Réfugiés : les Burundais installés dans les camps ont modestement célébré les fêtes de fin d’année

Réfugiés : les Burundais installés dans les camps ont modestement célébré les fêtes de fin d’année

De Nduta à Kakuma en passant par Nyarugusu, Mahama, Nakivale ou encore Dzaleka, Mulongwe, Lusenda ou Meheba , les réfugiés burundais ont célébré les fêtes de fin d’année dans la modestie. En plus de l’augmentation des prix des denrées alimentaires, ils ne reçoivent plus l’aide alimentaire à temps pour certains, la ration ayant été sensiblement diminuée pour d’autres. (SOS Médias Burundi)

Dans les précédentes années, l’heure devrait être à la distribution de diverses assistances dans les camps, entre Noël et le Nouvel an, ce qui n’est pas le cas en 2022.

Nyarugusu (Tanzanie) : hausse des prix des produits vivriers

« En tout cas, la semaine de Noël, on devrait voir des habits multicolores dans la zone 8, des femmes avec des sacs de riz dans les rues de la zone 3 ou encore des gens affluer vers le bistrot de l’ex-marché central. Aujourd’hui, nous considérons ça comme un ensemble de souvenirs », explique Marc, un réfugié burundais du camp de Nyarugusu en Tanzanie.

Pire encore, les prix ont grimpé, poussant des gens à « ne pas manger de la viande ».

« Un kg de viande coûte 8.000 shillings tanzaniens (3.4 USD), les prix du riz, de la farine ou encore du haricot sont passés du simple au double, on n’a même pas mangé un morceau de viande», disent des réfugiés burundais

« Imaginez un Noël sans sel ni huile de cuisine car le HCR a suspendu la distribution de ces ingrédients, donc c’est un Noël amer ou sans goût », ajoutent d’autres réfugiés.

Nduta (Tanzanie) : le HCR s’est en partie souvenu des femmes

Pour fêter Noël et le Nouvel an aux femmes du camp de Nduta en Tanzanie, le HCR a procédé à la distribution du kit hygiénique féminin.

Le kit est distribué aux filles et femmes de 9 à 50 ans. Il s’agit des serviettes hygiéniques féminines, des savons et des sous-vêtements.

Un orphelin réfugié dans un camp en Tanzanie

« Chaque fille/femme en reçoit deux paires. Le HCR explique que c’est une façon de bien terminer et commencer l’année chez les femmes. Nous en sommes fières car, ce matériel nous aide en tout cas d’autant plus qu’on n’a pas d’argent pour s’en procurer davantage », expliquent des femmes au camp de Nduta.

Jalousie ou besoin ? Les hommes veulent aussi que le HCR leur donne des habits.

« Ne fut-ce qu’un pantalon et une chemise suffisent pour chacun d’entre nous car on n’a pas d’argent pour en acheter. Et puis, regardez-nous, nous sommes mal habillés, des vêtements déchirés pour dire que nous en avons aussi besoin », soulignent des hommes dudit camp.

Mahama (Rwanda) : pas de joie

Au Camp de Mahama, la hausse des prix a empiré les choses chez les réfugiés qui vivent déjà une situation dramatique suite à la catégorisation sociale des réfugiés.

« La plupart des gens ici sont mis dans le groupe III, et là ils ne reçoivent rien, sans parler des ‘non classés’. C’est au moment où d’autres sont mis dans les groupes I et II. Le second groupe reçoit une aide de 3500 francs rwandais (3,25 USD) par tête et par mois, les membres du premier groupe eux , touchent le double pour la même période. Cette catégorisation est source de malheur ici », se lamentent des réfugiés surtout burundais.

Noël et Nouvel an « bizarres »

« Pour la petite anecdote, je n’ai pas vu même une seule personne ivre ici le jour de Noël. Pas de mouvement de gens vers le centre de Kabeza où il y a des bistrots. Dans les années passées, les gens battaient même du tambour lors des fêtes de fin d’année, ce qui n’a pas été le cas cette année », racontent des réfugiés.

Dzaleka (Malawi) : couvre-feu

Depuis que l’insécurité règne au camp de Dzaleka après le jet de grenade intervenu mi-décembre, le camp vit un couvre-feu inquiétant.

Camp de réfugiés de Dzaleka au Malawi
Une pancarte indiquant le camp des réfugiés de Dzaleka au Malawi

« A 18heures, le camp est fermé, même dans ces jours de fêtes ! Même les feux d’artifice dans les jeux d’enfants sont interdits. On n’a même pas eu le temps de partager un verre avec les amis, du moins pour ceux qui le pouvaient », expliquent des Burundais.

Kakuma (Kenya) : les motards grognent

Pour ceux qui font le transport sur motocyclettes qui croyaient gagner plus pendant la saison festive, les yeux sont restés rivés en l’air.

« Plusieurs contrôles policiers pour inspection des documents des motos, des motos saisies ou confisquées, le banditisme…tels sont les malheurs que nous dénonçons », disent des conducteurs de taxis- motos.

Dans ce camp, les récoltes agricoles qui aident beaucoup les réfugiés dans les derniers mois de l’année n’ont pas été bonnes à cause de la sécheresse.

Nakivale (Ouganda) : fêtes reportées

Les fêtes de fin d’année ont été particulières car elles arrivent au moment où les réfugiés à Nakivale sont dans la misère sans nom, expliquent des réfugiés.

« On a reporté ces fêtes. Nous ne nous souvenons même pas des dates de Noël et du Nouvel an à cause de la pauvreté qui nous ruine. Raison pour laquelle rien n’a changé ici. Pas d’engouement même vers les églises pour prier ou faire des veillées », affirment des réfugiés burundais.

Un des leaders religieux tente des mots d’un sage à Nakivale : « Noël n’est pas normalement une fête de l’ivresse ou une occasion de gaspiller les biens des familles mais plutôt un rappel de l’amour de Dieu envers son peuple. C’est un moment de partager le peu que vous avez et de vous réjouir de la vie ».

Meheba (Zambie) : délinquance juvénile

Avec la famine qui sévit dans les ménages, des chefs de familles ont décidé qu’un seul repas consistant suffit, celui de la soirée. « Même les petits le savent que le matin, on a soit la bouillie ou une part de repas de la soirée précédente réchauffée, si jamais on a eu de surplus. A midi, on n’a rien », indique un chef de ménage.

Les jeunes, surtout des filles, qui ne peuvent pas supporter cette situation se lancent dans la débauche. « Elles font du sexe le commerce pour avoir de quoi manger ou nourrir la famille, d’autres surtout des jeunes gens se droguent pour oublier cette situation. C’est vraiment catastrophique ici raison pour laquelle on a beaucoup de grossesses non désirées. Voilà la situation dans laquelle les fêtes de fin d’année nous trouvent », décrivent des réfugiés burundais.

En Tanzanie, comme au Rwanda ou en Ouganda, des réfugiés burundais affirment que la plupart d’entre eux préfèrent rentrer, non pas par conviction, mais plutôt par peur de mourir en terre d’exil. Pour d’autres, « vaut mieux la misère que l’insécurité ».

Depuis deux mois, des autorités burundaises multiplient des visites dans les camps en Tanzanie et au Rwanda pour appeler au rapatriement volontaire. Elles ont dévoilé qu’elles comptent faire rapatrier plus de 70.000 Burundais en 2023.

Mulongwe et Lusenda ( RDC): les prix ont augmenté

Dans les camps de réfugiés burundais de Mulongwe et Lusenda dans la province du Sud-Kivu à l’est de la RDC, les réfugiés burundais disent que les prix des denrées alimentaires ont sensiblement augmenté lors des fêtes de fin d’année.

Des réfugiés burundais attendent l’aide du HCR au camp de Lusenda en RDC

« Un kg de riz qui s’achetait à 1500 francs congolais coûte maintenant 2500 francs. Un kg de farine de maïs qui se vendait à 1000 francs est aujourd’hui fixé à 2000 », disent des réfugiés.

« Imaginez ! Une chèvre qui coûtait 50 dollars s’achète actuellement à 120 dollars », regrettent d’autres réfugiés qui se sont confiés à SOS Médias Burundi.

Mais récemment, plus de trois mille réfugiés vulnérables installés dans cette partie du Congo ont reçu une aide de cent dollars chacun, le HCR voulant alléger leur souffrance.

D’après les données du HCR, plus de 258 mille réfugiés burundais sont en exil au 30 novembre 2022. La majorité se trouve dans quatre pays : la Tanzanie avec plus de 126 mille, le Rwanda avec plus de 48 mille, la RDC avec plus de 43 mille et l’Ouganda qui abrite plus de 40 mille Burundais. Le Kenya, la Zambie et le Malawi ayant été devenus le domicile pour plus de 33 mille réfugiés burundais.

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Photo : des réfugiés burundais exposent des marmites contenant des haricots inconsommables à Nyarugusu

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