LES RÊVES DE BAREGEYA : quand «l’ennemi de la nation » sauve plus de 300 citoyens des griffes de leurs « protecteurs »
Les cas d’injustice qui se manifestent au Burundi font froid au dos. Il y a lieu de douter du bien fondé de ces écoles de police, ces sections juridiques dans différents établissements, sans oublier les facultés de droit éparpillées dans les universités à travers le pays. Désespérée, Baregeya tourne les yeux vers le président Neva. Comme d’habitude, la pauvre ne fait, ne peut que rêver. Chronique par Mahoro, SOS Médias Burundi
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Qu’est-ce je vois ? Des anges en bleu ! Mais non, ce sont des policiers. Ils sont doux. Ils sont gentils. Waouh ! Ils s’amusent avec la population. Rien d’anormal, c’est la vraie police de proximité. Ils jouent au cache-cache ! C’est la joie, des cris de joie s’élèvent à leur vue.
Les malfaiteurs ne fuient pas la police. Ils se rendent sans résistance car ils savent qu’ils seront traités avec la dignité la plus absolue. Regardez comment ils font monter les prévenus dans de confortables véhicules. Ils ne sont même pas menottés et s’installent avec aise sur les sièges.
Euh ! C’est la police qui achète des produits. Ah oui, ce sont des paniers de fruits que la police déverse avec énergie à l’arrière de leur pick-up.
Pleurer de joie
Merveilles sur merveilles ! La police burundaise, ma police, notre police se démarque du monde entier. Ce sont des Anges qui veillent sur les Burundais. Même les malfaiteurs pleurent de joie car ils sont bien traités. Je les vois toutes les dents en l’air. Ils rient aux éclats des blagues de nos policiers.
Je les suis pour être dans le groupe sans y parvenir. Ils doivent se rendre dans un lieu de rêve en tout cas. Je cours avec toutes mes forces. Je me retrouve dans un endroit clos et pas accessible à tout le monde. Mais quelle beauté ! Les heureux prévenus ne sont pas embarqués pour être punis. Ils ne sont pas emprisonnés. Les quelques jolies chambres dignes de suites présidentielles ne sont même pas occupées. Avec l’ambiance qui y règne, personne n’a envie de dormir.
Ils sont plusieurs centaines. Ça chante, ça danse. Personne ne mange car ils sont tous rassasiés, repus de plats princiers qui leur ont été servis en mon absence. Même des femmes avec des enfants n’ont pas envie d’aller dormir. Elles sont tellement heureuses qu’elles ne font que pleurer de joie, tellement heureuses qu’elles ne sentent même pas cette pluie, pourtant forte et de grêle qui s’abat sur elles.
Cris de joie et méditation riment. Ils semblent tous envahis par le « saint esprit ». Ils sont tous en transe. Chacun récite des versets. Mais impossible de capter quoi que ce soit de ces centaines de voies qui semblent chacune parler sa propre langue. Un vrai paradis sur terre. C’est une vaste étendue d’une beauté rare, avec la fragrance d’un bon parfum.
Hmm ! Hmm !
Rêve et tais-toi
Pauvre de moi ! Je rêvais ! Pourquoi ça Seigneur ! Pourquoi ? Quel message et à qui dois-je m’adresser. En tout cas je ne dois pas avoir des prophètes, même s’il y en a à gogo au pays pour interpréter mon songe.
Le cache-cache que j’ai vu, ce sont des policiers qui pourchassent et malmènent les pauvres femmes vendeuses de fruits et de légumes à la sauvette, et les jeunes enfants en situation de rue qui se battent pour ne pas rester éternellement dans la mendicité. Les femmes avec des bébés sur le dos sont battues sans pitié et jetées avec les jeunes dans des pick-up en dessous des sièges des policiers. Ce ne sont pas finalement des fruits dont on emplit l’arrière du pick-up, mais bien des humains entassés comme des choux dans un sac.

Les étroits cachots tellement débordés que les détenus sont agglutinés à l’extérieur dans les enceintes des commissariats de police. Des semaines, voire des mois passent sans interrogatoire. Pas de nourriture, pas d’eau, pas de latrines. L’odeur, la puanteur est insupportable. Mais, pour les détenus, elle fait partie de l’ambiance. On s’y fait, à force. Le soleil de plomb alterne avec des pluies diluviennes, parfois même mêlées de grêle. Les détenus passent de la sueur moite au froid rude auxquels les corps frêles, parfois nus ou en guenilles, ne résistent pas. Les morts se comptent chaque jour. Dans l’indifférence et des fois même des moqueries des policiers-chefs.
Un exilé devenu un messie
Chers Burundais, quoi de plus révoltant que de voir 300 personnes dans ces conditions dans une cour de commissariat. Pire encore, c’est le cri d’un homme qui est en Europe à plus de 6000 km (à vol d’oiseau) qui a mis la puce à l’oreille à la Commission nationale indépendante des droit de l’homme (CNIDH).
« Le plaidoyer de la CNIDH vient d’aboutir à la mise en liberté, ce mardi 19 septembre 2023, de plus de 300 personnes détenues au commissariat municipal de police de Bujumbura (EX-BSR, Bureau spécial de recherche). Il s’agit de 252 hommes, 25 femmes et 23 mineurs », lit-on sur le compte X de la commission, avec une photo des pauvres personnes entassées dans la cour du commissariat municipal.
C’est dans la nuit du 18 septembre, vers 22h, que Pacifique Nininahazwe, président du FOCODE (Forum pour la Conscience et le développement) a alerté cette CNIDH. Ce quadragénaire en exil figure sur la liste des damnés du pouvoir de Gitega. Accusés de tous les maux, traité de tous les noms d’oiseau.
Mais la vérité commence petit à petit à montrer le vrai ennemi des Burundais.
Quelle justice !
Où sommes-nous au juste ? Quel pays ! Où sont les différentes institutions ? Est-ce que les OPJ de la police burundaise, au-delà d’être ignorants sont tellement cruels qu’ils sont capables de poser un tel acte ?
Que font les hauts gradés ? Les magistrats des parquets, le procureur général et l’inspecteur général de la police, sans parler de la ministre de la Justice. Allons-nous épargner le président Neva qui, au même moment, se gavait des merveilles du Cuba ? Ceci nous montre le vrai visage du système CNDD-FDD et sa capacité à gérer le pays. Si j’étais le chef, je limogerais tout le monde pour démissionner après avoir mis les coupables au gnouf.
Malheureusement, Neva va encore pleurnicher jour et nuit, se jugeant l’unique juste dans tout le système. Et voilà le résultat.
Sur ce scandale, c’est silence radio, comme si de rien n’était !
C’est ainsi que l’image du pays le plus pauvre au monde est encore plus ternie. Les dirigeants sont aveuglés par le luxe, au grand dam de la pauvre population, sucée jusqu’à la moelle de l’os à travers les taxes qui risquent de s’appliquer même sur l’air que l’on respire.
Résultat : plus personne ne veut rester au pays, sauf ceux à qui la zizanie profite, bien sûr.
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