Sud-Kivu : le gouverneur Purusi dans la tourmente, 18 députés exigent sa chute
SOS Médias Burundi
Bukavu, 26 avril 2026 – À Uvira, la tension politique monte autour de la gestion de la province du Sud-Kivu. Dix-huit députés provinciaux ont officiellement initié une motion de défiance visant le gouverneur Jean Jacques Purusi, qu’ils accusent de graves manquements dans l’exercice de ses fonctions.
Selon les élus signataires, plusieurs griefs sont retenus contre le chef de l’exécutif provincial, notamment des soupçons de détournement de fonds publics, le non-paiement des agents de l’État, ainsi que des allégations d’implication dans l’exploitation illégale de minerais en collaboration avec des opérateurs étrangers. Les députés dénoncent également l’absence d’initiatives concrètes en matière de développement dans les territoires d’Uvira, Fizi, Mwenga et Shabunda.
La session décisive est prévue pour le mardi 28 avril 2026 à l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu, où un vote pourrait sceller le sort politique du gouverneur. En attendant cette échéance, la mobilisation gagne également la population locale.
Dans la ville d’Uvira, plusieurs habitants expriment leur mécontentement face à ce qu’ils qualifient de « gouvernance à distance ». Ils reprochent au gouverneur de ne pas résider dans la province, affirmant qu’il passerait l’essentiel de son temps à Bujumbura, la capitale économique burundaise voisine.
« Nous allons souvent aux bureaux administratifs de Kavimvira pour chercher les autorités, mais nous ne trouvons personne. Ils sont tous à Bujumbura », témoigne un habitant.
Les critiques portent également sur des promesses non tenues, notamment la création d’emplois, la réhabilitation des routes urbaines, ainsi que la finalisation de la Route nationale n°5 reliant Kavimvira à Kalundu et jusqu’au centre-ville d’Uvira.
Jean Jacques Purusi a déplacé sa base à Bujumbura après la chute de Bukavu, une situation qui s’est aggravée après la prise d’Uvira par les rebelles du M23 en décembre 2025. Ces derniers s’en sont retirés définitivement un mois plus tard, sous pressions américaines.
Alors que les députés provinciaux s’apprêtent à statuer sur son avenir politique, le gouverneur a été convoqué à Kinshasa par les autorités nationales, un développement susceptible d’influencer l’évolution de ce dossier sensible.
Un contexte sécuritaire et régional explosif
Cette crise politique s’inscrit dans un contexte sécuritaire particulièrement instable dans l’est de la République démocratique du Congo. Les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), désormais affiliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa, continuent d’exercer une influence dans certaines zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans un contexte de gouvernance fragmentée.
Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali dément, malgré des rapports d’experts des Nations unies évoquant la présence de militaires rwandais aux côtés des rebelles.
De son côté, le Burundi a déployé des troupes aux côtés des forces armées congolaises et des milices Wazalendo dans la lutte contre le M23.
Malgré plusieurs initiatives diplomatiques, dont l’accord de Washington signé en décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda, les combats se poursuivent sur le terrain.
Dans la région, les tensions restent vives entre Kigali, Gitega et Kinshasa. Le Rwanda reproche au Burundi et à la RDC de soutenir les FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.
À Uvira, les milices-Wazalendo occupent une place croissante, comblant le vide laissé par des forces régulières jugées inefficaces face à la menace persistante du M23.
Dans ce climat de fragmentation institutionnelle, de rivalités régionales persistantes et de recomposition des alliances sécuritaires, la crise du Sud-Kivu illustre l’affaiblissement de l’autorité de l’État dans l’est congolais et la complexité durable des enjeux politiques et militaires dans la région des Grands Lacs.
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Photo : Jean-Jacques Purusi, gouverneur du Sud-Kivu, réfugié à Bujumbura depuis l’offensive du M23, lors d’une visite au camp de réfugiés congolais de Busuma, à l’est du Burundi, où des dizaines de milliers de déplacés vivent dans des conditions précaires. Il est visé par une motion de défiance. © SOS Médias Burundi
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