Nord-Kivu : des déplacés se remettent entre les mains du président de l’EAC
Le cessez-le-feu convenu entre les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) et le M23 n’a pas été respecté. Des déplacés de Kanyarutchinya, au Nord-Kivu demandent au président de l’EAC, à savoir le président burundais Évariste Ndayishimiye de s’impliquer personnellement dans la question sécuritaire en RDC. (SOS Médias Burundi)
Après la rencontre des dirigeants de la communauté des États de l’Afrique de l’est, EAC tenue à Bujumbura au Burundi début février, des déplacés cantonnés dans le camp de Kanyarutchinya en territoire de Nyiragongo haussent leur ton. Ils déplorent le non respect des mesures strictes prises par les leaders de la communauté Est-Africaine, portant sur le cessez-le-feu dans la zone-est de la RDC. Selon les concernés, les groupes armés présents dans la région « sèment la désolation chez des milliers de Congolais ».
Des déplacés se trouvant à Kanyarutchinya disent ne pas comprendre comment les rebelles du M23 poursuivent leurs affrontements alors qu’il avait été convenu de « chercher des pistes de solution sécuritaire durable entre le M23 et les autorités congolaises ».
« Je comprends maintenant que c’était juste une distraction au détriment des Congolais. Nos présidents n’ont aucune intention de voir la paix revenir en province du Nord-Kivu. Si réellement leur rencontre pouvait s’intéresser beaucoup plus sur la vie des Congolais, ils devraient exiger au M23 de cesser le feu», a estimé Enock Bikanu, un jeune déplacé que notre reporter a trouvé devant sa maisonnette à Kanyarutchinya.

La majorité des déplacés installés à Kanyarutchinya ont fui les hostilités dans le territoire de Rutshuru au nord de la ville de Goma.
« Il y a risque de perdre la confiance en des dirigeants de l’EAC. Ce qu’ils disent dans les réunions n’est pas ce que nous vivons actuellement sur le terrain. Au lieu que le M23 cesse le feu, il progresse. Nous qui vivons dans le camp , cela nous affecte psychologiquement lorsque nous pensons qu’un jour ces rebelles vont nous rejoindre même là où nous sommes», signale Grevais Mumbere, père de famille.
Les déplacés qui se sont confiés à SOS Médias Burundi demandent au président en exercice de l’EAC d’envoyer une commission mixte afin de « dialoguer avec le M23 pour permettre à la population ayant fui les combats de retourner dans leurs localités d’origine ».
« Je pense que le président burundais Évariste Ndayishimiye qui a ordonné qu’il y ait un cessez-le-feu en convention avec ses homologues a le pouvoir d’organiser une commission mixte qui pourra faire le suivi de la question sécuritaire en RDC », estiment plusieurs déplacés.
« Sinon nous risquons de rester des déplacés- étrangers dans notre propre pays durant toute la vie», s’est désolé Raphaël Habumukiza, un autre déplacé.
«L’ EAC peut mettre en place une commission qui peut dialoguer avec le M23. La situation va se rétablir», estime Evode Mukanirwa, qui a été lui aussi contraint de fuir son ménage.
Les autorités congolaises rechignent toujours de dialoguer avec le M23 qu’elles qualifient de « groupe terroriste ».
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Lors du 20ème sommet des chefs d’État de l’EAC dans la ville commerciale Bujumbura, Félix Tshisekedi Tshilombo, président du vaste pays de l’Afrique centrale a exhorté le commandant de la force régionale de l’EAC déployée au Nord-Kivu à « ne ménager aucun effort pour mettre en déroute les rebelles du M23 et les groupes de résistants d’auto-défense dans les territoires de Masisi et Rutshuru ».
Le M23 a toujours accusé l’armée congolaise de collaborer étroitement avec d’autres groupes rebelles locaux et étrangers dont les génocidaires rwandais FDLR pour « nous vaincre ». Des allégations qui ont été rejetées par les autorités congolaises qui reprochent à leur tour au gouvernement rwandais de « soutenir le M23 et déployer des forces spéciales sur le sol congolais afin de renforcer le groupe rebelle ». Le Rwanda ne cesse de balayer d’un revers de la main ces accusations, répétant ses allégations contre les autorités congolaises selon lesquelles elles collaborent avec les génocidaires rwandais FDLR en leur fournissant des uniformes, armes et munitions dans le but de « déstabiliser son territoire ».
Le président congolais a récemment qualifié les FDLR de « force résiduelle réduite au banditisme ne représentant plus de menace contre le Rwanda ».
Le M23, une ancienne rébellion Tutsi qui a repris les armes fin 2021 reprochant aux autorités congolaises de n’avoir pas respecté ses engagements sur la réinsertion de ses combattants, a déjà récupéré plusieurs localités dans la province du Nord-Kivu depuis mi juin 2022, dont la cité de Bunagana, frontalière avec l’Ouganda.
Dans les zones que la rébellion contrôle, des milliers d’habitants ont été contraints de fuir leur domicile. Mais elle les appelle à » retourner chez eux ». Ces derniers jours, les combats entre le M23 et l’armée congolaise ont repris, les rebelles expliquant « vouloir protéger la minorité Tutsi contre un génocide planifié par Kinshasa ».

Les éléments de la force régionale déjà en place peinent toujours à imposer un cessez-le-feu dans la région. Les acteurs dans la crise congolaise sont divisés quant à la mission de cette force. Même si elle a obtenu des couloirs humanitaires et zones tampon, une partie des politiques, leaders de la société civile, groupes de pression et étudiants trouvent qu’elle ne fait pas mieux et qu’elle devrait plutôt « passer à l’offensive ».
S’adressant au commandant en chef de la force régionale, le général kényan Jeff Nyagah en marge du sommet de Bujumbura, le président Tshisekedi a lui aussi haussé le ton.
« Vous n’êtes pas venus pour favoriser le M23 et c’est très dommage que la population s’en prenne à vous. Vous êtes venus pour nous aider, vous n’êtes pas venus pour avoir des problèmes. Donc soyez vraiment attentif à ça soyez attentif à ça. Répondez aux questions de la population, communiquez avec la population », a insisté M. Tshisekedi en présence de son homogue kényan William Ruto.
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Lors de son récent déplacement à Kinshasa, la capitale congolaise et d’ailleurs son premier sur le continent africain, le Pape François a estimé que « la communauté internationale s’est presque résignée à la violence qui dévore le peuple congolais », appelant à l’arrêt du pillage des ressources minières de la RDC qui, selon lui fait des victimes innocentes. Le souverain pontife a également rencontré les victimes des atrocités et violences commises dans l’Est du Congo dont ceux du Nord-Kivu à qui il a dit « votre souffrance est ma souffrance » après avoir écouté des témoignages d’enfants, femmes, hommes, témoins et victimes d’assassinats, mutilations, viol…
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Photo : des femmes installées au camp de déplacés de Kanyarutchinya à côté de la route principale passant non loin de leur camp, février 2023
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