Ruyigi : des dizaines de réfugiés congolais derrière les barreaux pour avoir quitté leurs camps

Ruyigi : des dizaines de réfugiés congolais derrière les barreaux pour avoir quitté leurs camps

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 21 février 2026 – Plusieurs réfugiés congolais originaires des camps de Busuma, Nyankanda et Bwagiriza, situés en commune de Ruyigi, dans la province de Buhumuza à l’est du Burundi, sont actuellement détenus au cachot du commissariat de police de Ruyigi pour avoir quitté leurs camps sans « billet de sortie ».

Notre rédaction n’a pas été en mesure d’obtenir les chiffres exacts des personnes interpellées. Toutefois, des sources concordantes parlent de plusieurs dizaines de réfugiés en détention.

Ces arrestations interviennent dans un contexte marqué par la précarité persistante des conditions de vie et par la réduction significative de l’assistance humanitaire, notamment alimentaire.

Dans les camps de réfugiés de la province de Buhumuza, comme dans les autres sites d’accueil de la petite nation de l’Afrique de l’Est, tout déplacement à plus de cinq kilomètres hors du camp nécessite une autorisation préalable délivrée par l’administration, communément appelée « billet de sortie ». Par le passé, les réfugiés pouvaient circuler dans la commune abritant le camp sur simple présentation de leur carte d’identité de réfugié. Aujourd’hui, plusieurs d’entre eux dénoncent la rareté de ces autorisations au regard du nombre croissant de demandes.

« Les billets de sortie sont délivrés seulement trois fois par semaine et en nombre très limité. Pourtant, les problèmes ne choisissent pas les jours. Il peut y avoir un décès, une maladie, une opportunité d’apprentissage d’un métier ou une urgence familiale. Quand on ne reçoit pas le billet alors que la situation est urgente, certains prennent le risque de partir malgré tout », confie Angela, réfugiée au camp de Nyankanda.

Selon son témoignage, certains réfugiés tentent de franchir les barrières tenues par les Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, qui participent dans la gestion des affaires sécuritaires dans les communes, en versant environ 2 000 francs burundais pour éviter des contrôles informels. « Mais face à la police, sans billet valide, on est arrêté. On peut passer au cachot et ne sortir qu’après avoir payé une amende », ajoute-t-elle.

D’autres réfugiés sont interpellés à leur retour lorsque leurs billets, souvent valables pour moins de quinze jours, expirent avant qu’ils n’atteignent les points de contrôle, notamment à l’entrée de Ruyigi.

« Nous vivons sans documents d’identité officiels. Beaucoup d’entre nous n’ont pas encore reçu de carte de réfugié. Sans papiers, chaque déplacement devient un risque. Quand on veut aller à Bujumbura, la capitale économique, pour une visite familiale ou chercher du travail afin de nourrir nos familles, on nous accuse d’avoir l’intention de retourner en République démocratique du Congo. Pourtant, nous cherchons seulement à survivre », explique Salima, réfugiée du camp de Busuma.

Des femmes et des enfants circulent dans une section du camp de Nyankanda, dans l’est du Burundi, où de nombreux réfugiés ont été arrêtés. © SOS Médias Burundi

Plusieurs réfugiés évoquent également leur volonté de rentrer en République démocratique du Congo, malgré l’insécurité persistante, en raison des conditions de vie jugées précaires dans les camps. Toutefois, certains affirment avoir été arrêtés à Ruyigi alors qu’ils tentaient de rejoindre la frontière, puis reconduits au camp contre leur gré.

Concernant les restrictions de circulation, l’Office National de Protection des Réfugiés et des Apatrides (ONPRA) explique que la délivrance des billets de sortie répond à des impératifs sécuritaires et à la nécessité d’assurer un suivi administratif des mouvements des réfugiés. Selon cette institution, ces mesures visent à garantir la sécurité des réfugiés et des communautés hôtes, tout en maintenant un cadre administratif organisé.

La situation a pris une tournure plus visible ce jeudi 19 février, lors de la visite au camp de Busuma d’une délégation conduite par Ruvendrini Menikdiwela, représentante adjointe mondiale chargée de la protection au sein du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), en tournée dans différents camps du pays.

Installés dans ce camp depuis décembre 2025, les réfugiés ont profité de cette visite pour exprimer leur mécontentement face aux conditions de vie difficiles et réclamer l’ouverture d’un couloir de retour volontaire vers la République démocratique du Congo. Selon plusieurs témoins, la manifestation a été dispersée par la police, qui aurait tiré une trentaine de coups de feu en l’air pour contenir la foule. Quatre personnes auraient été arrêtées à l’issue de l’incident.

La commune de Ruyigi accueille plus de 80 000 réfugiés répartis dans les camps de Nyankanda, Bwagiriza et Busuma. La commune voisine de Cankuzo abrite également plus de 20 000 réfugiés au camp de Kavumu. Au total, la province de Buhumuza héberge plus de 100 000 réfugiés congolais.

Face à la réduction de l’aide humanitaire et à la pression démographique croissante, la question de la mobilité, du respect des procédures administratives et des conditions de vie dans les camps demeure au cœur des préoccupations des réfugiés.

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Photo : Scène au camp de Busuma : plusieurs occupants arrêtés et détenus à Ruyigi, alors que la tension monte parmi les réfugiés. © SOS Médias Burundi

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