Kakuma (Kenya) : une quinzaine de réfugiés burundais assassinés en huit mois

Kakuma (Kenya) : une quinzaine de réfugiés burundais assassinés en huit mois

Les leaders communautaires au camp de réfugiés de Kakuma au Kenya s’insurgent contre ce qu’ils qualifient d’indifférence face aux assassinats qui ciblent des réfugiés burundais. Ils comptent au moins 14 réfugiés tués jusqu’à ce jour et exigent des enquêtes indépendantes pour traduire en justice les meurtriers. (SOS Médias Burundi)

La dernière victime en date est un réfugié burundais tué dans la matinée de ce mardi au niveau de Kakuma III, bloc 13, non loin du cimetière du camp. Il se rendait au centre de réception pour une assistance en vivres et s’est chamaillé avec des réfugiés soudanais qui l’ont par la suite égorgé, d’après plusieurs témoignages.

La tension communautaire entre réfugiés dits « des Grands-Lacs » constitués essentiellement de Burundais et Congolais d’un côté et des Soudanais de l’autre risque de dégénérer. Les premiers accusent les seconds d’actes de provocation et jurent de se venger.

Ces réfugiés « des Grands-Lacs » ont établi une liste d’au moins 14 assassinats ciblés et pointent du doigt leurs pairs soudanais.

« Il s’agit de réfugiés burundais. C’est inacceptable. Nous sommes venus chercher refuge ici pour vivre en paix, mais voilà que nous sommes ciblés par d’autres réfugiés », s’indignent des leaders burundais.

Ils déplorent le fait qu’il n’y a jamais eu d’enquêtes indépendantes.

« Nous-mêmes, on a essayé de faire nos propres investigations, nous connaissons les noms des personnes tuées, leurs numéros de résidence. Nous savons pour chaque cas la manière dont les attaques ont pu être menées, le jour et l’heure. Nous savons aussi que ce sont des Soudanais, des noms à l’appui, qui s’en sont pris à ces Burundais. Mais, pourquoi la police, l’administration ou le HCR ne peuvent pas intervenir ? Sont-ils complices ? », s’interrogent-ils.

La plupart des réfugiés assassinés sont des jeunes, des motards et des agriculteurs.

« Ces Soudanais circulent avec des armes branches, des lances ou encore des couteaux et autres objets tranchants. Tout le monde le sait. Mais, la police et les gardiens civils ferment les yeux face à cette criminalité grandissante. Des fois, ces administratifs nous demandent si nous ne sommes pas en mesure de nous défendre. Alors, maintenant, on va appliquer cette règle », laissent entendre des réfugiés burundais.

Ils menacent que si rien n’est fait, ils vont répondre coup pour coup.

“On ne peut pas se laisser faire comme l’administration et la police nous ont laissés à notre triste sort. Car des blessés se comptent par centaine. Qu’ils fassent des enquêtes indépendantes pour traduire en justice les auteurs présumés coupables », exigent-ils.

Risque imminent

La dernière fois, un affrontement a failli avoir lieu à Kalobeyei, un site d’agrandissement du camp de Kakuma.

« Ce sont des réfugiés soudanais qui ont posé les premiers actes de provocation comme ils le font toujours. Ils ont mangé par force des beignets et pris des cigarettes sur un stand d’un réfugié burundais. Et ils ont refusé de payer », affirment des témoins.

Les Congolais sur le qui-vive

Selon ces mêmes témoins, le tenancier de la petite boutique a appelé au secours et ses compatriotes sont intervenus.

« On dirait que ces Burundais n’attendaient qu’un signal ou un prétexte pour en découdre avec ces Soudanais. La bagarre a éclaté, l’on compte des blessés des deux côtés dont sept réfugiés soudanais et un Burundais qui sont hospitalisés. N’eût été l’intervention des gardiens civils, le pire allait se produire », décrivent ces témoins.

Des réfugiés congolais eux disent qu’ils ne vont pas « se mêler dans l’affaire entre Soudanais et Burundais » mais jurent d’en découdre « si jamais un réfugié congolais est attaqué et tué ».

« Cependant, si les Burundais nous appellent au secours, on va les assister , trop c’est trop car nous sommes menacés », affirment-ils.

Les deux communautés appellent le HCR, la police et le gouvernement kényan à « intervenir » avant que le pire ne se produise, « même s’il y a déjà eu mort d’hommes ».

Kakuma et Kalobeyei comptent plus de 200 mille réfugiés de plusieurs nationalités, dont plus de 25 000 Burundais.

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Photo d’illustration : des familles de réfugiés burundais et somaliens venus du camp de Kakuma pour des réclamations trouvent un abri sous un pont non loin du QG du HCR à Nairobi, août 2019

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