Makamba : des conflits fonciers entre résidents et rapatriés refont surface

Makamba : des conflits fonciers entre résidents et rapatriés refont surface

En province Makamba (Sud du Burundi), des résidents accusent des rapatriés de s’opposer aux décisions prises par d’anciennes commissions nationales des terres et autres biens. Des nouveaux membres des bureaux de la CNTB (Commission nationale des Terres et Autres biens) dans cette province ont même annulé les décisions qui datent des années 1990. Trois résidents ont été arrêtés sur ordre du procureur de Makamba depuis la semaine dernière. Dix autres vivent dans la clandestinité de peur d’être appréhendés. (SOS Médias Burundi)

Ces conflits fonciers entre des résidents et des rapatriés en commune Nyanza-lac deviennent récurrents sur la colline Buheka, en zone Kazirabageni de la commune Nyanza-lac.

Les résidents de cette colline indiquent que « différentes commissions ont tranché dans le but de réconcilier les parties en conflit. Mais certains rapatriés saisissent les mêmes commissions chaque fois qu’elles changent de bureaux », dénoncent des résidents.

Ces résidents disent être victimes de convocations en cascade de la justice à Makamba alors que les premiers acquéreurs de ces propriétés foncières ont déjà perdu leur vie lors de la crise, laissant derrière eux des veuves et des orphelins.

Les résidents de la colline Buheka demandent « au chef de l’État de se saisir de la question des conflits fonciers qui hantent les habitants de cette commune, surtout que depuis les années 1990, chaque nouvelle commission change les décisions de la précédente », font-ils remarquer.

Depuis la semaine dernière, trois personnes de cette colline Buheka, dont une vieille dame, sont dans le cachot du parquet de Makamba, selon des sources locales.

En plus des personnes arrêtées, dix chefs de ménage sur cette colline vivent dans la clandestinité, de peur d’être aussi arrêtés, selon les mêmes sources.

Les résidents contactés disent qu' »ils ne vont pas céder leurs terres car ils n’ont nulle part où aller ».

La situation est identique sur différentes collines en commune de Vugizo. Des familles résidentes sont expulsées par la Cour spéciale des terres et autres biens depuis le mois de juillet. Certains disent qu’elles n’ont pas été signifiées des décisions rendues par la CNTB avant la suspension de ses activités, d’autres encore disent qu’ils attendaient une nouvelle commission en remplacement de la CNTB sortante.

L’administratrice de Nyanza-lac, Marie Goreth Irankunda, indique qu’elle n’est pas au courant de cette situation.

De son côté, Célestin Sabushimike qui est à la tête de la colline Buheka affirme qu’il est bien au courant de la résurgence de conflits fonciers entre résidents et rapatriés. Néanmoins, il n’avance aucune piste pour prévenir de possibles débordements.

Pour rappel, la zone Kazirabageni de la commune Nyanza-lac avait été à l’origine de la suspension des travaux de la CNTB en 2014.

Cette décision avait été influencée par des députés élus dans la province Makamba après que des résidents avaient entamé des manifestations contre la commission. Des ponts sur les axes menant dans cette zone avaient été détruits pour saboter les activités de la CNTB.

La CNTB est l’un des mécanismes qui étaient prévus par l’accord d’Arusha de 2000, qui a mis fin à une décennie de guerre civile au Burundi. Des opposants et activistes reprochent au pouvoir en place de n’avoir pas créé le fonds spécial qui avait été convenu pour indemniser « les acquéreurs de bonne foi ». Ce sont des personnes qui ont acheté des terres ou maisons qui avaient été réquisitionnées par l’État ou des particuliers au moment où les propriétaires avaient fui le pays. Dans la plupart des cas, les rapatriés sont des Hutus rentrés principalement de la Tanzanie et les résidents sont des Tutsis.

Le président Ndayishimiye a décidé de ne pas renouveler son mandat après son expiration le 12 mars 2022.

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Photo : une pancarte indiquant la commune de Nyanza-Lac au sud du Burundi

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