Burundi : plus de 180 victimes de violations des droits humains dont plus de 110 homicides en trois mois, selon la Ligue Iteka

Burundi : plus de 180 victimes de violations des droits humains dont plus de 110 homicides en trois mois, selon la Ligue Iteka

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 19 avril 2026 — La Ligue des droits de l’homme Iteka dresse un bilan alarmant de la situation des droits humains au Burundi au cours du premier trimestre 2026, avec au moins 182 personnes victimes de diverses violations, dont 111 cas d’homicides.

Dans son rapport, la plus ancienne organisation de défense des droits humains du pays indique une détérioration marquée de la situation. « Au moins 111 personnes ont été tuées, dont 60 corps retrouvés. Parmi les victimes, 86 sont des hommes et 25 des femmes. Par ailleurs, 40 cas de violences basées sur le genre ont été enregistrés, dont 30 viols sur des mineurs », précise le document.

La Ligue Iteka fait également état de 8 personnes victimes de traitements cruels, inhumains ou dégradants, 14 personnes enlevées ou portées disparues, ainsi que 9 arrestations arbitraires. Au total, 182 cas de violations des droits humains ont été documentés sur la période.

Selon l’organisation, la majorité des victimes seraient issues de l’opposition politique ou de voix critiques du pouvoir. Toutefois, elle note que des membres du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, figurent également parmi les victimes : « six membres du CNDD-FDD ont été tués, deux enlevés, huit victimes de violences basées sur le genre et trois torturés », indique le rapport.

La Ligue Iteka pointe également des responsabilités attribuées à des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, des agents administratifs, des éléments du Service national de renseignement (SNR) ainsi que des policiers, souvent cités comme principaux auteurs présumés des violations et homicides documentés. Le rapport mentionne aussi des cas liés à des actes de justice populaire ou de règlements de comptes.

Pour le président de la Ligue Iteka, Anschaire Nikoyagize, cette situation reflète une crise profonde de gouvernance. Il évoque une justice « instrumentalisée, à double vitesse et au service de la répression ». Il met en garde contre une possible aggravation de la situation si rien n’est fait, estimant que l’année 2026 pourrait être encore plus meurtrière que les précédentes.

Gitega en tête des violences

Le rapport place la province de Gitega, située au centre du pays et qui abrite la capitale politique, en tête des zones les plus touchées avec 37 homicides en trois mois, suivie de Bujumbura, située à l’ouest du pays et abritant la capitale économique, avec 30 cas.

Les provinces de Burunga (sud), Buhumuza (est) et Butanyerera (nord) enregistrent respectivement 18, 14 et 12 cas de meurtres. La Ligue Iteka souligne également que Bujumbura arrive en tête des cas d’enlèvements et de disparitions forcées.

L’organisation déplore le faible taux d’enquêtes ouvertes sur ces violations graves, estimant que l’impunité demeure largement dominante.

Appels à des enquêtes indépendantes

La Ligue Iteka exhorte les autorités burundaises à garantir le respect des droits fondamentaux, notamment le droit à la vie, à l’intégrité physique et à la liberté. Elle appelle également à des enquêtes indépendantes et à des mesures concrètes pour mettre fin à l’impunité.

« Il est urgent de s’attaquer sérieusement à l’impunité et de faire en sorte que les auteurs de violations des droits humains répondent de leurs actes », insiste l’organisation.

La Ligue des droits de l’homme Iteka, pionnière des organisations de défense des droits humains dans la petite nation de l’Afrique de l’Est, exerce depuis l’exil depuis la crise de 2015, déclenchée par le troisième mandat controversé du feu président Pierre Nkurunziza.

Les autorités burundaises ne reconnaissent pas les rapports de la Ligue Iteka, qu’elles qualifient parmi les organisations dites « ennemies de la nation », accusées d’être au service des anciens colonisateurs.

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Photo : Une vue de la rivière Rusizi, séparant la RDC et le Burundi, où des habitants se sont rassemblés sur le lieu d’une double découverte macabre dans la province de Bujumbura, en mars 2026. La scène a suscité émotion et interrogations au sein de la population locale, alors que la Ligue Iteka appelle à des enquêtes approfondies sur ces morts encore non élucidées, dans un contexte plus large de recrudescence des violations des droits humains documentées dans le pays. © SOS Médias Burundi

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