Massacre à Beni : les ADF tuent au moins 17 civils en moins de 24 heures

Massacre à Beni : les ADF tuent au moins 17 civils en moins de 24 heures

SOS Médias Burundi

Goma, 1er juin 2026 – Une nouvelle série d’attaques attribuées aux rebelles des Forces démocratiques alliées a endeuillé le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Entre la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai 2026, au moins 17 civils ont été tués dans plusieurs incursions coordonnées sur les axes Vemba-Katota et Vemba-Masulukwede, selon des sources locales et des acteurs de la société civile.

Les premières attaques ont été signalées samedi soir dans plusieurs villages situés à l’est du quartier Ngadi, en périphérie de la ville de Beni. Des hommes armés, identifiés par les habitants comme des combattants ADF, ont fait irruption dans des habitations avant de s’en prendre aux civils à l’aide d’armes blanches et d’armes à feu. La population décrit une nuit de terreur marquée par des cris, des incendies et des déplacements massifs de familles.

Selon des témoins, plusieurs habitants ont été surpris dans leurs champs ou sur les routes alors qu’ils tentaient de fuir les violences. Dimanche matin, 7 premiers corps ont été découverts sur l’axe Vemba-Katota. Les victimes, principalement des cultivateurs et des riverains, auraient été exécutées lors de l’incursion.

Dans l’après-midi, 4 autres corps ont été retrouvés dans une zone forestière sur l’axe Vemba-Masulukwede, au nord-est de Mavivi. Les recherches se sont poursuivies avec l’appui de jeunes volontaires et de membres de la société civile locale, qui craignent encore la présence d’autres victimes dans les brousses environnantes.

Ces nouvelles découvertes portent à au moins 17 morts en moins de 24 heures dans cette partie du territoire de Beni. Plusieurs personnes restent portées disparues, tandis que d’autres auraient été enlevées par les assaillants, une méthode régulièrement attribuée aux ADF dans la région.

La population en colère barricade une route lors d’une manifestation à Beni, ce dimanche 31 mai 2026, pour protester contre les tueries et massacres attribués aux miliciens ADF dans la région. © SOS Médias Burundi

Une population une nouvelle fois sous le choc

Dans les villages touchés, la colère monte contre les autorités sécuritaires. Des habitants dénoncent une répétition des massacres malgré la présence des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et des troupes ougandaises déployées dans le cadre des opérations conjointes « Shujaa », lancées depuis fin 2021 contre les ADF.

« Nous avions alerté sur des mouvements suspects des rebelles dans la zone, mais rien n’a été fait », déplore un notable local sous anonymat. Plusieurs acteurs communautaires estiment que la protection des civils reste insuffisante dans les zones rurales exposées.

Depuis plusieurs semaines, les attaques se multiplient autour de Beni, Lubero et certaines zones de l’Ituri, les ADF profitant d’un contexte sécuritaire fragile dans l’est de la RDC pour intensifier leurs incursions.

Un groupe armé au lourd bilan dans l’est de la RDC

À l’origine, les ADF sont un mouvement rebelle ougandais né dans les années 1990. Repoussés d’Ouganda, ils se sont installés dans les forêts de l’est de la RDC, principalement dans les territoires de Beni et d’Irumu, où ils ont progressivement évolué vers un groupe armé particulièrement violent.

Depuis 2019, les Forces démocratiques alliées ont prêté allégeance à l’organisation État islamique en Afrique centrale (ISCAP), selon plusieurs rapports sécuritaires internationaux, ce qui a renforcé les inquiétudes sur leur capacité de nuisance.

Les Forces démocratiques alliées sont considérées comme une organisation terroriste et figurent sur la liste officielle des groupes terroristes établie par les États-Unis.

Les organisations de défense des droits humains les accusent de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment des massacres de civils, des enlèvements et des attaques contre des infrastructures civiles.

Plus d’une décennie de violences

Les massacres attribués aux ADF se sont intensifiés depuis 2013 dans la région de Beni. Selon plusieurs rapports humanitaires et sécuritaires, des milliers de civils ont été tués au cours de la dernière décennie dans le Nord-Kivu et l’Ituri.

Entre 2014 et 2016, plus de 700 civils avaient déjà été tués dans la seule région de Beni. Depuis 2013 jusqu’en 2026, les estimations globales évoquent plusieurs milliers de morts, certaines sources parlant de plus de 6 000 civils tués ou disparus, sans compter les milliers de déplacés internes.

Malgré les opérations militaires conjointes entre Kinshasa et Kampala, les attaques contre les civils se poursuivent, alimentant un profond sentiment d’abandon au sein des populations locales.

Des combattants du groupe armé ADF, considéré par les États-Unis et les Nations unies comme une organisation terroriste, dans une forêt à l’est de la République démocratique du Congo. © SOS Médias Burundi

Réaction du gouvernement congolais

Le gouvernement de la République démocratique du Congo a condamné avec la plus grande fermeté ce nouveau massacre. Dans un communiqué, les autorités ont exprimé leur compassion aux familles endeuillées et réaffirmé leur détermination à poursuivre les opérations militaires contre les groupes armés actifs dans l’est du pays.

Kinshasa a rappelé que les Forces démocratiques alliées constituent une menace terroriste persistante, responsable de nombreuses exactions contre les civils, notamment des massacres, des enlèvements et des destructions d’infrastructures.

Malgré les opérations conjointes menées par les armées congolaise et ougandaise dans le cadre de l’opération « Shujaa », principalement dans les zones de Beni et de l’Ituri, les attaques continuent, illustrant les difficultés persistantes à neutraliser totalement ce groupe armé.

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Photo : Une vue de la ville de Beni, dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, où des attaques attribuées aux miliciens ADF ont fait plusieurs victimes civiles ces derniers jours. © DR/SOS Médias Burundi

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