Tanzanie : les autorités burundaises veulent à tout prix rapatrier les réfugiés

Tanzanie : les autorités burundaises veulent à tout prix rapatrier les réfugiés

Le Burundi peine à convaincre ses réfugiés sur le sol tanzanien à rentrer. Ce mardi, une énième délégation s’y est rendue avec comme mot d’ordre, annoncer le rapatriement avant le pire. Les intéressés rechignent. (SOS Médias Burundi)

Le camp de Nyarugusu n’a pas été choisi au hasard par la délégation burundaise multicolore. Il n’est pas réceptif aux appels incessants du gouvernement burundais pour un retour «volontaire» de plus de 126.000 réfugiés burundais installés en Tanzanie, dont plus de 50 mille sont au camp de Nyarugusu.

Mardi, la délégation burundaise était composée d’une dizaine de membres dont des rapatriés en provenance du Rwanda, de la Tanzanie et de l’Ouganda qui « devraient être utilisés pour convaincre leurs anciens pairs».

La délégation était conduite par la secrétaire permanente au ministère de l’intérieur, Calinie Mbarushimana qui n’a pas mâché ses mots.

« Revenez à la raison et rentrez chez vous où vous serez accueillis à bras ouverts par le président de la République. Les raisons de votre fuite ne sont plus d’actualité, la crise de 2015 est finie, la paix et la sécurité sont revenues et le pays est stable avec le leadership du président Ndayishimiye. Rentrez avec ces tambours pour les battre chez vous », a-t-elle dit devant des réfugiés dont des tambourinaires qui agrémentent les événements à Nyarugusu.

Elle a souligné que leur asile touche presque à sa fin.

« Vous avez entendu que la Tanzanie vous a signifiés qu’elle compte fermer des écoles et des hôpitaux dans les camps, alors quel sera votre sort et celui de vos enfants ? Les assistances vont aussi momentanément être suspendues. Voudriez-vous être rapatriés par force ? Je n’imagine pas que l’on va arriver à ce stade ! », leur a-t-elle interrogé, « faisant semblant de compatir » d’après des réfugiés.

De sa part, Nestor Bimenyimana, directeur général du rapatriement au Burundi , a séduit les réfugiés par le paquet retour.

«La somme qu’un rapatrié doit recevoir a été revue à la hausse allant jusqu’à 560.000 FBU (plus de 190 $ sur le taux officiel), plus les vivres en nature et la construction des maisons. Vous recevrez aussi un suivi régulier de plusieurs ONGs dans les domaines de la santé et de la scolarisation des enfants. Profitez de cette occasion pour prendre une bonne décision sinon vers le mois de novembre 2023, l’on pourra supprimer tous ces avantages », a-t-il tenté d’amadouer les réfugiés burundais.

Les rapatriés dans le jeu

Les témoignages des rapatriés, membres de la délégation burundaise, sont venus soutenir les discours des officiels.

« Nous pouvons affirmer que nous sommes bien accueillis, bien assistés, que le pays est stable, que nous vaquons à nos activités quotidiennes sans problème et que nous sommes accompagnés pour la relance communautaire », ont énuméré d’anciens réfugiés sur un ton très convainquant.

Les intéressés rechignent

Ces témoignages ont été balayés d’un revers de la main par les réfugiés.

« Moi j’ai été poursuivi après avoir été rapatrié et j’ai repris le chemin de l’exil. Nous sommes une centaine ici, d’autres sont repartis au Rwanda, en Ouganda ou au Kenya. Sans parler des rapatriés qui ont été tués ou emprisonnés , accusés de collaborer avec des groupes rebelles. Alors, vous voulez qu’on rentre avec ce climat de méfiance sur les collines d’origine ? », ont répliqué des rapatriés qui sont retournés en Tanzanie ces dernières années.

Des réfugiés burundais affirment qu’ils préfèrent « mourir en terre d’exil au lieu de se jeter dans le feu ».

Cependant, des leaders communautaires nuancent, soulignant que ceux qui veulent rentrer peuvent le faire à titre personnel mais que « le rapatriement de masse n’est pas à recommander».

Position mitigée des autorités tanzaniennes

Le gouvernement tanzanien affirme qu’il ne fait que respecter la convention de 1951 relative au statut des réfugiés qui prévoit les droits des réfugiés et les obligations des États qui assurent leur protection.

Le porte-parole du gouvernement tanzanien, Guerson Msigwa, l’a expliqué dans une interview accordée à la BBC en juin dernier.

« Le gouvernement tanzanien n’a aucune intention de refouler les réfugiés burundais. On discutera sur une autre bonne manière de les convaincre à rentrer. Le plus important pour la Tanzanie est que les réfugiés burundais rentrent pour contribuer à l’édification de leur pays natal, mais de leur propre gré. Nous les y encourageons », a déclaré Guerson Msigwa.

Pourtant, les réfugiés considèrent que des mesures contraignantes prises pour durcir la vie dans les camps, des arrestations arbitraires ainsi que ces ultimatums des délégations burundaise et tanzanienne ne font que contredire la position publique et officielle du gouvernement tanzanien et traduire en actions « le recours à un rapatriement forcé ».

Mercredi dernier, Said Marijani, responsable en charge des réfugiés dans la région de Kigoma (nord-ouest de la Tanzanie) où sont basés deux camps de réfugiés burundais à savoir Nduta et Nyarugusu avait menacé que son pays s’apprêtait à chasser les réfugiés burundais.

« Nous allons entamer deux types de rapatriement de réfugiés burundais après celui dit volontaire : les rapatriements par zone et par force (comme cela a été le cas au camp de Mtabila il y a plus de 10 ans). Après le mois d’octobre, les stratégies vont changer », a-t-il affirmé.

Les réfugiés qui se sont confiés à SOS Médias Burundi parlent de « menaces et violations de nos droits ».

Cette année, les autorités burundaises qui ont envoyé des émissaires dans les pays de la sous-région pour convaincre les réfugiés en provenance de la petite nation de l’Afrique de l’est à rentrer, veulent rapatrier au moins 173 mille Burundais.

En Tanzanie, les réfugiés burundais dénoncent ce qu’ils qualifient de « harcèlement » pour « nous forcer à rentrer ».

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Photo : une rue dans le camp de Nyarugusu en Tanzanie

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