Uvira : une délégation gouvernementale de haut niveau face à une contestation sanglante contre le Général Gasita
SOS Médias Burundi
Bukavu, 12 septembre 2025 — Une importante délégation du gouvernement congolais, conduite par le Vice-Premier Ministre chargé de la sécurité, de l’administration du territoire et des affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo, est arrivée ce jeudi à Uvira. La mission vise à rétablir le calme et renforcer l’autorité de l’État dans cette région frontalière secouée par des violences meurtrières liées à la contestation du Général Olivier Gasita.
Jacquemain Shabani Lukoo est arrivé, escorté par des militaires burundais et congolais. La délégation a été accueillie par le Gouverneur du Sud-Kivu, Jean Jacques Purusi, entouré d’autorités politico-militaires locales, de représentants des milices Wazalendo et de la population. Dès son arrivée, le Vice-Premier Ministre a présidé une réunion de sécurité élargie pour évaluer la situation.
Mais cette visite se déroule dans un climat explosif, marqué par une opposition ouverte au Général Olivier Gasita.
Rencontre limitée aux Wazalendo
Si le Vice-Premier Ministre a bien tenu une réunion de sécurité, il n’a rencontré que les représentants des milices Wazalendo, entretenues par Kinshasa. Pourtant, il était prévu qu’il échange aussi avec des responsables de communautés et tribus locales, des confessions religieuses et des représentants de la société civile.
Ces derniers se disent déçus. Certaines sources proches de la mission affirment toutefois qu’il pourrait les recevoir ce samedi.
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Pour l’analyste Onesphore Sematumba, senior chez International Crisis Group pour la région des Grands Lacs, la situation illustre une dérive inquiétante :
« On est maintenant dans une situation de non-droit où les miliciens imposent la terreur, exigent la purification ethnique de leur ville. C’est-à-dire que l’État, ou ce qui en restait, n’existe plus parce qu’il n’y a aucune force qui puisse s’opposer à la volonté des tout-puissants Wazalendo », explique-t-il.
Et d’ajouter :
« C’est une mauvaise idée de continuer à sous-traiter son autorité et sa sécurité. Sous-traiter la sécurité de sa population, ça n’a jamais été la solution. Cela crée d’autres problèmes, souvent plus graves, comme c’est le cas avec les Wazalendo. »
5 morts dans une manifestation contre Gasita
Le 8 septembre, une manifestation contre la nomination du Général Gasita a dégénéré. Selon des sources civiles, au moins cinq personnes ont été tuées et une vingtaine blessées lorsque les FARDC ( Forces Armées de la République démocratique du Congo) ont tiré à balles réelles pour disperser les manifestants. Les forces armées parlent de leur côté d’un seul mort — un enfant de 12 ans — et de neuf blessés, dont quatre militaires.
Les protestataires, venus principalement des quartiers de Kavimvira et Kalundu, avaient remis un mémorandum aux autorités avant que la situation ne bascule devant le quartier général des FARDC.
Pourquoi Gasita est contesté
Arrivé à Uvira le 1er septembre, le Général Olivier Gasita, d’origine banyamulenge, a été nommé responsable des opérations et du renseignement militaire au sein de la 33ᵉ région militaire. Sa présence est rejetée pour plusieurs raisons :
Accusations de proximité avec le Rwanda et le M23, qu’il aurait soutenus dans l’Est du pays.
Soupçons d’implication dans la chute de Bukavu, tombée aux mains du M23 plus tôt cette année.
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Méfiance ethnique : certains habitants rejettent l’idée d’un commandement tutsi dans une zone frontalière déjà fragile.
Ces accusations, bien que non prouvées, alimentent une vague de colère et de tensions communautaires.
Uvira paralysée, violences ethniques en hausse
Depuis le 2 septembre, Uvira est frappée par une grève générale. Écoles, marchés, banques et transports sont à l’arrêt. La ville vit dans la peur, avec des explosions et coups de feu chaque nuit. Un enfant de 5 ans a été tué dans une explosion le 6 septembre.
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Les Banyamulenge, communauté à laquelle appartient le Général Gasita, sont particulièrement ciblés : femmes battues, accès à l’eau interdit, enlèvements de soldats et policiers banyamulenge. La Mutualité de cette communauté a dénoncé une « campagne de haine » nourrie par des discours xénophobes.
Le rôle du Burundi et des Wazalendo
Le Général Gasita vit actuellement reclus dans un hôtel d’Uvira, sous protection des FARDC et de militaires burundais. Environ 10.000 soldats du Burundi sont déployés dans l’Est de la RDC pour appuyer Kinshasa dans sa lutte contre le M23 et d’autres groupes rebelles.
Les milices Wazalendo, soutenues par les autorités congolaises, participent aussi à la mobilisation contre lui, accentuant le paradoxe d’un commandant rejeté alors même que des forces alliées veillent à sa sécurité.
Une poudrière régionale
La crise d’Uvira illustre la fragilité du Sud-Kivu, désormais centre stratégique après la chute de Bukavu. Située à quelques kilomètres de Bujumbura, capitale économique du Burundi, la ville est un carrefour vital, notamment pour l’approvisionnement en carburant du pays voisin.
Le président Félix Tshisekedi a tenté d’appeler au calme et à la distinction entre populations rwandophones et régime de Kigali, mais ces messages peinent à être entendus.
Le M23, contexte régional
Le M23 est une ancienne rébellion tutsi ayant repris les armes fin 2021, reprochant aux autorités congolaises de ne pas avoir respecté leurs engagements sur la réinsertion de ses combattants. Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir ce groupe armé ainsi que le mouvement politico-militaire auquel il est affilié, l’Alliance Fleuve Congo (AFC), mais Kigali rejette systématiquement ces allégations. Depuis le début de l’année, le M23 contrôle désormais les chefs-lieux des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que plusieurs autres zones stratégiques riches en minerais.
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Photo : arrivée du Vice-Premier Ministre Jacquemain Shabani Lukoo à Uvira, escorté par des militaires burundais et congolais, le 11 septembre 2025. ©DR
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