport affirme que dans les attaques contre les camps de déplacés, les rebelles de la CODECO ont tué des femmes et des enfants en Ituri. Le groupe armé fait aussi des recrutements des enfants et les enrôle comme combattants.

Le rapport dénonce aussi les actions des éléments des FARDC déployés à l’est du Congo pendant l’État de sièges. Des militaires congolais ont mené des attaques et des bombardements qui ont endommagé des maisons, des centres de santé, blessé et tué des civils.

Les combats pour le contrôle des zones riches en minerais opposent souvent les groupes armés congolais entre eux.

Les Maï Maï sont également pointés du doigt dans l’extraction de l’or et accusés de mener d’attaques meurtrières contre des populations civiles.

Le rapport des experts précise également que la quasi totalité de l’or extrait en Ituri a été sortie en contrebande vers les pays voisins de la RDC. Des éléments de l’armée congolaise sont accusés de favoriser la contrebande.

Après avoir remis leurs rapports au président du conseil de sécurité des Nations-Unies Unies, les rapporteurs ont indiqué que malgré l’Etat de siège en vigueur depuis début mai 2021 en Ituri et dans le Nord-Kivu, malgré les opérations militaires des FARDC, de l’armée ougandaise et de la Monusco (Mission de l’organisationdes Nations-Unies en République Démocratique du Congo) , les conditions de sécurité et la situation humanitaire se sont dégradées dans les deux provinces.

Le groupe d’experts propose quelques recommandations au gouvernement congolais, à la région et à l’ONU pour arriver à stabiliser l’est du Congo.

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Photo d’illustration : des militaires des forces armées de la RDC (FARDC)

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