Burundi : arrestation d’un journaliste de la RTNB, silence pesant dans les médias locaux

Burundi : arrestation d’un journaliste de la RTNB, silence pesant dans les médias locaux

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 3 septembre 2025 – Le journaliste Marius Muhirwa, employé au service des nouvelles de la Radio Télévision Nationale du Burundi (RTNB), a été arrêté ce mercredi à Bujumbura ( capitale économique). Il est actuellement détenu dans un cachot de la police au centre-ville, selon des informations recueillies par SOS Médias Burundi. L’arrestation suscite peu de réactions dans les médias locaux, alimentant les inquiétudes sur la liberté de la presse dans le pays.

Marius Muhirwa a été interpellé alors qu’il se rendait à une convocation policière, la deuxième en l’espace de deux jours. Il aurait informé ses supérieurs de chacune de ces convocations. Contacté par ces derniers, le porte-parole du ministère burundais de la Sécurité publique, Pierre Nkurikiye, a confirmé l’arrestation du journaliste. Il affirme que ce dernier est poursuivi pour escroquerie.

Selon la version policière, Muhirwa aurait reçu une somme estimée à quatre millions de francs burundais d’un individu à qui il aurait promis un poste d’enseignant dans le secteur public. Cette même personne aurait porté plainte après n’avoir vu aucune concrétisation de la promesse. SOS Médias Burundi n’a pas pu vérifier la véracité des faits relatés par la police.

Un silence médiatique révélateur

L’affaire aurait pu passer totalement inaperçue si elle n’avait été relayée par des sources proches du journaliste. Malgré son statut d’employé d’un média d’État, aucun communiqué de la RTNB n’a été publié à ce sujet, et les médias locaux se sont, pour la plupart, abstenus de couvrir l’affaire.

Ce mutisme généralisé interroge. Des journalistes interrogés sous anonymat évoquent une « affaire civile », reprenant la terminologie utilisée par la police pour minimiser l’événement. Mais pour un responsable d’un média indépendant contacté par SOS Médias Burundi, ce silence est symptomatique d’une autocensure profonde.

« C’est de l’autocensure sans précédent. C’est comme participer à sa propre diabolisation. La presse est censée être la voix des sans-voix. Quelle société construit-on si l’on n’ose même pas évoquer l’arrestation d’un collègue ? », s’indigne-t-il.

Un climat de plus en plus difficile pour la presse

Des organisations de défense des journalistes, dont le Committee to Protect Journalists (CPJ), ont exprimé leur inquiétude quant à cette arrestation, bien qu’elles disposent de peu d’éléments pour le moment.

Le climat dans lequel survient cette affaire est déjà tendu pour la presse burundaise. Le classement mondial de la liberté de la presse 2025 établi par Reporters sans frontières (RSF) place le Burundi à la 125e position sur 180 pays, marquant un recul de 17 places par rapport à 2024. Ce déclassement traduit une dégradation des conditions d’exercice du journalisme dans le pays.

Tant que la justice n’aura pas tranché sur la culpabilité ou l’innocence de Marius Muhirwa, la présomption d’innocence doit être respectée. Mais le silence médiatique entourant son arrestation soulève des questions profondes sur l’état de la liberté d’expression au Burundi et la capacité des journalistes à se défendre collectivement, même dans leurs propres rangs.

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Photo : Le journaliste Marius Muhirwa, employé par la RTNB, un média d’État, est actuellement détenu par la police burundaise. © DR

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