Kirundo : des militants du CNDD-FDD divisés par une affaire d’assassinat

Kirundo : des militants du CNDD-FDD divisés par une affaire d’assassinat

Deux factions du parti CNDD-FDD dans la province de Kirundo (nord du Burundi) semblent être à couteaux tirés, suite à une affaire d’assassinat impliquant un cadre communal du parti et membre de la ligue des jeunes Imbonerakure. (SOS Médias Burundi)

Un climat tendu autour de l’affaire s’observe, selon nos sources.

L’incident, survenu samedi dernier, a provoqué un véritable séisme au sein des militants du parti. Selon plusieurs sources proches de l’administration communale et des cercles du CNDD-FDD à Kirundo, la victime n’a pas encore été inhumée. Son corps repose toujours à la morgue de l’hôpital de Kirundo.
Viateur Habimana, administrateur communal de Kirundo, aurait bloqué l’enterrement, prétextant qu’il fallait attendre la décision de la justice. Ce dernier aurait également promis à la famille de la victime un soutien actif dans le suivi du procès, allant jusqu’à prendre en charge les frais de morgue.

Le suspect et les réactions

Marc Nduwamahoro, principal suspect et cadre du parti présidentiel, est détenu depuis le 15 décembre dans le cachot du parquet de Kirundo. Cet incident a été le catalyseur d’une fracture au sein du parti, opposant deux camps bien distincts : celui de l’ancien colonel Anastase Manirambona et celui de l’ancien député Jean Baptiste Nzigamasabo, surnommé « Gihahe ».

Selon des militants locaux, Marc Nduwamahoro serait affilié au camp de Jean Baptiste Nzigamasabo, tandis que Viateur Habimana, impliqué dans le suivi de l’affaire, appartiendrait au camp de Manirambona. La rivalité entre les deux factions semble être exacerbée par des enjeux de positionnement sur la liste des confiants (« Abizigirwa »). Marc Nduwamahoro figure sur cette liste, contrairement à l’administrateur communal.

Conflits internes et influence politique

Les tensions internes se manifestent également dans la composition de la liste des confiants, dominée par des proches de Gihahe, considéré comme un bras droit de Révérien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD. Ce choix aurait écarté plusieurs membres du camp de Manirambona, y compris le ministre de la Défense, Alain Tribert Mutabazi.

Malgré ces divisions, certains cadres du parti et administratifs continuent de rendre visite à Marc Nduwamahoro en détention, où il bénéficie d’un traitement privilégié. D’autres, en revanche, préfèrent garder leur distance pour éviter d’être associés à cette affaire sensible.

Des enjeux judiciaires complexes

Jean Claude Ndemeye, procureur de la République à Kirundo, serait réticent à porter l’affaire devant les tribunaux. Selon des sources locales, ce dernier, proche du camp de Jean Baptiste Nzigamasabo, souhaiterait calmer les tensions avant de poursuivre le dossier. Il aurait même envisagé de libérer le suspect, sous la pression de plusieurs cadres du parti.

En T-shirt du CNDD-FDD à droite, Jean-Baptiste Nzigamasabo dit Gihahe à côté du secrétaire général du CNDD-FDD, le 5 février 2021 à Kirundo © SOS Médias Burundi

En revanche, l’administrateur communal incite la famille de la victime à réclamer un procès en flagrance, marquant ainsi son opposition aux manœuvres dilatoires.

Un crime sordide

La victime, battue à mort par Marc Nduwamahoro et un complice, aurait été abandonnée dans un champ sur la colline Kanyinya. Son corps a été découvert le lendemain par des passants. Ce drame met en lumière non seulement des tensions internes au sein du CNDD-FDD, mais aussi les difficultés d’une justice parfois entravée par des influences politiques.

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L’issue de cette affaire reste incertaine, mais elle constitue un test crucial pour la crédibilité des institutions judiciaires et administratives dans cette région du nord du Burundi.

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Photo : le premier à gauche, Anastase Manirambona lors du congrès extraordinaire qui a élevé Révérien Ndikuriyo au poste de secrétaire général du CNDD-FDD, le 24 janvier 2021 à Gitega © SOS Médias Burundi

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