Sud-Kivu : la guerre dans l’est exacerbe les tensions entre le Burundi et le Rwanda
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 9 décembre 2025 — Lors d’une réunion lundi après-midi avec les diplomates accrédités au Burundi et les représentants des organisations régionales et internationales, le ministre burundais des Relations extérieures, Edouard Bizimana, a dénoncé les récentes attaques rwandaises contre les positions burundaises en République démocratique du Congo (RDC). Jusqu’à présent, aucune réaction directe du Rwanda aux allégations du chef de la diplomatie burundaise n’était faite à la publication de cet article.
Des attaques coordonnées contre les forces burundaises et la population civile
Selon M. Bizimana, le Rwanda aurait lancé ces offensives peu après la signature, le 4 décembre à Washington, d’un accord régional auquel le Burundi était associé en tant qu’observateur. Les attaques auraient ciblé la Task Force conjointe burundo-congolaise (TAFOC), déployée pour soutenir le gouvernement congolais, ainsi que la population civile à l’aide de drones et d’armes de précision.
Le ministre a précisé que les préparatifs de ces actions auraient commencé dès le 28 novembre, avec le passage de camions militaires et le déploiement de milliers de soldats rwandais en RDC, dont 8000 supplémentaires récemment. L’objectif, selon Bizimana, serait de conquérir plusieurs villes stratégiques : Uvira, à quelques kilomètres de Bujumbura- la capitale économique du Burundi, le territoire de Fizi et la ville de Kalemie, chef-lieu du Tanganyika.
Renforts et pertes burundaises
Depuis le 1er décembre, les affrontements dans les localités de Lubarika, Mitimbili, Katogota, Luvungi et Sange ont fait de nombreuses victimes parmi les soldats burundais. Parmi elles, le lieutenant-colonel Athanase Minani, le plus haut gradé tombé depuis le début de l’intervention en RDC.
Contrairement aux missions de maintien de la paix en Somalie, où les familles des militaires reçoivent une indemnisation clairement définie, aucune procédure officielle n’existe pour les soldats burundais morts en RDC, provoquant colère et incompréhension parmi les familles.
Le Burundi appelle à des sanctions
Le ministre Bizimana a demandé à la communauté internationale de sanctionner le Rwanda pour ces attaques, qualifiées d’« indiscriminées » et de violation des accords régionaux.
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Dénonçant ce qu’il qualifie de « double jeu » de Kigali, Edouard Bizimana a insisté sur le fait que le Burundi n’est pas une partie au conflit, mais intervient pour sécuriser sa frontière et coopérer avec les forces congolaises. Selon lui, le pays est prêt à dialoguer avec Kigali pour trouver une solution pacifique, tout en se disant également prêt à défendre son territoire si nécessaire.
« Nous avons empêché plusieurs attaques qui visaient notre sol. Le Burundi a le droit de poursuivre ceux qui ont agressé son territoire », a-t-il déclaré.
Le M23, moteur de tensions régionales
Réactivé en 2021 et intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa, ancien président de la CENI congolaise, le M23 contrôle aujourd’hui plusieurs chefs-lieux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que des zones stratégiques riches en minerais. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le mouvement, ce que Kigali dément, bien que plusieurs rapports de l’ONU évoquent la présence de milliers de militaires rwandais aux côtés du M23.
Le Burundi a officiellement déployé depuis mars 2023 plus de 10 000 soldats pour soutenir les FARDC et les milices locales Wazalendo dans la guerre contre le M23. En décembre 2023, 272 militaires burundais ayant refusé de combattre le M23 ont été arrêtés, jugés et condamnés à des peines allant jusqu’à la perpétuité. Ils sont actuellement détenus à Murembwe, dans le sud-ouest du pays.
Diplomatie et perspectives
En marge des discussions tenues à Washington, le président burundais Évariste Ndayishimiye a déclaré :
« Le Burundi a un grand rôle à jouer », ajoutant qu’il espère qu’il est possible « d’arriver à une paix durable et à la stabilisation de la région ».
À plusieurs reprises, M. Ndayishimiye a défendu la présence militaire burundaise en RDC comme un devoir de solidarité régionale :
« C’est normal que des militaires burundais soient tués en RDC, parce qu’ils ont signé pour ça. »
Néanmoins, il a rappelé que les avancées du M23 relèvent de la responsabilité des autorités congolaises :
« C’est au Congo d’expliquer comment les rebelles continuent de gagner du terrain alors que nous sommes venus les aider. Le Burundi n’apporte qu’un soutien. »
Le Rwanda accuse à son tour
En retour, le Rwanda accuse la RDC et le Burundi de soutenir les FDLR, un groupe hutu rwandais opérant dans l’est du Congo et accusé d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. L’accord de Washington prévoit notamment le désarmement de ces combattants, que le président Félix Tshisekedi décrit comme » une force résiduelle réduite au banditisme ».
Cette situation s’inscrit dans un climat régional déjà lourd, marqué notamment par la décision des autorités burundaises de fermer les frontières terrestres avec le Rwanda en janvier 2024, une mesure justifiée par des accusations récurrentes de soutien rwandais à des groupes armés hostiles au Burundi.
À ce stade, aucune enquête indépendante n’est venue corroborer les accusations formulées par le ministre Bizimana, laissant pour l’instant ces affirmations non confirmées.
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Photo : Édouard Bizimana, ministre burundais des Relations extérieures, prête serment devant l’Assemblée nationale le 6 août 2025. Il a accusé le Rwanda d’ingérence dans la région. ©SOS Médias Burundi
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