Burundi : comment se passe la collecte des billets ?
Le ministre de l’intérieur burundais Martin Niteretse avait annoncé ce mardi une mobilisation générale des agents administratifs locaux chargés d’organiser et de réaliser le rapatriement des coupures de 5 000 et 10 000 FBU qui n’auront plus cours le 18 juin 2023. Tour d’horison sur cette collecte de billets avec les reporters de SOS Medias Burundi. (SOS Médias Burundi)
Ce jeudi, en province de Bubanza (Ouest Burundi), l’opération s’est déroulée normalement notamment dans les communes de Bubanza et Musigati où les habitants ont pu se rendre dans leur banque ou microfinance.
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Pour les Burundais non-détenteurs de compte en banque, ce sont des agents communaux qui ont procédé à la collecte en échange d’un reçu.
A la mi-journée, dans les zones de Mitakataka, Bubanza et Musigati près de 200 personnes avaient déposé une somme globale de 28.000.000 FBU, tous billets confondus.
Une longue file de clients a été observée devant les agences de la COOPEC et CECM et de l’INTERBANK où des déposants rencontrés souhaitent la mise en service rapide des nouveaux billets afin de faciliter les retraits.
Kayanza : inquiétude
En province de Kayanza (Nord Burundi), le dépôt des coupures s’est fait à certains endroits au compte-gouttes. “Je conserve mes billets jusqu’au dernier moment car j’ai encore des marchandises à acheter comme des sacs de riz ou de haricots. Si je ne le fais pas, je ne travaille pas et serai obligé de rester à la maison. Et pour moi, c’est pas possible”, déplore un commerçant du marché principal.
Par ailleurs, des habitants de la ville de Kayanza confient leur inquiètude. Ils se demandent si les reçus en échange des anciens billets ont une valeur réelle. “Nous ne comprenons pas la mesure de la BRB (Banque de la République du Burundi), il aurait fallu nous accorder un délai supplémentaire”, suggèrent-ils.
Des déposants rencontrés toujours à Kayanza trouvent que la mesure n’est pas bien étudiée et s’interrogent sur la date de remise des nouveaux billets.
Cibitoke : déception
Les habitants de la province (six communes) au Nord-Ouest Burundi sont peu nombreux à avoir de compte dans des institutions financières. Ils éprouvent d’énormes difficultés à échanger les anciens billets.
« Ce reçu que l’on me donne ne va pas me permettre d’acheter de la braise et de la nourriture pour mes enfants. Que l’on donne ces reçus aux gens riches et que nous le petit peuple, on nous donne les nouveaux billets. Sinon ce papier ne sert à rien », peste une agricultrice de la zone de Rugombo.
Gitega : colère
La majorité des commerces était fermée ce jeudi sur les collines de la province de Gitega (Centre-Burundi). Un homme s’emporte : “Le gouvernement nous pénalise au lieu de pénaliser tous ces gens qui ont volé. Le délai accordé est trop court. Nos dirigeants veulent transformer l’argent du petit peuple en papier alors que les riches disposent de comptes bancaires ».
Rumonge : billets refusés
Dans la ville-centre, Rumonge (Sud-Ouest Burundi), des habitants regrettent le fait que les administratifs en charge de la collecte refusent des sommes dépassant 100 mille FBU par personne et par jour. “Qu’allons nous faire de ces billets que l’on ne prend pas ? », désespèrent-ils.
Makamba : des commerçants affectés
Dans la province voisine de Makamba (Sud Burundi), les détenteurs d’un compte bancaire dénoncent le comportement des institutions financières qui n’acceptent plus les anciens billets alors que selon la BRB, ils sont en circulation jusqu’à samedi. « Je viens de mon agence, ils ont refusé de prendre mes billets. En attendant, je ne parviens pas à vendre mes produits car mes clients paient avec d’anciens billets que ma banque refuse”, raconte paniqué un commerçant. Et un autre commerçant de lâcher : « Imaginez-vous si quelqu’un tombe malade et qu’au moment de payer, on vous refuse les anciens billets…Bonjour la mort ».
Ngozi : faux billets
Au nord du Burundi – à Ngozi – l’heure est encore à la sensibilisation de la population pour la remise des anciens billets aux autorités locales. Dans la commune de Gashikanwa, ce sont de faux billets de dix mille qui ont été découverts à la grande surprise des habitants.
Dans plusieurs localités de Bujumbura (capitale commerciale) et Gitega (capitale politique), les clients des marchés se plaignent. « On parvient à se déplacer difficilement car on n’accepte plus les anciens billets. Même à la boutique, on te dit que tu ne peux rien acheter avec eux », témoigne l’un d’eux.
« Ce n’est ni moins ni plus un châtiment. C’est comme si la vie s’était arrêtée. On dirait que le gouvernement veut punir la population », estime une habitante.
Un convoyeur de bus de la ligne Bujumbura-Gatumba (non loin de la frontière avec le Congo) explique son désarroi : « J’aimerais au moins échanger un billet de dix mille contre neuf mille pourvu que je puisse continuer le travail. Et même les cambistes n’en trouvent pas pour nous aider ».
Impréparation
Selon le président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), l’opération en cours n’a pas été bien pensée. « La collecte d’argent requiert des normes comptables. Je doute que les agents administratifs les maîtrisent. Les anciens billets sont en circulation jusqu’à samedi. On peut imaginer que des administratifs amassent des sommes colossales et disparaissent dans la nature comme on l’a vu avec des gens qui ont dévalisé des microfinances ou encore la poste. Il aurait fallu mettre en place une équipe d’experts indépendants et non des gens qui peuvent être serviles », juge Gabriel Rufyiri.
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