Nakivale (Ouganda) : des réfugiés interpellés sur fond de tensions électorales
SOS Médias Burundi
Nakivale, 21 janvier 2026 – Les récentes élections présidentielles et législatives en Ouganda ont eu des répercussions directes dans plusieurs camps de réfugiés, notamment à Nakivale, l’un des plus vastes du pays. Des réfugiés burundais, congolais et somaliens ont été arrêtés avant, pendant et après le scrutin, pour des faits liés, selon plusieurs sources, à des activités jugées politiques par les autorités.
Participation politique interdite, réalité plus complexe
Selon le droit international et la législation ougandaise, les réfugiés n’ont pas le droit de participer aux activités politiques du pays d’accueil. Toutefois, dans un contexte où certains réfugiés vivent en Ouganda depuis des décennies, cette interdiction est souvent difficile à faire respecter.
D’après plusieurs témoignages recueillis à Nakivale, des réfugiés ont pris part à des rassemblements et à des manifestations, tant pro-gouvernementales qu’hostiles au pouvoir en place.
« Des bagarres et des émeutes ont éclaté ici au camp lorsque la police a voulu empêcher les réfugiés de sortir pour manifester avec les opposants. Un policier a même été blessé », témoigne un réfugié burundais du camp de Nakivale, précisant que l’incident s’est produit dans le village de Kabazana, à proximité du camp.
Une source sécuritaire indique que plusieurs réfugiés ont été interpellés non seulement à Nakivale, mais aussi à Mbarara, à quelques 270 kilomètres au sud-ouest de la capitale Kampala, et à Kampala, dans des contextes similaires liés à la période électorale.
Mise en garde préalable des organisations de défense des réfugiés
À la veille du scrutin du 15 janvier, l’ONG Refugee Rights Action Organization (RRAO) avait publié une note d’information visant à « protéger le statut et la sécurité des milliers de demandeurs d’asile et de réfugiés avant, pendant et après les élections ».
« L’engagement politique est interdit : les réfugiés en Ouganda risquent l’expulsion en période électorale. Tous les réfugiés doivent s’éloigner du débat politique interne », avertissait l’organisation.
Basée à Kampala, la RRAO indiquait avoir observé la présence de réfugiés dans plusieurs manifestations à l’approche du scrutin, soulignant que la période électorale constitue un moment de haute sensibilité politique.
Risque de perte du statut de réfugié
Pour Liberat Ndayishimiye, directeur exécutif de la RRAO, le cadre juridique est clair :
« Les réfugiés bénéficient d’une protection internationale, mais celle-ci est conditionnée par une stricte non-ingérence dans les affaires politiques du pays d’accueil. »
Il mettait en garde contre les risques encourus :
« L’implication politique peut exposer les réfugiés à l’arrestation, au harcèlement ou même au retrait de leur statut de réfugié. »
L’organisation recommandait ainsi aux réfugiés de ne participer à aucune campagne, de ne porter aucun symbole de parti politique et de s’abstenir d’exprimer des opinions partisanes, y compris sur les réseaux sociaux.
Appels à la clémence et camps paralysés
À Nakivale comme à Kampala, des leaders communautaires de réfugiés appellent aujourd’hui à la clémence des autorités ougandaises, demandant la libération de réfugiés détenus pour des motifs qualifiés de politiques.
Ils dénoncent également la paralysie de nombreuses activités dans les camps, conséquence directe de la coupure d’internet imposée durant la période électorale, qui a affecté l’accès à l’information, aux services et à la communication avec les familles.
L’Ouganda, première terre d’asile en Afrique
Avec environ 1,93 million de réfugiés, majoritairement originaires du Soudan du Sud, du Soudan et de la République démocratique du Congo, mais aussi des dizaines de milliers de Burundais, l’Ouganda demeure aujourd’hui le premier pays d’accueil de réfugiés en Afrique.
La situation observée à Nakivale illustre toutefois la fragilité du statut de réfugié en période de forte tension politique, où les impératifs sécuritaires des États hôtes entrent souvent en collision avec les principes de protection internationale.
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Photo : un camp de Nakivale en Ouganda, juillet 2025, des réfugiés patientent pour bénéficier de l’aide en cash de GiveDirectly, une ONG américaine. La récente vague d’arrestations liée aux tensions électorales a plongé les réfugiés dans l’inquiétude et le désarroi. SOS Médias Burundi
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