Tanzanie : la commission tripartite opte pour une fin progressive de statut de réfugiés burundais

Tanzanie : la commission tripartite opte pour une fin progressive de statut de réfugiés burundais

Les gouvernements de la République-Unie de Tanzanie, de la République du Burundi et l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) se sont réunis la semaine dernière en Tanzanie pour la 24ème réunion de la Commission tripartite. Objectif, passer à la vitesse supérieure pour intensifier le rapatriement “librement consenti” des réfugiés burundais vivant sur le sol tanzanien. Les trois parties ont ensuite signé un mémorandum marquant la fin progressive du statut de réfugié pour plus de 155.000 Burundais se trouvant sur le territoire tanzanien. (SOS MédiasBurundi)

Le communiqué final de la commission tripartite entre le Burundi, la Tanzanie et le HCR est un peu doux mais semble cacher beaucoup de choses.

La commission tripartite a d’abord reconnu “la générosité du gouvernement et du peuple tanzaniens dans l’accueil des réfugiés burundais pendant des décennies”. Ensuite, toutes les parties se sont convenues de renforcer la promotion du “rapatriement volontaire consenti” des réfugiés burundais conformément aux dispositions humanitaires internationales.

Mais fort curieusement, c’est un mémorandum plein d’engagements forts qui a été signé entre les trois parties, en l’occurrence les gouvernements de la République-Unie de Tanzanie, de la République du Burundi et l’Agence des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR).

Des représentants des gouvernements burudais et tanzanien ainsi que du HCR en session à Dar-es-Salaam

Sur les antennes de la Télévision nationale tanzanienne « TBC », les langues se sont déliées.

«Nous avons été rassurés, sans nul doute que la paix, la sécurité et la stabilité sont une réalité au Burundi. Les représentants de ce pays l’ont souligné à maintes reprises. La commission tripartite l’atteste aussi. Alors, nous avons l’honneur de mettre à la disposition du Burundi ses ressortissants pour qu’ils participent au développement de leur pays d’origine. Nous les avons bien accueillis pendant des années et nous allons les accompagner», a déclaré Hamad Masauni, ministre tanzanien en charge des affaires intérieures.

Le processus de rapatriement “librement consenti” sera guidé par une feuille de route bien définie qui comprend des dispositions telles que l’amélioration des infrastructures, l’expansion des installations d’accueil et les capacités de sensibilisation et de conseil ainsi que l’enregistrement massif pour le rapatriement.

«Tout cela pour permettre aux réfugiés de prendre des décisions éclairées en matière de rapatriement librement consenti et d’optimiser leurs ressources”, énonce la commission tripartite.

Chiffres…

La commission tripartite a aussi signé un mémorandum de rapatriement volontaire accéléré des réfugiés burundais.

«Entre décembre 2023 et février 2024, au moins 1500 réfugiés doivent être rapatriés chaque mois. Et après février de l’année prochaine, l’on devra passer à 2000 Burundais qui regagnent leur pays d’origine pour la même période. Les convois par mois dépendront de ces chiffres », a , de sa part révélé Martin Niteretse, ministre burundais de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique.

D’anciennes échoppes fermées sur une rue au camp de Nyarugusu

Gitega souligne que les portes sont grandement ouvertes.

«Le gouvernement du Burundi et le peuple burundais accueillent à bras ouverts tous les réfugiés burundais qui souhaitent rentrer chez eux. J’appelle personnellement ceux qui restent dans les pays d’asile à prendre la bonne décision de rentrer pour contribuer au travail de développement du pays aux côtés d’autres citoyens », a ajouté le ministre Niteretse.

Promesses…

Le Burundi a souligné qu’il s’engage à faciliter la reconnaissance des certificats et diplômes scolaires et de la formation professionnelle obtenus par les réfugiés dans le pays d’asile à leur retour au pays.

De sa part, la Tanzanie s’engage à respecter les règles conventionnelles pour la protection des réfugiés.

«Je voudrais réaffirmer l’engagement du gouvernement de la République-Unie de Tanzanie, en faveur du principe du rapatriement volontaire des réfugiés tel que prévu par le droit international des réfugiés. En conséquence, l’exercice de rapatriement volontaire en cours des réfugiés burundais se poursuivra conformément à l’accord tripartite », a réitéré le ministre Masauni.

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La Commission a également convenu de redoubler d’efforts dans la mobilisation des ressources pour soutenir le rapatriement des réfugiés et leur réintégration communautaire.

Le HCR dans le jeu

La commission a désigné le HCR, comme partenaire clé pour convaincre les réfugiés burundais à adhérer aux closes de cette réunion décisive.

«C’est le HCR qui doit superviser ce processus, surtout pour la sensibilisation, l’enregistrement massif et accéléré et la disponibilisation des ressources nécessaires car c’est cette agence qui est déjà près d’eux. J’ose croire que l’heure du rapatriement de tous les réfugiés a sonné, plus rien ne reste ! », a fait savoir la partie tanzanienne.

Cependant, il a été convenu que pendant que l’exercice de rapatriement « librement consenti se poursuivait, les réfugiés burundais continueraient de bénéficier d’une protection internationale en République-Unie de Tanzanie jusqu’au dernier jour ».

L’agence onusienne a reconnu son engagement à aider les deux gouvernements à trouver des solutions durables pour les réfugiés.

“Il est essentiel d’aider les personnes à rentrer chez elles une fois que les conditions le permettent, car c’est la seule solution durable”, a indiqué Mamadou Dian Balde, directeur du bureau régional du HCR pour l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands-Lacs.

«Nous continuons d’appeler la communauté internationale à soutenir les efforts du Burundi pour fournir des services essentiels et un soutien aux rapatriés et à leurs communautés qui permettent des retours durables, ainsi qu’à soutenir les efforts de rapatriement librement consenti en cours en Tanzanie », a-t-il ajouté.

C’est toujours le HCR qui doit faire le triage, une sorte de recensement pour que « ceux qui nécessitent effectivement une protection spéciale soient connus ».

Oiseau de mauvaise augure

Une semaine avant cette réunion de la commission tripartite, le « célèbre » Sudi Mwakibasi, secrétaire permanent au ministère de l’intérieur tanzanien s’était rendu dans les camps de Nyarugusu et Nduta qui abritent des réfugiés burundais.

Il avait prévenu que la commission allait mettre fin au statut de réfugiés burundais.

«Allez annoncer aux réfugiés burundais que vous représentez que la fin du statut de réfugié se profile à l’horizon. On l’a toujours dit et redit ! Maintenant c’est la concrétisation dans un temps qui n’est pas lointain, en tout cas ! », avait-il précisé, demandant aux leaders communautaires d’aller « prêcher » ce qu’il a qualifié de « bonne nouvelle ».

Pour le moment, les concernés ne savent plus à quel saint se vouer.

« Bon, on est aguerri, on ne craint rien mais nous n’allons pas désarmer. Je préférerai mourir ici au lieu de rentrer chez moi car je sais que pour le moment les épées sont éguisées, surtout pour nous qui avons manifesté en 2015 ou encore ceux qui sont soupçonnés de participer dans des bandes armées. Nous allons résister, personne ne va monter dans leurs camions, ils pourront rapatrier nos cadavres », disent certains réfugiés.

Pour d’autres, l’ouf de soulagement repose sur le fait que la commission s’est convenue de continuer à apporter assistance et protection à ceux qui n’ont pas encore pris le choix du chemin retour.

« Cela nous réconforte un peu même si nous savons que des actes de contraintes vont s’intensifier, du moins aussi parce qu’on est habitué à ce que les autorités tanzaniennes fassent le contraire de ce qu’elles disent publiquement. Ce qui fait que nous rejetons ce caractère ‘rapatriement librement consenti’ qui revient tout le temps dans leur bouche », font-ils savoir.

D’autres encore craignent le pire scénario comme celui de 2012 au camp de Mtabila qui a été détruit et brûlé dans la région de Kigoma au nord-ouest de la Tanzanie. A l’époque, le camp hébergeait des réfugiés burundais qui avaient fui les crises de 1972 et 1993.

«Je me souviens que mon père a failli être assassiné quand il résistait, lui et ses compatriotes. J’ai vu des cadres et des personnes qui sautaient des camions qui roulaient à grande vitesse au lieu d’aller se faire tuer au Burundi. Je préfère mourir de la sorte ! », laisse entendre un Burundais, qui est à son 3ème refuge en Tanzanie depuis la crise de 1972 qui a emporté plus de Hutus que de Tutsis.

«Je vois se dessiner le même scénario », se désole-t-il.

Une réfugiée burundaise concernée par la fin de statut de réfugié se tient devant sa maison au camp de Nduta

Les réfugiés burundais demandent à la communauté internationale d’entendre » notre cri ».

Signaux rouges…

Comme signes avant coureur, les réfugiés dénoncent la reprise des actes de persécution tels que la destruction des champs de maïs, de bananeraies et de haricots au cours des deux dernières semaines ainsi que l’interdiction et le vandalisme de petits marchés qui s’étaient introduits dans les villages et sur le terrain de la zone 9 du camp de Nyarugusu. Ces actes, qualifiés « d’inhumains » par les réfugiés sont exécutés par des jeunes gardiens civils et des policiers.

A Nduta, la ration est momentanément coupée

« Normalement, la ration qui se donne ici dure 28 jours, mais fort curieusement, pour le mois de décembre, on nous a donné des vivres pour 21 jours. Donc, cela signifie qu’ils ont commencé à passer à l’acte », explique un réfugié du village 13 du camp de Nduta.

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Depuis le début de l’exercice de rapatriement dit volontaire en septembre 2017, plus de 230. 000 réfugiés sont rentrés au Burundi en provenance des pays voisins, dont plus de 161.000 de Tanzanie.

Fin octobre 2023, environ 248.000 réfugiés burundais étaient hébergés encore en RDC, au Rwanda, en Tanzanie et en Ouganda. Parmi eux, environ 155.000 réfugiés résident dans les camps de Nduta et Nyarugusu , installés dans la région de Kigoma.

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Photo : le ministre burundais en charge des affaires intérieures Martin Niteretse serre la main avec Mahoua Parums, la représentante du HCR en Tanzanie

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