Ruyigi : l’afflux massif de réfugiés à Busuma fait grimper les prix sur les marchés locaux
SOS Médias Burundi
Ruyigi,1er janvier 2026 —La commune de Ruyigi, en province de Buhumuza à l’est du Burundi, fait face à une hausse généralisée des prix des produits de première nécessité. Cette flambée est principalement liée à l’installation du camp de réfugiés de Busuma, situé à proximité des camps de Bwagiriza et Nyankanda.
Bien que ces camps soient relativement éloignés du chef-lieu communal de Ruyigi, où se situe le marché central, la hausse des prix se fait particulièrement sentir sur les marchés locaux. Les marchés de Kwisumo à Bwagiriza et de Kayongozi, près de Nyankanda, sont parmi les plus touchés, de même que les vendeurs ambulants circulant à l’intérieur et autour des camps.
Des réfugiés en nombre croissant
Le camp de Busuma continue de recevoir un afflux massif de réfugiés provenant de différents centres de transit. À ce jour, il abrite plus de 65 000 réfugiés, ce qui en fait l’un des plus grands camps du Burundi. Les conditions de vie y demeurent toutefois précaires.
Avant l’installation de ce camp, les produits comme la farine, le charbon, les haricots ou les légumes étaient accessibles à des prix abordables. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé : un sac de charbon qui se vendait auparavant à 15 000 francs burundais coûte désormais entre 30 000 et 40 000 francs, et de nombreuses autres denrées ont connu des augmentations similaires.
Les réfugiés sont parmi les premières victimes de cette flambée. « La ration que nous recevons ne suffit plus à couvrir nos besoins. Avec l’augmentation des prix, il devient presque impossible d’acheter même les légumes », témoigne Justine, réfugiée au camp de Bwagiriza. Stéphane, réfugié du camp de Nyankanda, confirme : « Nous dépendons du marché local, mais tout est devenu cher. Même le charbon pour cuisiner coûte trop cher. »
La communauté hôte aussi touchée
La population locale ressent également l’impact de cette situation. Ernest, habitant de la colline Nyakayi, explique : « Avant, nous vivions avec nos petits revenus. Aujourd’hui, la demande est forte et les prix augmentent chaque jour. Nous comprenons la situation des réfugiés, mais nous aussi, nous souffrons. »
La commune de Ruyigi abrite à elle seule trois camps — Nyankanda, Bwagiriza et Busuma — qui accueillent ensemble plus de 80 000 réfugiés, exerçant une pression considérable sur les marchés et les ressources locales.
Contexte sécuritaire et humanitaire
Ces déplacements massifs sont liés aux violences persistantes dans la province du Sud-Kivu, en RDC, où les combats opposent les FARDC, appuyées par des troupes burundaises et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, aux rebelles du M23. Avec les avancées du M23 dans la plaine de la Ruzizi en décembre 2025, le Burundi a procédé au rapatriement d’une grande partie de ses troupes, déployées depuis mars 2023. Malgré ce retrait partiel, les affrontements se poursuivent.

Ces combats se déroulent malgré l’accord de Washington, signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, auquel le Burundi a participé comme observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.
Réactivé en 2021, le M23, désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI), qui plaide pour un État fédéral en RDC, contrôle aujourd’hui plusieurs territoires stratégiques dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, ainsi que des sites miniers majeurs, notamment le gisement de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde.
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. Malgré les démentis de Kigali, un rapport du Groupe d’experts de l’ONU affirme la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles de l’AFC/M23.
Une pression humanitaire sans précédent
Au seul mois de décembre 2025, près de 90 000 réfugiés congolais ont été accueillis au Burundi, s’ajoutant aux plus de 70 000 autres arrivés plus tôt dans l’année, accentuant la pression sur les marchés, les infrastructures et les ressources locales, et posant un défi majeur aux autorités burundaises et à la population hôte.
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Photo : un rassemblement de réfugiés au camp de Busuma, dans l’est du Burundi, décembre 2025. © SOS Médias Burundi
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