Nyarugusu (Tanzanie) : élections contestées suivies de heurts entre policiers et réfugiés
Des réfugiés burundais et congolais ont manifesté rejetant catégoriquement les résultats de l’élection du représentant général du camp de Nyarugusu en Tanzanie publiés par l’administration. Ils estiment qu’ils ont été truqués par l’administration qui a présenté une Congolaise comme vainqueure. La police a usé de la force pour disperser les manifestants ce vendredi. L’on compte déjà plusieurs blessés. (SOS Médias Burundi)
Depuis jeudi soir jusqu’à ce vendredi, le camp de Nyarugusu en Tanzanie est agité. Des éléments de la police et des gardiens civils ont quadrillé tous les villages empêchant toute sortie. « Les forces de l’ordre ont voulu étouffer des manifestations qui ont eu lieu ce vendredi », a signifié le président de ce camp.
C’est vers 5h30 que plusieurs réfugiés burundais ont brisé le silence au niveau de la zone III. Tout le camp a été en alerte. Ils ont indiqué contester des élections des représentants du camp.
Usurpation électorale.
L’élection en soi a eu lieu mercredi, mais le comptage des voix a pris deux jours, de quoi inquiéter des réfugiés surtout burundais. Ces derniers rejettent catégoriquement les résultats. “Le comptage ne devrait même pas être compliqué car les électeurs n’ont pas été nombreux. Mais ça a pris deux jours pour truquer les résultats. Ils ont inversé les voix”, ont-ils scandé dans les allées du camp.
D’après eux, le Burundais qui s’était présenté a eu plus de voix que la Congolaise présentée comme vainqueure par l’administration. “Nous détenons des résultats dévoilés par les mandataires. Albert, Burundais a eu 6409 voix, la seconde est une Congolaise du nom d’Abirola Evangélique avec 3455. Ce n’est pas admissible de présenter la seconde du classement comme étant première avec les voix d’Albert”, ont indiqué des réfugiés.
Diviser pour régner
Des réfugiés congolais ont aussi manifesté aux côtés des Burundais pour dénoncer l’usurpation électorale. Ils estiment que ce vol risque de semer la méfiance entre les deux communautés. « Nous n’allons pas accepter ces nouveaux résultats. Nous savons bien que c’est un Burundais qui a gagné d’après les premiers résultats. L’ administration qui ne veut pas de Burundais comme représentant cherche à nous diviser”, a affirmé un réfugié congolais qui était dans la foule ce matin.

“L’administration ne peut pas accepter qu’un Burundais gagne les élections car elle ne veut pas que les Burundais aient ce pouvoir de dénoncer les abus commis à leur encontre”, estime un Congolais qui n’a pas pris part aux manifestations.
Dispersion
La police et les jeunes gardiens civils ont dispersé la foule à coups de gaz lacrymogènes et de tirs à balles réelles, selon des témoins. “Ils ont usé de gaz lacrymogène mais aussi des balles réelles. Moi j’ai vu au moins 5 personnes blessées gravement qui ne pouvaient pas marcher. On avait assiégé le bureau du gestionnaire du camp communément appelé Managing camp”, explique un réfugié qui s’est caché dans une paroise de l’église catholique.
L’usage de la force a ensuite pris une autre tournure. “Des enfants et des femmes se sont assis dans les rues pour empêcher la police de tirer sur les hommes. Ma femme qui est malade a été battue alors qu’elle se trouvait au lit à la maison. Ils ont passé de maison à maison à la rechercher des jeunes hommes. Ils ont même déchiré plusieurs certificats de réfugiés. Ils veulent truquer les élections pour nous empêcher de dénoncer des violations des droits de l’homme qui se commettent ici”, laissent entendre des Burundais.
De nouvelles élections
Presque tout le camp réclame que ces élections soient refaites pour calmer la situation. “Nous n’allons pas obéir à la nouvelle autorité que nous n’avons pas élue. Nous lui demandons de se résigner”, ont scandé des réfugiés.
Ils exigent l’intervention de l’administration de la région de Kigoma (nord-ouest du pays) où est installé le camp, sinon, ils estiment que plusieurs dégâts humains et matériels peuvent être enregistrés.
Vendredi après-midi, la situation semblait être maitrisée dans ce camp de Nyarugusu qui compte plus de 130.000 réfugiés dont 53 mille Burundais (le reste étant des Congolais).
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Photo : des hommes en train de manifester à Nyarugusu, vendredi 11 juin 2021
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