Rupture nationale de compresses et de rouleaux de gaz : les hôpitaux burundais en difficulté
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 4 novembre 2025 – Depuis la deuxième semaine du mois d’octobre, la petite nation de l’Afrique de l’Est fait face à une rupture nationale des rouleaux de gaz et des compresses médicales, des produits essentiels utilisés quotidiennement par les soignants pour nettoyer et panser les plaies.
Selon plusieurs sources sanitaires, cette pénurie touche l’ensemble du pays et paralyse de nombreux services hospitaliers.
Les autorités sanitaires confirment qu’à la Centrale d’Achat des Médicaments Essentiels du Burundi (CAMEBU), il n’existe plus aucune réserve de compresses.
Cette structure, chargée d’approvisionner les hôpitaux publics et privés du pays, n’a pas pu livrer les établissements depuis plusieurs semaines.
Le marché noir s’enflamme
Face à cette rupture, certains hôpitaux se tournent vers des solutions alternatives. Plusieurs responsables d’établissements affirment acheter les rouleaux de gaz sur le marché noir ou dans des pharmacies privées, mais à des prix exorbitants.
« Nous sommes en train d’acheter un rouleau de gaz entre 150 000 FBu et 200 000 FBu dans les pharmacies privées, alors qu’à la CAMEBU ou chez les grossistes, le même produit coûte moins de 50 000 FBu », confie un responsable de la province sanitaire de Buhumuza, à l’est du Burundi.
Les patients, premières victimes
Cette situation a des répercussions directes sur les patients, souvent contraints de se procurer eux-mêmes le matériel nécessaire à leur traitement.
« On m’a obligée d’aller chercher du pansement dans les pharmacies pour que mon enfant soit soigné », déplore une jeune maman de la province de Butanyerera, au nord du pays.
Dans les services de maternité, la situation est particulièrement critique. Les césariennes, qui nécessitent une grande quantité de compresses, sont parfois retardées.
« Il nous arrive d’ajourner les opérations, le temps de trouver des rouleaux de gaz », explique un médecin généraliste de Muyinga, dans le nord-est.
Une mère d’un quartier du nord de la capitale économique Bujumbura témoigne elle aussi, exaspérée :
« J’emmène mon enfant pour recevoir un vaccin mais j’ai dû payer moi-même les frais de compresses. C’est honteux ce que nous vivons ici. »

Des femmes et leurs enfants dans une allée de l’hôpital Roi Khaled à Bujumbura, mars 2025 © SOS Médias Burundi
Un appel urgent au ministère de la Santé
Face à cette crise, les professionnels de santé lancent un appel pressant au ministère de la Santé publique et de la Lutte contre le Sida pour trouver une solution rapide.
Ils rappellent que ces produits sont essentiels, non seulement pour le traitement des plaies, mais aussi pour la sécurité des interventions chirurgicales.
Des causes multiples
Selon plusieurs sources médicales, cette rupture serait liée à des retards d’importation et à des difficultés d’approvisionnement auprès des fournisseurs étrangers. La CAMEBU dépend en grande partie des importations pour ces produits, dont la commande nécessite des devises rares.
Certains acteurs du secteur pointent également du doigt une gestion centralisée et lente des achats publics, qui retarde souvent la distribution du matériel médical vers les provinces.
Une situation qui, selon eux, « révèle la fragilité du système d’approvisionnement en produits de santé » dans le pays.
Un risque sanitaire majeur
Des experts en santé publique préviennent que si la situation perdure, elle pourrait entraîner « une augmentation des infections post-opératoires et une baisse de la qualité des soins dans les hôpitaux ».
Un médecin de Bujumbura résume l’inquiétude générale :
« Sans compresses ni gaz, même les gestes médicaux les plus simples deviennent risqués. C’est tout le système de santé qui est en danger. »

Un agent de santé en train de prélever du sang destiné à des structures sanitaires au Burundi lors d’une campagne de don de sang © SOS Médias Burundi
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Photo : Un centre d’accueil des malades atteints du choléra dans la capitale économique Bujumbura, mal équipé. © SOS Médias Burundi
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