Répression, pauvreté, propagande : la Ligue Iteka dresse un acte d’accusation contre le régime Ndayishimiye

Répression, pauvreté, propagande : la Ligue Iteka dresse un acte d’accusation contre le régime Ndayishimiye

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 8 août 2025 — Lorsqu’il accède au pouvoir en juin 2020, après le décès inattendu de son prédécesseur Pierre Nkurunziza, Évariste Ndayishimiye suscite des espoirs. Ceux d’un nouveau souffle, d’une rupture avec les années sombres marquées par les violences post-2015, et d’un retour à l’État de droit.

Cinq ans plus tard, un rapport accablant de la Ligue Iteka dresse un tout autre bilan : celui d’une gouvernance autoritaire, d’une société civile muselée et de droits humains constamment piétinés.

Un climat politique toujours verrouillé

Le rapport met en lumière une continuité avec les pratiques autoritaires de l’ère Nkurunziza. Dès les premières semaines de son mandat, le président Ndayishimiye multiplie les déclarations de bonnes intentions, promettant une lutte sans merci contre la corruption et une réouverture de l’espace politique. Mais rapidement, la répression reprend ses droits.

Opposants, militants, journalistes et simples citoyens critiques sont la cible d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’actes de torture.

Les chiffres sont glaçants : entre juin 2020 et juin 2025, la Ligue Iteka a documenté 2 776 assassinats, 231 enlèvements, 313 cas de torture, et 665 victimes de violences basées sur le genre. Des violations systématiques que le régime justifie souvent par des impératifs sécuritaires ou de lutte contre le terrorisme.

Un processus électoral biaisé

Les élections législatives du 5 juin 2025 ont été, selon la Ligue Iteka, le théâtre d’un véritable simulacre démocratique. Les partis d’opposition ont été exclus ou affaiblis, les observateurs intimidés, et les fraudes massives orchestrées en faveur du CNDD-FDD.

Résultat : le parti au pouvoir revendique plus de 96 % des suffrages, raflant les 100 sièges de l’Assemblée nationale. Une victoire écrasante qui consacre un système de parti unique de fait, dénoncé par l’UPRONA, le CNL et la coalition Burundi bwa Bose.

La mauvaise gouvernance au cœur du système

Sur le plan économique, le tableau est tout aussi sombre. Le Burundi est confronté à une crise multiforme :

pénurie de carburant,

médicaments introuvables,

flambée des prix des denrées alimentaires,

dévaluation continue du franc burundais.

La Banque centrale, désormais placée sous la tutelle directe de la présidence, a perdu toute indépendance. La réforme monétaire de 2024, avec le retrait brutal des billets de 5 000 et 10 000 FBu, a semé la panique dans une population déjà fragilisée.

Selon la Banque africaine de développement, l’inflation a atteint 27,1 % en 2023. Une situation explosive qui alimente la pauvreté — plus de 70 % des Burundais vivent sous le seuil de pauvreté — et le mécontentement social.

L’éducation et la santé : secteurs en crise

Dans les zones rurales, les écoles tombent en ruine. L’accès à une éducation de qualité devient un luxe. Les infrastructures sont insuffisantes, le matériel didactique fait défaut, et les enseignants sont souvent livrés à eux-mêmes.

Le président Évariste Ndayishimiye, entouré du nouveau Premier ministre Nestor Ntahontuye, du vice-président Prosper Bazombanza, et de la nouvelle équipe gouvernementale, lors de la prestation de serment des ministres à l’Assemblée nationale, le 6 août 2025.
(SOS Médias Burundi)

Côté santé, la situation est critique : les hôpitaux manquent de tout, les médicaments sont rares, et les inégalités d’accès se creusent. La pandémie de COVID-19 a aggravé les fragilités d’un système sanitaire déjà à bout de souffle.

Une justice aux ordres et un appareil sécuritaire instrumentalisé

Le cas emblématique du procès d’Alain-Guillaume Bunyoni, ancien Premier ministre tombé en disgrâce, illustre un système judiciaire où l’indépendance est illusoire.

Jugé à huis clos à la prison de Gitega, Bunyoni est condamné pour tentative de coup d’État, complot et atteinte à l’économie nationale. Un procès qualifié de politique par plusieurs organisations de la société civile.

Le Service national de renseignement (SNR), de son côté, est toujours décrit comme le bras armé de la répression. Il opère dans l’impunité, en collaboration avec des milices affiliées au CNDD-FDD, notamment les Imbonerakure et les nouvelles structures comme la FRAD (Force de Réserve et d’Appui au Développement).

Des institutions fragilisées et une CNIDH contestée

En mai 2025, la nomination de Monseigneur Martin Nyaboho à la tête de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) fait polémique.

L’ancien président, Sixte Vigny Nimuraba, a fui le pays, dénonçant des pressions et des menaces. Ce renouvellement, opéré dans des conditions troubles, marque selon la Ligue Iteka une reprise en main politique d’une institution censée être garante des droits fondamentaux.

Implication dans le conflit congolais et tensions régionales

Le Burundi d’Évariste Ndayishimiye ne se limite pas à la répression intérieure. Il est également engagé militairement dans le conflit à l’est de la République démocratique du Congo, notamment contre les rebelles du M23 affilié au mouvement politico-militaire hostile à Kinshasa, l’Alliance Fleuve Congo.

Depuis novembre 2023, plusieurs unités de l’armée burundaise opèrent en RDC, souvent dans la plus grande opacité. Cette présence est vivement critiquée, tant pour ses coûts humains que pour son absence de contrôle parlementaire ou démocratique.

Le rapport de la Ligue Iteka est sans appel : le quinquennat de Ndayishimiye n’a pas apporté le changement espéré. Au contraire, il a consolidé un système autoritaire, affaibli l’État de droit et creusé les inégalités.

Les violations des droits humains persistent, les institutions sont instrumentalisées, et l’espace civique est verrouillé.

En cinq ans, Évariste Ndayishimiye est passé de l’image d’un réformateur à celle d’un dirigeant autoritaire, selon la Ligue Iteka. Derrière les promesses de changement, le régime a renforcé son emprise sur toutes les sphères de la vie nationale, étouffant les libertés fondamentales et compromettant l’avenir démocratique du pays.

Le 5 août 2025, le président Ndayishimiye a mis en place un gouvernement réduit, marqué par l’introduction de nouvelles personnalités et des retours stratégiques, signe d’un réajustement politique à mi-mandat — ou d’une simple manœuvre de survie.

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Photo :des Imbonerakure, agents du SNR et policiers tentent de forcer la porte d’une maison appartenant à un opposant suspecté de détenir des armes illégalement, dans le nord de la ville commerciale Bujumbura.
Photo : Jean Pierre Aimé Harerimana / SOS Médias Burundi

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