RDC : L’AFC-M23 achève la formation de 7 532 commandos dans un contexte de conflit prolongé à l’Est

RDC : L’AFC-M23 achève la formation de 7 532 commandos dans un contexte de conflit prolongé à l’Est

SOS Médias Burundi

Goma, 10 février 2026 – Le dimanche 8 février 2026, l’Alliance Fleuve Congo-M23 (AFC-M23), coalition rebelle active dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a présenté à Tchanzu (territoire de Rutshuru, Nord-Kivu) 7 532 nouveaux commandos ayant achevé leur formation militaire. Cette cérémonie marque une nouvelle étape dans la structuration de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), la branche armée du mouvement dirigé notamment par le général Sultani Makenga.

Lors de la cérémonie, le général Makenga s’est adressé aux nouveaux soldats pour officialiser leur intégration dans l’ARC :
« Je suis venu vous annoncer la fin de votre formation. À partir d’aujourd’hui, vous êtes devenus des militaires de l’ARC, une armée qui s’est levée pour libérer le peuple. Notre pays est dirigé par les inconscients qui vivent à Kinshasa », a déclaré le Général Major Sultani Makenga, Coordonnateur militaire de l’AFC-M23.

Une montée en puissance au cœur de la guerre à l’Est

Selon les responsables de l’AFC-M23, ces éléments formés sont désormais intégrés à l’ARC et appelés à contribuer activement à ce que le mouvement qualifie de « libération du pays ». Le général Makenga a insisté sur la discipline et l’engagement des nouveaux soldats, présents comme garants d’un progrès militaire destiné à contester l’autorité de Kinshasa.

Le général Sultani Makenga, Coordonnateur militaire de l’AFC-M23, se tient aux côtés de Corneille Nangaa, responsable de la coalition, lors d’une apparition publique dans la ville de Goma, actuellement quartier général. ©SOS Médias Burundi

Cette présentation intervient alors que des négociations de paix multilatérales, menées notamment à Doha et à Washington, peinent à ramener un cessez-le-feu durable sur le terrain, malgré des engagements publics des parties au conflit.

Un conflit qui reste très violent sur le terrain

La formation de nouveaux combattants par l’AFC-M23 confirme que le conflit dans l’est de la RDC n’est pas confiné aux seules négociations politiques. Sur le terrain, les affrontements entre groupes armés, forces gouvernementales et milices locales continuent d’alimenter l’instabilité.

Implications politiques et militaires

L’intégration de plus de 7 500 soldats formés en pleine crise sécuritaire pose plusieurs questions :

Militaire : l’AFC-M23 renforce ses capacités opérationnelles à un moment où l’armée congolaise (FARDC) et ses alliés, y compris des milices locales dites « wazalendo », tentent de stabiliser certaines zones tout en subissant des revers tactiques ponctuels.

Politique : cette démarche intervient alors que le gouvernement central organise des consultations diplomatiques internationales tout en devant répondre à de fortes attentes internes de sécurité et de paix durable.

Humanitaire : la poursuite des activités militaires à grande échelle contribue à un climat d’insécurité persistant, impactant directement les civils confrontés à des déplacements, à la famine et à des violences intercommunautaires.

Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, est désormais intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI). La coalition plaide pour un État fédéral en RDC. L’effectif exact des rebelles du M23 n’est pas connu, mais certains analystes l’estiment à plus de 20 000 combattants actuellement. La RDC accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR, groupe armé hutu rwandais impliqué dans le génocide des Tutsis en 1994.

Malgré les démentis répétés du Rwanda, un rapport du Groupe d’experts des Nations-Unies a confirmé en 2025 la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des rebelles du M23. Le Burundi a de son côté déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais entre août 2022 et décembre 2025 pour soutenir les FARDC et les milices Wazalendo, selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur consulté par SOS Médias Burundi en décembre 2025.

Un rebelle du M23 lors de la prise de la cité de Bunagana, frontalière avec l’Ouganda, juin 2022 ©SOS Médias Burundi

La coalition contrôle actuellement plusieurs zones stratégiques dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, y compris les chefs-lieux Goma et Bukavu, ainsi que le site minier de Rubaya à Masisi (Nord-Kivu), l’un des plus importants gisements de coltan au monde, alimentant l’industrie électronique et les nouvelles technologies.

Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda, poussant des milliers de familles à fuir vers les pays voisins de la sous-région, où le Burundi avait pris part en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

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Photo : Corneille Nangaa, entouré par un nombre important de soldats de l’AFC-M23, lors de la célébration du premier anniversaire de la prise de Goma, la plus grande ville de l’est de la RDC, actuellement quartier général de la coalition. ©SOS Médias Burundi

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