Journée mondiale des réfugiés 2026 : Entre désespoir, pressions au retour et crise humanitaire prolongée dans les camps
De Nyarugusu à Kakuma, en passant par Mahama, Nakivale, Meheba, Lusenda et les sites d’accueil au Burundi, les réfugiés burundais et congolais vivent une Journée mondiale des réfugiés marquée par la réduction de l’assistance humanitaire, les pressions au rapatriement et une précarité grandissante.
Une commémoration sous tension
Kigali, 23 juin 2026 – Le monde a célébré le 20 juin la Journée mondiale des réfugiés, instituée par les Nations unies pour rendre hommage au courage des personnes contraintes de fuir conflits et persécutions. Mais sur le terrain, l’édition 2026 met en lumière une réalité bien plus sombre : camps saturés, financements en baisse et politiques migratoires de plus en plus restrictives dans la région des Grands Lacs.

Alors que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) rappelle le thème de cette année – « Jusqu’à ce que tout le monde soit en sécurité » – de nombreux réfugiés estiment que cette promesse reste loin d’être concrétisée.
Tanzanie : Nduta effacé et Nyarugusu sous pression
Le camp de Nduta, autrefois l’un des principaux foyers de réfugiés burundais en Tanzanie, est désormais fermé. Selon plusieurs témoignages, cette fermeture s’est accompagnée de démolitions d’abris, d’interdiction d’activités économiques et d’arrestations ciblant certains leaders communautaires.
Un ancien résident, aujourd’hui installé à Nakivale en Ouganda, décrit :
« Les maisons ont été détruites ou brûlées, les commerces interdits, et certains leaders ont disparu. »
Les flux de réfugiés se sont ensuite dispersés vers l’Ouganda (Nakivale), le Rwanda (Mahama), le Kenya (Kakuma) et la Zambie (Meheba).
Dans le camp de Nyarugusu, dernier grand site tanzanien encore actif, la situation est critique. Des annonces de fermeture imminente circulent, accompagnées de convocations au retour.
« Veuillez dégager d’ici jeudi… Gitega vous attend à bras ouverts », aurait déclaré un responsable du camp.
Des responsables humanitaires évoquent également l’organisation de convois vers le Burundi.

Nakivale : peur, incertitude et nouveaux arrivants sans assistance
En Ouganda, le camp de Nakivale accueille de nouveaux arrivants burundais ayant fui la fermeture de Nduta. Mais les conditions y restent difficiles.
Des réunions de sensibilisation au retour volontaire se multiplient, alimentant un climat de peur.
« On nous répète que le Burundi est stable et qu’il faut rentrer », déplore un réfugié.
Parallèlement, plusieurs nouveaux arrivants ne reçoivent aucune assistance, certains vivant de mendicité autour du camp.
Zambie : traque des réfugiés non enregistrés
En Zambie, les autorités affirment avoir constaté une hausse du nombre de réfugiés burundais et annoncent des opérations de contrôle.

Les personnes considérées comme « non enregistrées » sont invitées à se présenter sous peine de traques policières, selon les autorités locales.
Kenya et Rwanda : survie sous pression économique
Au Kenya (Kakuma) et au Rwanda (Mahama), les réfugiés font face à la réduction des rations alimentaires liée au manque de financement du Programme alimentaire mondial (PAM).
« La misère nous guette, mais ici au moins il n’y a pas de menace de retour forcé », confie un réfugié à Mahama.
Dans ces deux contextes, la baisse de l’assistance humanitaire fragilise davantage des familles déjà dépendantes de l’aide internationale.
RDC : Lusenda et Mulongwe plongés dans une crise alimentaire prolongée
Dans l’est de la République démocratique du Congo, les camps de Lusenda et Mulongwe vivent une crise humanitaire aiguë. Les réfugiés burundais affirment ne plus recevoir d’assistance alimentaire du PAM depuis près de 18 mois.
« Nous ne savons même plus si nous sommes encore considérés comme des réfugiés », déplore Éric M., réfugié du camp de Lusenda.
Dans le camp de Mulongwe, Mariya I., mère de famille, affirme survivre grâce à l’agriculture :
« J’ai loué un champ où je cultive des haricots, du manioc et du maïs. Nous sommes obligés de nous débrouiller seuls. »
Dans les camps, les familles survivent désormais grâce à de petites activités agricoles, de pêche ou de petits travaux journaliers, dans un contexte de grande précarité.

Selon les estimations du HCR, la République démocratique du Congo accueille environ 46 000 réfugiés burundais, principalement dans les camps de l’est du pays.
Burundi : des conditions de vie jugées très critiques
Dans les sites situés au sud, à l’est, à l’ouest et au nord-est du Burundi, les réfugiés vivent dans des conditions jugées très critiques, marquées par la précarité alimentaire et la dégradation des services essentiels liés notamment à l’assistance du PAM.
Au camp de Kavumu, à l’est du pays, les bénéficiaires signalent des ruptures fréquentes de médicaments et une prise en charge médicale limitée, obligeant certaines familles à recourir aux pharmacies privées pour compléter les traitements prescrits.
Pascal*, réfugié congolais vivant à Kavumu, témoigne :
« Les médicaments prescrits ne sont pas toujours disponibles. On nous donne parfois seulement quelques comprimés. »
Son compatriote uwizeye ajoute :
« Les transferts médicaux sont devenus très difficiles et les malades attendent longtemps. »
Dans les sites de Musenyi et Busuma, situés au sud-est et à l’est du pays, plusieurs milliers de réfugiés vivent encore dans des conditions de grande précarité, marquées par la promiscuité dans des abris collectifs, des difficultés d’accès aux services de base et une forte pression humanitaire.

Au camp de Musasa, dans le nord du pays, la pénurie d’eau est devenue l’une des préoccupations majeures. Depuis plusieurs mois, les habitants font face à un accès très limité à l’eau potable, ce qui les oblige à parcourir de longues distances ou à acheter de l’eau à prix élevé. Cette situation accentue les tensions entre réfugiés et communautés hôtes autour des points d’approvisionnement.
Jacqueline, réfugiée du camp de Musasa, confie :
« Nous manquons d’eau depuis plus de six mois. »
Une crise régionale alimentée par le manque de financement
Dans tous les pays concernés, un facteur revient : la baisse des financements humanitaires. Elle entraîne :
réduction des rations alimentaires
manque d’accès aux soins
suspension des transferts médicaux
détérioration des conditions de vie
dépendance accrue à l’aide extérieure
Appel des organisations de défense des réfugiés
Des organisations comme la CDH/CIVAR et la Refugee Rights Action Organization (RRAO) dénoncent une situation de négligence et de pression politique.
Elles appellent notamment à :
l’arrêt immédiat de tout retour forcé
le respect du principe de non-refoulement
des procédures d’asile individuelles et équitables
un renforcement du suivi international
« La protection des réfugiés est une obligation juridique, pas un choix politique », rappelle Libérât Ndayishimiye de la RRAO.
Une Journée mondiale aux allures de désillusion
Alors qu’environ 253 000 réfugiés burundais demeurent encore en exil dans différents pays de la région des Grands Lacs et au-delà, les conditions de vie dans les camps continuent de se dégrader, sur fond de réduction de l’assistance humanitaire et de pressions croissantes au retour.

Dans ce paysage régional déjà fragile, plus de 11 000 réfugiés burundais vivent également dans le camp de Dzaleka au Malawi, un camp également confronté à un surpeuplement et à une insécurité grandissante.
« Tant que nous ne pouvons pas rentrer en sécurité, nous ne sommes pas libres », résume un réfugié en RDC.
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Photo : des demandeurs d’asile burundais installés dans un site de transit en province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, vivent dans des conditions jugées difficiles, entre attente prolongée, incertitudes sur leur statut et perspectives de transfert ou de retour. SOS Médias Burundi
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