Burundi : la crise humanitaire s’aggrave dans deux camps de réfugiés congolais à Cibitoke et Bukinanyana
SOS Médias Burundi
Cibitoke, 22 décembre 2025 — Une crise humanitaire préoccupante frappe les camps de réfugiés congolais installés provisoirement à Cishemere, dans la zone et commune Cibitoke, et à Kansega, dans la zone Ndava, commune Bukinanyana, au nord-ouest du Burundi. Ces réfugiés, arrivés il y a plus de deux semaines, ont fui les affrontements armés opposant les Forces armées de la RDC (FARDC), les milices Wazalendo et FDLR, appuyées par l’armée burundaise, au mouvement rebelle M23.
Au moins douze personnes sont mortes en une semaine, victimes de maladies liées aux conditions de vie précaires. Dans le camp provisoire de Cishemere, trois décès ont été enregistrés, dont deux enfants et un adulte. À Kansega, neuf autres personnes ont perdu la vie, parmi lesquelles six enfants et quatre adultes.
Plus de 40 000 réfugiés seraient actuellement regroupés dans ces deux sites, sans véritable dispositif d’accueil. Plusieurs d’entre eux affirment refuser d’être transférés vers d’autres camps situés dans les provinces de Ruyigi, Rutana, Muyinga ou Cankuzo. « Nous ne voulons pas rester confinés dans des camps comme des prisonniers », confient certains déplacés rencontrés sur place en colère.

De son côté, un responsable de l’Office national pour la protection des réfugiés et apatrides (ONPRA) affirme que le gouvernement burundais, en collaboration avec le HCR et d’autres partenaires humanitaires, poursuit les opérations de relocalisation. Selon lui, plusieurs dizaines de milliers de réfugiés congolais ont déjà été transférés vers des camps aménagés au cours des deux dernières semaines, et l’opération se poursuit. Il précise toutefois que les réfugiés refusant d’être relogés pourraient être autorisés à rentrer volontairement en RDC, tout en soulignant que l’insécurité demeure préoccupante de l’autre côté de la frontière.
La petite nation de l’Afrique de l’Est a déjà accueilli plus de 70 000 réfugiés congolais depuis début décembre, fuyant les violences dans la province du Sud-Kivu à l’est de la RDC.
Contexte régional et accord de Washington
Depuis le début de l’année, les rebelles du M23, soutenus militairement par Kigali selon Kinshasa, contrôlent plusieurs territoires stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsi congolais, a notamment pris la ville d’Uvira, située à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir militairement le mouvement rebelle, tandis que le Rwanda dénonce l’appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, une milice hutu rwandaise armée, accusée d’avoir participé au génocide contre les Tutsis en 1994. Ces accusations croisées persistent malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre sous médiation américaine. Kigali continue de nier tout soutien direct au M23, qualifiant les rapports des experts onusiens — qui estiment entre 5 000 et 7 000 le nombre de militaires rwandais aux côtés des rebelles — « d’impostures ».
Par ailleurs, le M23 est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la CENI congolaise, qui plaide pour un État fédéral en RDC.
De son côté, le Burundi a déployé plus de 10 000 soldats dans le Sud-Kivu pour soutenir les FARDC et les milices Wazalendo alliées au gouvernement congolais. Les autorités burundaises n’ont pas encore décidé la réouverture des frontières terrestres avec la RDC, malgré la récente annonce de retrait du M23 d’Uvira, une ville située à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique du Burundi.
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Photo : des réfugiés congolais dans le nord-ouest du Burundi, contraints de vivre dans des abris improvisés faits de pagnes et de couvertures. ©SOS Médias Burundi
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