Kakuma (Kenya) : les réfugiés manifestent contre une suspension de l’assistance en monnaie
Marche manifestation de réfugiés burundais, congolais, somaliens, érythréens, éthiopiens et soudanais pour protester contre la nième réduction de leur ration et la suspension de leur assistance en Cash (monnaie). La route principale qui passe à l’intérieur du site de Kalobeyei au camp de Kakuma a été bloquée. (SOS Médias Burundi)
Lundi, le camp de Kakuma basé au nord-ouest du Kenya, particulièrement dans son agrandissement du site de Kalobeyei était agité. Les réfugiés se sont réveillés sur une mauvaise nouvelle qu’ils n’ont pas pu digérer : celle de la suspension de l’assistance en monnaie (Cash) surnommée affectueusement « Bamba chakula (bons de nourriture)», ainsi que la réduction de leur ration alimentaire.
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) au niveau national explique qu’il s’agit des mesures d’ajustement liées au manque de financement.
« En raison de l’insuffisance des ressources, le PAM suspendra la fourniture de Cash à partir de mai 2024. La ration alimentaire sera aussi réduite de 40 % à partir de mai 2024. La distribution de la bouillie pour les femmes enceintes et les mères allaitantes est aussi suspendue», mentionne le PAM dans son communiqué affiché au camp de Kakuma.
Comme pour soulager, en vain, les réfugiés, le PAM maintient l’assistance réservée aux plus vulnérables.
« Les programmes de nutrition pour les femmes enceintes et les mères allaitantes souffrant de malnutrition, la distribution de bouillie pour soutenir les patients qui souffrent des maladies chroniques, les programmes d’alimentation hospitalière et d’alimentation scolaire se poursuivront », précise le document du PAM.
Les réfugiés n’ont pas contenu leur colère et sont descendus dans les rues du camp depuis le matin de ce lundi.
« Comment est-ce que nous allons vivre ici, nous allons mourir de faim. Depuis 2023, nous assistons à des réductions intempestives et inexpliquées. Des enfants vont mourir sans doute et cela ne fait qu’accroître des violences conjugales, du banditisme, des grossesses non désirées chez les jeunes filles et des abandons scolaires », scandaient des réfugiés.
La route principale goudronnée qui traverse les villages I, II et III, reliant le camp à la communauté d’accueil est restée bloquée à l’aide des pneus brûlés durant toute l’avant midi au site de Kalobeyei.
« De même, l’autoroute qui mène vers le Soudan du Sud en passant par le camp de Kakuma était bloquée pour montrer au gouvernement du Kenya que les choses sont sérieuses », disent-ils.
« Les manifestants scandaient aussi des slogans comme quoi ils ne veulent plus rester au Kenya qui ne veut plus d’eux, qu’ils désirent être relocalisés vers d’autres pays qui pourraient réserver un bon traitement pour eux », a-t-on entendu.

Les leaders locaux étaient devant les manifestant dans certains endroits.
« Comment ne pas faire partie du mouvement alors que nous sommes tous concernés. Nous avons tenus plusieurs réunions avec le HCR, le PAM et l’administration du camp pour leur montrer que nous sommes laissés pour compte, mais nos doléances n’ont pas été exaucées, alors que toutes ces institutions devraient songer à notre effective intégration dans la société kényane. Ils ont failli à leur mission première d’assurer notre protection », a expliqué, vigoureusement, un de ces leaders des réfugiés.
Les manifestations pacifiques sont devenues ensuite violentes
« Dans l’avant midi, c’était un mouvement normal, les gens avec de petites pancartes. Mais dès lors que la police a usé de la violence pour nous disperser , les choses sont devenues graves : gaz lacrymogènes, blocage des routes, des bureaux et stocks du PAM saccagés, des boutiques vandalisées,…les réfugiés sont vraiment en colère », indiquent des manifestants.
Ce qui est important, d’après les leaders communautaires appelés « Blocs leaders », c’est que toutes les nationalités ont montré qu’elles ont mal accueilli ces mesures. Il s’agit des Burundais, Congolais, Ougandais, Éthiopiens, Somaliens, Érythréens, Soudanais, Djiboutiens.
Manifestants et leaders locaux exigent que ces mesures de réduction de la ration, qu’ils jugent » drastiques et inhumaines » soient revues et annulées.
Pour eux, la problématique qui devrait attirer l’attention des autorités du pays d’accueil et les humanitaires est plutôt celle d’insécurité.
« C’est sidérant de voir qu’ils ne sont pas inquiétés par l’insécurité grandissante ici où nous enterrons chaque jour des victimes du banditisme et des tueries sans nom, sans enquêtes, mais qu’ils ne pensent qu’à continuer à nous enfoncer dans la douleur en réduisant la ration. Ils sont vraiment insensibles ! », regrettent-ils.
Jusqu’à la tombée de la nuit ce lundi, la police n’avait pas encore réussi à contenir le mouvement des réfugiés dans le camp de Kakuma et son agrandissement de Kalobeyei qui comptent plus de 200.000 réfugiés.
_________________________________________________
Photo : des réfugiés dont des femmes et enfants manifestent non loin des stocks et bureaux du PAM
You might also like
Dzaleka (Malawi) : trois réfugiés meurent après des séances de torture
Il s’agit de deux Burundais et un Rwandais. Ils avaient été arrêtés dans le cadre de traque des réfugiés dans les centres urbains et détenus à la prison centrale de
Rwanda : le Japon apporte son soutien aux réfugiés
Le gouvernement du Japon a annoncé son soutien au Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et à la réponse des réfugiés au Rwanda, d’un montant de 500.000 USD.
Tanzanie-Burundi: des réfugiés enlevés en Tanzanie se retrouvent dans des prisons au Burundi
Au-moins six réfugiés burundais ont été kidnappés dans le seul camp de réfugiés burundais de Mtendeli en Tanzanie, en juillet dernier. Leurs familles ont dernièrement appris qu’ils sont détenus dans
