Burundi : l’acharnement continue contre cinq activistes pourtant en liberté
Pour l’organisation «Ensemble pour le Soutien des Défenseurs des droits humains au Burundi, ESDDH », les représentants de l’Association pour la paix et les droits humains (APDH) et l’Association des femmes juristes du Burundi (AFJB) subissent des harcèlements judiciaire et sécuritaire. Ces activistes pourraient être encore une fois arrêtés car le ministère public a émis des mandats d’arrêt en cachette, sans en informer les concernés et leurs avocats. (SOS Médias Burundi)
L’organisation « Ensemble pour le Soutien des Défenseurs des droits humains au Burundi, ESDDH », dénonce un acharnement contre cinq défenseurs des droits humains pourtant libérés en mai 2023.
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Les cinq activistes, trois femmes et deux hommes avaient été interpellés par les renseignements burundais en février 2023 alors qu’ils se rendaient en Ouganda. Ils avaient été invités par Avocats Sans Frontières.
Du coup, tous les comptes bancaires des deux organisations ont été bloqués, « jusque maintenant », d’après les enquêtes de Germain Rukuki, président de l’ESDDH. Ils seront libérés trois mois plus tard.
L’ESDDH affirme avoir mis en place un système de monitoring et un suivi de l’évolution du dossier.
« C’est parce que les chefs d’accusations aussi graves qui étaient érigés contre ces défenseurs à savoir : atteinte à la sûreté nationale de l’État, atteinte au bon fonctionnement de l’économie nationale et rébellion constituaient une affaire montée de toutes pièces pour les incriminer injustement », explique Germain Rukuki qui a purgé une peine de prison quatre ans avant de fonder cette organisation qui défend ses pairs.
« Nous avons été désagréablement surpris de constater que leur libération n’a été que conjoncturelle. Cela se manifeste par le fait que le ministère public a interjeté appel contre cette décision de libération du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Ntahangwa ( nord de la ville commerciale Bujumbura)», dit-il dans sa déclaration avant d’ajouter que « cet état de chose prouve à suffisance qu’ils avaient été libérés pour feindre l’opinion internationale qui s’y était investie au travers d’un plaidoyer assez fort pour leur libération ».
Étonnamment, fait-il savoir, « l’acte d’appel produit à cette fin par le ministère public, depuis mai 2023 est resté toujours top secret jusqu’alors car les cinq défenseurs des droits humains n’ont pas été signifiés jusqu’ici. L’ESDDH constate avec amertume que c’est un réel harcèlement judiciaire ».
Il craint que ces activistes soient encore une fois arrêtés et jetés en prison « injustement comme c’est le cas pour plusieurs voix critiques au Burundi ».
« [….] Ces cinq activistes vivent en cachette et s’inquiètent pour leur vie, celle de leurs familles et des employés de leurs organisations », confie Rukuki, aujourd’hui en exil.
L’organisation ESDDH soutient que le motif de garder secret l’acte d’appel est « certes une manœuvre de pouvoir surprendre ces activistes et les arrêter en catimini et les jeter en prison. Alors, les interpeller ne serait pas possible et défendable pour le ministère public sans préalablement procéder à la délivrance de nouveaux mandats d’arrêt, toujours gardés secrets ».
« C’est un acte qui n’a autre signification qu’intimider les défenseurs des droits humains et les réduire au silence, provoquant un réel rétrécissement de l’espace civique au Burundi », poursuit Germain Rukuki.
L’ESDDH va plus loin pour défendre ces activistes.
« Les organisations APDH et AFJB n’ayant subi aucune sanction, ni avertissement, ni suspension encore moins radiation, se voient toujours empêchées de travailler correctement, leurs comptes bancaires étant toujours gelés. Cette situation menace grandement leur existence et limite de manière illégale leur capacité à défendre les droits humains des Burundais », justifie Germain Rukuki.
Pour lui, « cette situation est un signe éloquent d’un blocage implicite des actions des organisations de la société civile au Burundi. De ce fait, tout ce harcèlement, cette intimidation et persécution des défenseurs des droits humains ne font que ternir l’image du Burundi qui se prête un État de droit et démocratique ».
L’ESDDH rappelle aux autorités burundaises, que « les défenseurs des droits humains ne sont en aucun cas des ennemis du pays mais plutôt qu’ils contribuent à bâtir un espace où la loi, les droits et libertés fondamentaux sont garantis et respectés pour tous ».
Le responsable de l’ESDDH exige au ministère en charge des affaires intérieures, qui s’occupe en même temps des ASBL d’ordonner la réouverture des comptes des organisations APDH & AFJB afin qu’elles puissent continuer leurs actions au profit de leurs bénéficiaires.
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Photocollage : les cinq défenseurs des droits humains
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