RDC – Uvira : tueries, pillages et violences se multiplient après le retrait du M23
SOS Médias Burundi
Uvira, 20 janvier 2026 – Depuis le retrait du mouvement rebelle M23 de la ville d’Uvira, la situation sécuritaire s’est fortement détériorée. Depuis dimanche et jusqu’à ce mardi, des cas de tueries, de pillages et de violences sexuelles sont signalés dans plusieurs quartiers de la ville, selon des témoignages d’habitants.
Des boutiques, maisons et magasins sont régulièrement pillés par des hommes armés. Plusieurs civils ont été tués, certains pour avoir refusé de remettre leurs téléphones, d’autres en raison de leur apparence assimilée aux Tutsi, ou encore accusés de collaborer avec le M23. Certains témoignages désignent des éléments Wazalendo comme auteurs de violences, tandis que d’autres actes seraient commis par des bandits armés non identifiés. Une femme aurait été tuée après avoir donné de la nourriture à des combattants Wazalendo, qui l’auraient ensuite violentée.
Dans plusieurs familles, des jeunes filles ont été prises pour cible pour leur faciès ou pour avoir refusé de céder leurs téléphones. Ces actes alimentent un climat de peur généralisée parmi la population civile. Certains leaders communautaires appellent leurs éléments, ainsi que les FARDC, l’armée loyaliste congolaise, à cesser ces pillages et tueries, rappelant que le M23 a quitté la ville et que les civils ne doivent plus être pris pour cibles.
Des sources sécuritaires au sein des FARDC indiquent que plus de vingt familles de la communauté Banyamulenge restent actuellement sous protection des forces régulières.
Le retrait du M23, qui s’était emparé d’Uvira dans la nuit du 9 au 10 décembre 2025, avait été annoncé une semaine plus tard. Les derniers éléments du mouvement ont commencé à quitter la ville samedi soir pour achever l’opération dimanche matin. Cependant, les milices Wazalendo, soutenues par Kinshasa, ont profité de ce vide pour progresser vers Uvira, prenant le contrôle du village de Kirungu, à 15 km de la ville, et tirant sur plusieurs montagnes surplombant Uvira, provoquant panique et déplacements de populations.

La communauté Banyamulenge particulièrement visée
Minorité du Sud-Kivu, la communauté Banyamulenge est régulièrement stigmatisée et assimilée aux Rwandais. Elle est perçue par certains comme proche du M23. En septembre 2025, des manifestations contre la nomination du général Olivier Gasita, membre de cette communauté, avaient dégénéré en violences. Le groupe armé Twirwaneho, majoritairement composé de jeunes Banyamulenge, est considéré comme allié du M23 dans certaines zones.
Contexte régional et implications géopolitiques
Réactivé fin 2021 et majoritairement composé de Tutsis congolais, le M23 est intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa. Le mouvement contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord- et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux Kivus, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus grands gisements mondiaux de coltan, fournissant une part significative du tantale mondial utilisé dans l’industrie électronique et les nouvelles technologies. L’AFC/M23 plaide pour un État fédéral en RDC. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le mouvement, tandis que le Rwanda dénonce un appui de la RDC et du Burundi aux FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.
À plusieurs reprises, le président Félix Tshisekedi s’est opposé à des violences ciblant certaines communautés. Fin décembre, l’armée a suspendu de ses fonctions le général Sylvain Ekenge, alors porte-parole des FARDC, pour des propos jugés haineux envers les femmes tutsi.
Malgré l’accord signé à Washington le 4 décembre 2025 sous médiation américaine, les combats se poursuivent. Le Burundi, représenté par le président Évariste Ndayishimiye, a participé en tant qu’observateur. Selon un rapport interne consulté par SOS Médias Burundi, plus de 29 000 militaires burundais ont été déployés dans l’est de la RDC, dont environ 10 000 restent sur le terrain, combattant aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo contre le M23.
Récemment, le secrétaire général du CNDD-FDD, Révérien Ndikuriyo, a confirmé la présence continue de militaires burundais, déclarant : « Nous y retournons quand nous le voulons, conformément aux conventions signées, c’est presque chez nous. »
À Uvira, la recomposition militaire n’a pas apporté de retour à la sécurité pour les civils. Entre le retrait du M23, l’avancée des milices Wazalendo et l’implication persistante de forces régionales, les populations locales continuent de subir les conséquences d’un conflit aux dimensions militaires, communautaires et géopolitiques. Pour la communauté Banyamulenge, régulièrement assimilée à des acteurs extérieurs, ces violences ravivent le spectre d’une marginalisation durable et soulignent l’urgence de protéger les minorités dans l’est de la RDC.
____________________________________________
Photo : Un homme constate les dégâts après la destruction de maisons et habitations appartenant à des membres de la communauté Banyamulenge à Uvira, le 18 janvier 2026. © SOS Médias Burundi
You might also like
Guerre dans l’Est du Congo : l’Ouganda accusé de soutenir les rebelles du M23
Un rapport des experts des Nations -Unies, publié le 8 juillet 2024, confirme le soutien de l’Ouganda aux rebelles du M23 en République démocratique du Congo. Ce document, produit par
Rumonge : les combats du Sud-Kivu étranglent les échanges entre le Burundi et la RDC
SOS Médias Burundi Rumonge, 14 juillet 2026 – Le trafic commercial entre le Burundi et la République démocratique du Congo (RDC) connaît un net ralentissement au port commercial de Rumonge,
Uvira (RDC) : réunion stratégique entre les chefs militaires congolais et burundais
SOS Médias Burundi Alors que la tension monte dans l’est de la RDC, les chefs d’état-major congolais et burundais se sont rencontrés ce mercredi à Uvira. Cette réunion confidentielle, tenue
