Bujumbura : explosions meurtrières, silence suspect et version officielle contestée

Bujumbura : explosions meurtrières, silence suspect et version officielle contestée

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 1 avril 2026 — De violentes explosions ont secoué mardi soir la capitale économique du Burundi, plongeant la population dans la panique. Alors que les autorités évoquent un simple court-circuit, de nombreuses zones d’ombre persistent, alimentant les doutes sur l’origine réelle du drame et sur un bilan humain qui pourrait être largement sous-estimé.

Le flou a continué de planer après les explosions survenues mardi soir dans la capitale économique du Burundi, Bujumbura. À ce stade, seul un bilan partiel a été communiqué par l’administration communale de Mugere, dans le sud de la ville, où l’incident s’est produit : 8 morts et une trentaine de blessés.

Du côté des autorités centrales, le silence a dominé. Les porte-parole de l’armée et de la police ont refusé de s’exprimer, y compris sur les ondes de la radio nationale. Le gouverneur de Bujumbura, le général major Aloys Ndayikengurukiye, a affirmé attendre les rapports consolidés en provenance de toutes les communes concernées avant de se prononcer.

Sur le terrain, la situation est restée tendue et opaque. De rares journalistes ayant tenté de couvrir les événements ont été empêchés de travailler. Selon plusieurs témoignages concordants, des Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, ont dispersé ces reporters et ont procédé au nettoyage des lieux tout au long de la nuit de mardi à mercredi et ce mercredi, effaçant les traces des explosions en ramassant les débris.

Parallèlement, des sources non confirmées par des canaux officiels ont avancé un bilan bien plus lourd, évoquant près de 80 morts. Parmi les victimes figurent des détenus de la prison centrale de Bujumbura, dite Mpimba, située à seulement 100 à 150 mètres du camp d’où sont parties les explosions.

L’administratrice communale de Mugere, Adélaïde Hatangayo, a toutefois confirmé la mort de deux détenus à Mpimba, sans donner davantage de détails.

Que s’est-il réellement passé ?

Le porte-parole de la Force de Défense Nationale du Burundi (FDNB), le général de brigade Gaspard Baratuza, a affirmé dans un groupe WhatsApp réunissant des communicants du gouvernement et des responsables de médias locaux qu’un court-circuit est à l’origine du drame.

Selon lui, un grave accident électrique dans un magasin de munitions de la FDNB basé à Musaga a provoqué les explosions. Il a appelé la population au calme et a demandé d’éviter les zones concernées, assurant que les services habilités sont en cours d’intervention.

Ces affirmations ont été relayées par le gouverneur de Bujumbura sur les ondes de la radio nationale, sans plus de précisions.

Mais plusieurs sources proches du dossier ont réfuté cette thèse. Un ancien magasinier ayant géré le stock concerné a affirmé que ce type d’installation n’est pas électrifié.
« À moins que cela ait changé depuis mon départ, mais je n’y crois pas », a-t-il confié.

Un officier ayant récemment fui le pays a également tenu un discours similaire. Il a expliqué que, dans d’autres camps militaires stratégiques qu’il connaît, notamment à Mwaro (centre) et Cankuzo (est), les dépôts d’armes, appelés abris, ne sont pas électrifiés et sont généralement construits sous terre, à l’intérieur de reliefs creusés.

Cependant, selon lui, la configuration géographique de Bujumbura, située en plaine, rend difficile la construction de dépôts souterrains en raison de la présence d’eau à faible profondeur. Des informations non confirmées ont toutefois évoqué l’existence partielle d’infrastructures enterrées sur le site concerné.

Des résidents de Musaga se tiennent à proximité des débris laissés par les explosions, observant les dégâts au lendemain du drame. © SOS Médias Burundi

Un stock déplacé et des spéculations multiples

Un colonel de la FDNB ayant récemment déserté a affirmé que ce stock se trouvait auparavant dans le quartier de Gasekebuye, non loin du camp Base. Il a indiqué qu’il a été déplacé après que les autorités burundaises ont attribué des parcelles à des civils dans cette zone, après l’arrivée au pouvoir du CNDD-FDD en 2005, à la suite de l’accord d’Arusha de 2000.

D’autres sources non confirmées ont évoqué une attaque sophistiquée par drone. Aucune source officielle n’a confirmé ni infirmé cette hypothèse.

Un résident a affirmé avoir vu « quelque chose descendre comme un éclair » juste avant les explosions, évoquant initialement un crash d’avion.

La dispersion d’engins explosifs jusque dans les quartiers nord de la ville, loin de Musaga, a alimenté les craintes d’attaques multiples. Mais des sources militaires ont parlé d’un phénomène classique lié à la puissance des déflagrations.
« Plus la charge est importante, plus les projectiles peuvent être propulsés loin. Il n’y a rien d’anormal », ont-elles expliqué.

Un stock stratégique au cœur des opérations régionales

Selon plusieurs sources non confirmées, le stock concerné a récemment reçu des munitions en provenance de la Tanzanie et d’un pays européen. Ces équipements sont destinés à être déployés dans l’est de la RDC, notamment au Sud-Kivu, où l’armée burundaise combat aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo contre le M23.

Un témoin a affirmé avoir vu, la semaine précédente, une douzaine de camions de l’armée tanzanienne traverser la frontière de Kobero, chargés de matériel militaire.

Des débris d’une bombe ont été retrouvés dans la cour d’une école secondaire à Musaga ce mercredi, alors que des Imbonerakure procédaient au nettoyage des lieux après les explosions. © SOS Médias Burundi

Camp Base : un centre logistique névralgique

Le camp Base, également appelé base de la logistique militaire, joue un rôle central dans l’approvisionnement des forces armées burundaises. Il fournit aux différents camps du pays des uniformes, des chaussures, des médicaments et de la nourriture, à l’exception des haricots.

Le site abrite également une station de ravitaillement en carburant pour les véhicules militaires ainsi qu’un important atelier de couture.

Selon plusieurs témoins, une partie des stocks de médicaments et de vivres a été détruite dans les explosions.

Une rue de Musaga où des commerces et des maisons ont été touchés par les explosions de mardi soir. Les habitants restent sous le choc. 1er avril 2026. © SOS Médias Burundi

Un bilan incertain et une communication verrouillée

Dans ce contexte de communication verrouillée et d’informations contradictoires, de nombreuses zones d’ombre persistent quant à l’origine exacte des explosions, à l’ampleur réelle des pertes humaines et aux responsabilités éventuelles.

Le bilan est resté difficile à vérifier. Le porte-parole de la FDNB a promis un point de presse dans la soirée de mercredi.

Du côté de la prison centrale de Mpimba, SOS Médias Burundi a confirmé la mort d’au moins une détenue, selon ses proches.

Plusieurs enfants portés disparus ont été retrouvés, et certaines familles ayant fui leurs domiciles sont retournées chez elles ce mercredi.

Les autorités ont continué d’appeler la population à éviter les zones où se trouvent des engins non explosés.

Dans la diaspora, de nombreux messages de solidarité ont afflué.

Le président burundais Évariste Ndayishimiye a déclaré mercredi soir sur son compte X (anciennement Twitter) :
« Au nom du peuple burundais, je tiens à exprimer ma gratitude à tous ceux qui, de près ou de loin, nous manifestent leur solidarité suite à l’incendie survenu à un des stocks logistiques de la base militaire de Musaga. Je tiens également à vous rassurer que la situation est maîtrisée. »

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Photo : Un homme tient dans ses mains les débris d’une bombe à Musaga, alors que des Imbonerakure procédaient, ce mercredi 1er avril, au nettoyage des lieux après les explosions. © SOS Médias Burundi

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