Flambée du prix du charbon à Gitega : les ménages sous pression face à une hausse alarmante
SOS Médias Burundi
Gitega, 29 mars 2026 — À Gitega, capitale politique du Burundi, la hausse rapide du prix du charbon de bois suscite une vive inquiétude parmi les habitants, déjà confrontés à des conditions de vie difficiles. En l’espace de six mois seulement, les prix ont connu une augmentation significative, mettant en péril l’équilibre économique de nombreux ménages.
Rencontré à Magarama alors qu’il s’approvisionnait en charbon, Julien Ndikumasabo, 64 ans et père de sept enfants, témoigne de cette réalité préoccupante. « Il y a six mois, j’avais acheté un sac moyen de charbon à 50.000 francs burundais. Aujourd’hui, je suis obligé de débourser 70.000 francs pour le même sac », déplore-t-il. Il évoque notamment la dévaluation de la monnaie burundaise comme une cause probable de cette hausse. Selon lui, la quantité achetée ne suffit plus pour couvrir les besoins mensuels de son ménage : « Ma femme me disait qu’un sac moyen durait 20 jours. Si rien n’est fait, la situation deviendra de plus en plus intenable. »
Même constat du côté de Médiatrice Barakamfitiye, 50 ans, mère de cinq enfants, rencontrée sur un site de vente de charbon dans le quartier Karera I. Faute de moyens suffisants, elle est contrainte d’acheter le charbon au détail. « Si je trouve de l’argent, j’achète une boîte de charbon à 2.000 francs par jour. Avec mes revenus, il m’est quasiment impossible d’acheter un sac entier », explique-t-elle. Elle souligne également que le prix de la boîte de charbon a doublé, passant de 1.000 à 2.000 francs burundais. Face à cette situation, elle affirme recourir parfois au bois de chauffage ramassé aux alentours de la ville. « C’est devenu très difficile pour les familles démunies de cuisiner pour leurs enfants », regrette-t-elle.
Du côté des fournisseurs, les raisons de cette flambée sont également pointées du doigt. Deogratias Nduwarugira, 43 ans, originaire de la colline Gishora et fournisseur de charbon à Gitega, attribue cette hausse au manque croissant de boisements. Selon lui, la raréfaction des ressources forestières impacte directement la production et l’approvisionnement en charbon.
Les chiffres illustrent clairement cette tendance haussière : en six mois, le prix d’une boîte de charbon est passé de 1.000 à 2.000 francs burundais, celui d’un seau de 3.000 à 5.000 francs, un sac moyen de 50.000 à 70.000 francs, et un grand sac de 80.000 à 110.000 francs burundais.
À ces difficultés s’ajoutent les charges fiscales. Les fournisseurs doivent s’acquitter de taxes communales de 1.000 francs burundais par sac, ainsi que de 3.000 francs burundais versés à l’Office Burundais des Recettes (OBR) pour obtenir l’autorisation de transport, en collaboration avec l’Office Burundais pour la Protection de l’Environnement (OBPE).
Une crise qui dépasse Gitega
La situation observée à Gitega n’est pas isolée. Dans la capitale économique Bujumbura ainsi que dans plusieurs centres urbains du pays, la pression sur le charbon de bois s’accentue, alimentée par la croissance démographique, la pauvreté énergétique et la dépendance quasi totale des ménages à cette source d’énergie.

Un point de vente de charbon de bois à Gitega, symbole d’une pénurie persistante qui fait grimper les prix et met les ménages sous pression. © SOS Médias Burundi
La transition énergétique amorcée dans la sous-région
À l’échelle de l’Afrique de l’Est, certains pays ont amorcé une transition progressive vers des sources d’énergie alternatives, notamment le gaz de cuisson, afin de réduire la pression sur les ressources forestières et stabiliser les coûts pour les ménages.
Au Rwanda, les autorités ont fortement encouragé l’utilisation du gaz domestique à travers des politiques fiscales incitatives et des campagnes de sensibilisation. Cette stratégie vise à diminuer la dépendance au charbon, notamment en milieu urbain.
Même dynamique au Kenya, où le gaz de pétrole liquéfié (GPL) est de plus en plus accessible grâce à des subventions et à l’extension des réseaux de distribution, notamment à Nairobi. Le gouvernement kényan a également mis en place des programmes pour encourager les ménages à faibles revenus à adopter des solutions énergétiques propres.
En Tanzanie, les autorités ont lancé ces dernières années des initiatives visant à promouvoir le gaz et à limiter l’exploitation du charbon de bois, même si la transition reste inégale entre zones urbaines et rurales.
Un défi majeur pour le Burundi
Au Burundi, cette transition énergétique reste encore embryonnaire. Le coût élevé du gaz, le manque d’infrastructures de distribution et le faible pouvoir d’achat des ménages constituent des obstacles majeurs à l’adoption de solutions alternatives.
Face à la flambée continue des prix du charbon, habitants et acteurs du secteur appellent à des mesures urgentes : soutien aux ménages vulnérables, politiques de reboisement, régulation du marché et promotion d’énergies alternatives accessibles.
Sans intervention rapide, préviennent-ils, l’accès à une source d’énergie essentielle pour la cuisson pourrait devenir un luxe pour une grande partie de la population.
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Photo : Des sacs de charbon de bois transportés sur des vélos dans la capitale politique, Gitega. Le charbon, devenu de plus en plus rare ces derniers mois, connaît une flambée des prix qui affecte durement les ménages urbains. © SOS Médias Burundi
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