Photo de la semaine-Ouganda : vers l’interdiction du battement des tambours burundais chez les réfugiés

Photo de la semaine-Ouganda : vers l’interdiction du battement des tambours burundais chez les réfugiés

L’ambassade du Burundi à Kampala, en Ouganda a sorti une note interdisant le battement de tambours sur tout le territoire ougandais. Elle a aussi appelé les clubs culturels à remettre leurs tambours au bureau de l’ambassade. Elle s’insurge contre un comportement jugé marginal affiché par des tambourinaires burundais. Cependant des artistes essentiellement réfugiés ne comptent pas obtempérer. (SOS Médias Burundi)

Le communiqué de l’ambassade du Burundi en Ouganda est tranchant.

« Vu le dérapage des artistes culturels burundais en Ouganda, nous prenons la décision de suspendre temporairement toute activité de tambourinaires burundais, jusqu’à une nouvelle réorganisation qui respecte les lois et la culture du tambour burundais inscrit au patrimoine culturel de l’Unesco », a écrit l’ambassadrice du Burundi en Ouganda, Épiphanie Kabushemeye Ntamwana.

Par la même occasion, l’ambassadrice du Burundi convoque une réunion avec tous les clubs de tambourinaires qui sont en Ouganda.

« Une rencontre à l’intention des tambourinaires burundais était prévue jeudi le 6 octobre 2022 au bureau de l’ambassade du Burundi à Kampala à 10h du matin. Vous êtes aussi priés d’amener les tambours pour les conserver avant une note établissant leur bonne utilisation », ajoute la note de l’ambassade.

Pour les concernés, l’ambassade s’est trompée de cible.

« Je crois que madame l’ambassadrice ne parle pas de nous », se désole le président du comité de réfugiés à Kampala.

«Nous n’avons aucune relation avec l’ambassade du pays depuis que nous avons fui le Burundi. Je ne peux pas y entrer, encore moins y tenir une réunion sinon je serais rentré chez moi alors que ce n’est pas encore le moment d’être rapatrié pour moi », dit Damien Nyabenda.

Quant à la demande de déposer les tambours à l’ambassade, les réfugiés rechignent.

« D’abord, l’ambassade devrait nous remercier car nos clubs participent dans la lutte contre la délinquance juvénile et la consommation des drogues. Et puis, remettre nos tambours est irréalisable et impossible. Ils n’ont rien contribué pour les acheter. Jamais nous ne poserons pas nos pieds à l’ambassade », soutient M.Mamert, membre fondateur de l’un des clubs à Kampala, ajoutant qu’ils n’ont pas été invités formellement.

Même son de cloche au camp de Nakivale.

« Ici à Nakivale, nous avons aussi des tambours qui aident à nous souvenir de notre pays et de notre culture. Nous ignorons ces notes de l’ambassade du pays qui nous a chassés. On ne se connaît pas, donc on ne peut pas s’entendre», déclare un des artistes burundais.

Le comité des réfugiés burundais à Kampala va plus loin.

« M’empêcher de battre le tambour c’est comme m’interdire de parler le Kirundi (langue nationale du Burundi) ma langue maternelle. Pas question de dialoguer avec l’ambassade de mon oppresseur sur la façon conserver la culture burundaise », n’a pas hésité à rappeler Damien Nyabenda.

Nœud du conflit…

L’ indignation du Burundi vient de « Nyege-Nyege Festival », un événement culturel qui s’est déroulé du 15 au 18 septembre dernier dans le district de Jinja, au sud de l’Ouganda.

Un groupe de tambourinaires burundais installés en Ouganda mais pas des réfugiés, y a participé.

Des photos et vidéos qui ont circulé sur les réseaux sociaux ont montré des femmes battant le tambour avec leurs seins , nus à découvert, habillées en mini-jupes ou des vêtements laissant apparaître leurs parties intimes comme les seins, le nombril et les fesses ».

Ce comportement n’a pas plu au Burundi

Le ministère ayant dans ses attributions la jeunesse et la culture a fermement condamné « la légèreté des tambourinaires burundais ayant autorisé des femmes à battre et danser aux rythmes des tambours burundais, tout en sachant bel et bien que la culture burundaise l’y interdit farouchement ».

« C’est une scène honteuse pour le Burundi, alors que les tambours burundais constituent déjà le patrimoine culturel mondial reconnu et protégé par l’UNESCO », s’est indigné le ministère burundais en charge de la culture.

Ce comportement est par ailleurs condamné par les clubs des réfugiés en Ouganda.

« Nous interpellons tous les artistes à respecter le mythe autour du tambour. Et puis, que celui qui transgresse ce mythe soit puni et redressé sévèrement mais individuellement », tranchent-ils.

Les tambours du Burundi ont été inscrits, depuis novembre 2014, sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

La danse rituelle autour du tambour royal est un spectacle qui associe le son du battement des tambours à des danses, de la poésie héroïque et des chants traditionnels. Toute la population du Burundi, au pays ou à l’étranger la reconnaît comme un élément fondamental de son patrimoine et de son identité.

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Photo : une femme bat le tambour burundais avec les seins lors du festival Nyege-Nyege

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