Tanzanie : des centaines de Burundais détenus sur le sol tanzanien

Tanzanie : des centaines de Burundais détenus sur le sol tanzanien

Les Burundais en quête d’emploi en Tanzanie voisine subissent des abus divers. Ils sont soit non payés , soit rançonnés de retour au pays soit emprisonnés. Dans les cachots de Kasulu et Nyamisivya dans la région de Kigoma (nord-ouest de la Tanzanie), des anciens détenus affirment qu’au moins 10 Burundais y sont emmenés chaque jour. Et selon le Consul général du Burundi à Kigoma, Jérémie Kekenwa, au moins 600 ressortissants burundais étaient en détention à Kigoma jusqu’à fin mai 2024. (SOS Médias Burundi)

Selon des Burundais ayant exercé différents métiers en Tanzanie, ils sont confrontés à plusieurs défis. Ils expliquent que des centaines de milliers de Burundais traversent la frontière à la recherche du travail, chaque année. Pour s’y rendre, ils affirment ne rencontrer aucune difficulté. Des anciens travailleurs en Tanzanie ont raconté à SOS Médias Burundi que la situation se complique à la fin du contrat ou alors en cours de route-retour.

« Certains patrons nous exploitent pendant 2 ou 3 ans sous prétexte qu’ils vont nous payer notre argent lorsqu’on aura besoin de rentrer au pays. Au terme de cette période, ils appellent les Wanamugambo (gardiens civils-milice) ou la police et nous accusent d’être des irréguliers et cela dans le but de ne pas payer notre salaire », déplorent un jeune Burundais originaire de la province Gitega, centre du Burundi qui a été victime de cette pratique.

D’autres Burundais dont des travailleurs saisonniers arrivent à avoir leur rétribution. Seulement, on leur tend des embuscades non loin de la frontière quand ils retournent chez eux.

« Des fois , nos patrons nous donnent notre argent mais les Wanamugambo nous tendent des embuscades tout près de la frontière et prennent tout l’argent à notre disposition », regrettent des anciens travailleurs burundais en Tanzanie.

« Certains sont même tués et jetés dans la rivière Maragarazi (séparant le Burundi et la Tanzanie) », disent choqués, des habitants des communes de Mabanda, Kibago et Kayogoro de la province Makamba au sud du Burundi, faisant frontière avec la Tanzanie.

Cachots de Kasulu et Nyamisivya

Des anciens détenus ont dit à SOS Médias Burundi qu’au moins 10 Burundais sont emmenés dans les cachots de Kasulu et Nyamisivya dans la région de Kigoma au nord-ouest de la Tanzanie chaque jour.

Photo d’archives : des dizaines de Burundais venus de Tanzanie bloqués et sans assistance dans la zone neutre sur la frontière de Mugina (Makamba), mai 2020

« La majorité des personnes que l’on envoie dans ces cachots sont des Burundais qui viennent dans les marchés communs entre Burundais et Tanzaniens, prévus entre les pays de l’EAC*. D’autres sont arrêtés quand ils viennent visiter leurs familles. Moi, durant les jours que j’ai passé à Kasulu, je voyais au moins 10 Burundais emmenés à ce cachot chaque jour. Il y a un jour où on y a même transféré 35 personnes en provenance du Burundi », confirme un ancien détenu.

Et de continuer : »Ce qui est très révoltant c’est que toutes ces personnes sont interpellées en possession d’un document délivré par la migration communément appelé « Ujilani Mwema », qui autorise les habitants des zones frontalières à se rendre dans un pays voisin de l’EAC sans problème. Pire encore, ce document leur est retiré avant d’entrer au cachot. On leur propose soit d’être présentés à un juge tanzanien, ce qui peut se terminer par un emprisonnement de 6 à 12 mois ou de payer une amende variant entre 500 mille et un million de shillings tanzaniens ».

Les autorités dressent un bilan plus alarmant

Le Consul général du Burundi à Kigoma Jérémie Kekenwa est au courant de l’affaire des Burundais détenus en Tanzanie. Dans une réunion organisée par le Conseil et Paix du diocèse catholique de Bururi (sud du Burundi), il a récemment affirmé que « plus de 600 Burundais sans papiers étaient en détention au chef-lieu de Kigoma jusqu’à fin mai 2024 ».

Pour le Consul Kekenwa, les personnes régulières n’ont aucun souci en Tanzanie.

« Par exemple en décembre 2023, 1300 Burundais ont passé par la frontière légale, en janvier nous en avons documenté 800, en février ils étaient estimés à 700, en mars 660 au moment où en avril 750 Burundais ont utilisé la frontière légale », a-t-il énuméré.

Et d’ajouter : »Tous venaient pour exercer différents métiers dans la province de Kigoma-sud sans parler de ceux qui passent par les localités de Buhirwe au nord, Kasulu, Kagongo et ailleurs », a éclairé Jérémie Kekenwa.

Le poste frontière de Mugina entre le Burundi et la Tanzanie

M. Kekenwa appelle les jeunes burundais notamment à chercher des documents de voyage avant d’envisager tout voyage en Tanzanie et ailleurs.

« Ce sont ces documents-là qui les protègent », estime-t-il.

Ces dernières années, plusieurs milliers de Burundais partent dans les pays de la sous-région comme la Tanzanie, le Kenya, le Congo ou encore l’Ouganda à la recherche du travail. Beaucoup d’autres se rendent dans la partie sud de l’Afrique en Zambie et en Afrique du Sud. Le chômage et la cherté de la vie sont les deux raisons principales de cet exode qui concerne pour la plupart les jeunes diplômés et non instruits.

________________________________________________

Photo : une pancarte d’indication du tribunal du district de Kibondo où plusieurs Burundais sont obligés d’aller comparaître

Previous RDC : des associations dénoncent des discours de haine contre les minorités
Next Crise-carburant- Burundi : le gouvernemen a abdiqué face à la crise-carburant ( président du sénat)

You might also like

Société

Cibitoke : 5 orpailleurs tués en moins d’une semaine à Bukinanyana et Murwi

Trois des cinq corps des orpailleurs ont été retrouvés par les habitants dans un site d’or sur la colline de Gisaba dans la commune de Murwi en province de Cibitoke

Société

Giharo–Rutana : plus 50 familles en détresse après avoir été expropriées de leurs terres

Selon des habitants de la colline Kibimba en commune Giharo, province Rutana (sud-est du Burundi), plus de 50 familles regroupées dans deux coopératives ont été expropriées de leurs terres situées

Société

Bubanza : des anciens combattants CNDD-FDD favorisés

Des anciens combattants des mouvements rebelles autres que le CNDD-FDD se disent exclus des listes du ministère de la défense et des anciens combattants. La gratuité des soins de santé