RDC : Kinshasa accuse le Rwanda de trois décennies d’atrocités devant la Cour internationale de justice
SOS Médias Burundi
Kinshasa, 29 juin 2026 – La République démocratique du Congo (RDC) a porté son différend avec le Rwanda devant la Cour internationale de justice (CIJ), accusant son voisin d’être responsable de trois décennies de graves violations du droit international et des droits humains commises dans l’est du pays. La requête a été déposée le 26 juin auprès de la plus haute juridiction des Nations unies, basée à La Haye.
Selon un communiqué publié par la CIJ, la plainte porte sur des faits présumés commis entre 1996 et aujourd’hui. Kinshasa estime que la Cour est compétente pour examiner cette affaire, notamment au regard de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.
Dans sa requête, la RDC accuse les autorités rwandaises d’avoir mené « une campagne génocidaire et de violations graves et massives des droits humains dans l’est du Zaïre, puis de la République démocratique du Congo ».
Les autorités congolaises soutiennent que ces violences ont d’abord visé les populations hutu réfugiées sur le territoire congolais à la suite du génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994, avant de s’étendre à plusieurs communautés congolaises. Kinshasa cite notamment les Nyindu, les Bembe, les Lega, les Nande, les Hunde et les Bashi parmi les groupes qui auraient également été victimes de ces violences.
Le ministère congolais de la Communication affirme que les populations civiles de l’est de la RDC ont subi, durant plusieurs décennies, des massacres, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture, des violences sexuelles, des déplacements forcés ainsi que des discriminations fondées notamment sur l’origine ethnique et le sexe.
Cette nouvelle procédure marque une étape supplémentaire dans l’offensive judiciaire engagée par Kinshasa contre Kigali. Avant de saisir la Cour internationale de justice, la RDC avait déjà introduit une plainte devant la Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), mettant également en cause le Rwanda.
Alors que Kigali accuse la République démocratique du Congo d’équiper, d’armer et de soutenir logistiquement les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), notamment en leur fournissant des uniformes militaires, le président Félix Tshisekedi continue de minimiser la menace que représente ce groupe armé. Il le décrit comme une « force résiduelle réduite au banditisme », estimant qu’il ne constitue plus un danger pour le territoire rwandais.
Au moment du dépôt de cette nouvelle plainte devant la CIJ, les autorités rwandaises n’avaient pas encore réagi officiellement. Toutefois, en septembre 2024, lorsque Kinshasa avait saisi la Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, avait déclaré à New York, en marge de la 79ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, que la RDC devait d’abord « rendre justice aux victimes des FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) et à celles des génocidaires hutus des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) » avant de « donner des leçons de justice ».
Cette nouvelle offensive judiciaire intervient alors que les combats ont diminué d’intensité dans plusieurs secteurs de l’est de la RDC, sans pour autant mettre fin à une situation sécuritaire toujours volatile dans les territoires contrôlés ou disputés par l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) et ses alliés.
Le M23, que Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir de manière constante, est une ancienne rébellion à dominante tutsie qui a repris les armes fin 2021, reprochant aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté leurs engagements concernant la réinsertion de ses combattants.
Aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le mouvement contrôle une grande partie des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris leurs chefs-lieux respectifs, Goma et Bukavu, ainsi que plusieurs territoires stratégiques.
Le Rwanda rejette régulièrement les accusations de soutien au M23 et affirme que sa principale préoccupation sécuritaire demeure la présence des FDLR dans l’est de la RDC. Kigali accuse en retour Kinshasa de collaborer avec ce groupe armé hutu rwandais, dont certains dirigeants sont accusés d’avoir participé au génocide contre les Tutsi en 1994.
Cette plainte devant la plus haute juridiction des Nations unies marque une nouvelle étape dans l’affrontement diplomatique et judiciaire entre Kinshasa et Kigali. Malgré les accords de cessez-le-feu et les différents processus de médiation engagés sous l’égide de l’Union africaine, de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), des États-Unis, du Qatar et de l’Union africaine, les deux parties continuent de s’accuser mutuellement de violer leurs engagements. Les affrontements persistent dans plusieurs zones de l’est de la RDC, où un conflit qui dure depuis près de trois décennies continue d’alimenter l’une des plus graves crises humanitaires du continent africain.
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Photo : la grande salle de justice de la Cour internationale de justice, à La Haye, aux Pays-Bas, le 18 juin 2026. NICOLAS ECONOMOU/REUTERS
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