Une mère, une vie, une balle : colère après la mort d’une Congolaise enceinte à la frontière

Une mère, une vie, une balle : colère après la mort d’une Congolaise enceinte à la frontière

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 3 septembre 2025- Elle portait la vie. Elle transportait du carburant. Elle est morte sous les balles.

Dans la nuit du 2 au 3 septembre, sur la colline frontalière de Nyamitanga, en zone Ndava, commune de Bukinanyana, province de Bujumbura (ouest du Burundi), une commerçante congolaise enceinte a été abattue par un soldat burundais alors qu’elle traversait la rivière Rusizi, qui sépare la République démocratique du Congo et le Burundi, avec quelques bidons de carburant. Un échange de survie devenu sentence de mort.

Ce drame, survenu dans une région rongée par la pauvreté et étouffée par une pénurie de carburant depuis 57 mois, a bouleversé la communauté locale. Il soulève une question brûlante : dans un État en crise, jusqu’où ira l’indifférence face à la vie humaine ?

Une traversée mortelle

Selon plusieurs témoins et autorités locales, la victime, une commerçante bien connue dans la région, tentait de traverser la Rusizi avec une cargaison de dix bidons de carburant, destinés à la revente au Burundi. La femme enceinte aurait été criblée de balles par un soldat burundais en mission de surveillance de la frontière. Elle est morte sur place, sans avoir eu le temps de demander de l’aide.

Des tirs nourris ont été entendus dans la nuit, semant la panique parmi les habitants. Ce n’est qu’au matin que le drame a été découvert. Son corps a été transporté à la morgue de l’hôpital privé de Gasenyi, dans la même région, par les autorités locales, en présence de membres des forces de sécurité.

Un contexte explosif

Ce drame intervient dans un contexte de pénurie aiguë de carburant qui frappe actuellement le Burundi, et ce depuis 57 mois. Face à l’absence d’approvisionnement dans les stations-service, de nombreux habitants de la plaine de la Rusizi franchissent régulièrement la frontière vers la RDC pour se procurer du carburant de manière informelle. Cette situation crée un climat de tension entre civils et forces de sécurité, déjà sur le qui-vive dans cette zone sensible.

« Il est incompréhensible qu’une femme enceinte, qui cherchait simplement à nourrir sa famille, soit abattue comme une criminelle », s’indigne un habitant de Nyamitanga.

Une justice attendue

Pour l’heure, l’identité complète de la victime n’a pas encore été officiellement confirmée, bien que des habitants assurent qu’elle était connue dans la région pour son activité de commerce transfrontalier.

La population de Nyamitanga, encore sous le choc, exige l’ouverture d’une enquête indépendante et que le militaire responsable soit traduit devant la justice militaire. Plusieurs voix s’élèvent également pour appeler les autorités burundaises à repenser la manière dont les forces de sécurité encadrent les activités aux frontières.

Les autorités administratives et sécuritaires, contactées à plusieurs reprises, ont choisi pour l’instant de ne pas s’exprimer sur cette affaire troublante, alimentant ainsi l’inquiétude et la frustration de la population locale.

« Cette femme n’était ni armée, ni dangereuse. Elle n’a pas franchi la frontière pour attaquer, mais pour survivre », déplore un autre témoin.

Un drame de plus aux frontières oubliées

Ce meurtre met une fois de plus en lumière la précarité des petits commerçants transfrontaliers, souvent pris en étau entre nécessité économique, absence de voies légales d’échange, et violence d’État. La frontière entre la RDC et le Burundi, loin d’être un simple point de passage, est devenue un lieu de tension permanente, où la pauvreté côtoie la peur.

Au-delà des chiffres, des frontières et des cargaisons de bidons, c’est une vie qui a été fauchée. Une mère en devenir, partie chercher de quoi faire vivre les siens, n’est jamais rentrée. Son nom, son visage, son histoire rejoignent celles de nombreuses femmes invisibles, qui paient de leur vie le prix des crises que d’autres provoquent.

Dans les collines de Nyamitanga, le silence est pesant, mais la colère gronde. La population ne demande pas la vengeance, mais la justice. Une justice qui reconnaisse que la pauvreté ne devrait jamais être un crime, et que les armes ne doivent jamais répondre à la détresse humaine.

Car tant que de telles tragédies seront possibles, la frontière ne sera pas qu’un trait sur une carte. Elle restera une ligne de feu entre la survie et l’oubli.

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Photo : une commerçante transporte des bidons de carburant dans la ville d’Uvira, en République démocratique du Congo, à quelques kilomètres de Bujumbura. Dans la nuit du 2 au 3 septembre 2025, une autre commerçante, enceinte, a été abattue par un soldat burundais alors qu’elle traversait la rivière Rusizi pour revendre du carburant au Burundi, en pleine pénurie depuis 57 mois.© SOS Médias Burundi

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