RDC : une frappe de drone sur un quartier résidentiel de Goma tue une humanitaire de l’UNICEF
SOS Médias Burundi
Goma, 11 mars 2026 — La ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo, s’est réveillée sous le choc ce mercredi matin après une attaque par drones qui a visé un quartier résidentiel vers 4 heures du matin. Le bilan provisoire fait état de plusieurs victimes civiles, dont une humanitaire française travaillant pour l’UNICEF.
Une frappe au cœur d’un quartier résidentiel
Selon les premières informations recueillies sur place, deux drones armés auraient été utilisés lors de cette attaque. Le premier engin serait tombé dans les eaux du lac Kivu, sans provoquer de dégâts majeurs.
Le second drone, en revanche, a frappé un complexe résidentiel situé dans un quartier habité, provoquant d’importants dégâts matériels et semant la panique parmi les habitants.
Parmi les bâtiments touchés figure la résidence d’un ressortissant belge connu localement comme représentant de la marque Toyota à Goma. Cette habitation se trouve à quelques mètres seulement de celle de l’ancienne Première dame de la RDC, Olive Lembe Kabila, ce qui alimente les interrogations sur la cible réelle de cette frappe.
Une humanitaire de l’UNICEF parmi les victimes
La frappe a coûté la vie à Christine Guinot, une humanitaire française engagée dans des programmes de protection et d’assistance aux enfants au sein de l’UNICEF.
Sa mort a suscité une vive émotion au sein de la communauté humanitaire présente dans la région. Depuis plusieurs années, les agences internationales et les ONG sont fortement mobilisées à Goma et dans l’ensemble du Nord-Kivu afin de répondre à la crise humanitaire provoquée par les conflits armés, les déplacements massifs de populations et les catastrophes naturelles.
Le complexe résidentiel touché par le drone abriterait également des agents travaillant pour l’Union européenne et les Nations unies, ce qui illustre la présence importante d’acteurs internationaux dans cette zone stratégique de la ville.
Une ville sous tension
L’attaque a provoqué une onde de choc à Goma, une ville déjà marquée par une situation sécuritaire extrêmement fragile dans l’est de la RDC. Des habitants du quartier visé affirment avoir été réveillés par une forte détonation, suivie de scènes de panique. Plusieurs familles auraient quitté précipitamment leurs habitations par crainte d’autres frappes.
Des dégâts matériels ont été signalés dans les habitations voisines, notamment des vitres brisées, des murs endommagés et plusieurs véhicules touchés par des éclats.
Un contexte militaire explosif
Pour l’heure, les circonstances exactes de cette attaque restent à éclaircir. Toutefois, elle intervient dans un contexte de fortes tensions militaires dans l’est de la RDC.
La ville de Goma, plus grande agglomération de l’est du Congo et chef-lieu du Nord-Kivu, est contrôlée par les rebelles du M23 depuis le 27 janvier 2025. Elle sert depuis de quartier général aux responsables du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
Le 24 février dernier, des frappes de drones attribuées aux FARDC, l’armée loyaliste congolaise, avaient coûté la vie au colonel Willy Ngoma, le très médiatisé porte-parole du M23, dans la zone de Rubaya au Nord-Kivu.
Réactivé en 2021, le M23, majoritairement composé de Tutsis congolais, est aujourd’hui intégré à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante congolaise (CENI).
L’AFC/M23 contrôle désormais plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma et Bukavu, chefs-lieux des deux provinces, ainsi que le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan au monde. Ce minerai stratégique fournit une part significative du tantale mondial, un métal essentiel à l’industrie électronique et aux nouvelles technologies.
L’AFC/M23 plaide pour l’instauration d’un État fédéral en RDC.
Diplomatie en échec
Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR. Malgré les démentis rwandais, un rapport du Groupe d’experts des Nations unies évoque la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés des combattants de l’AFC/M23.
Sur le terrain, les affrontements se poursuivent malgré l’accord de Washington signé le 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, illustrant les difficultés des initiatives diplomatiques visant à stabiliser la région.
Le Burundi a participé à cet accord en tant qu’observateur, représenté par le président Évariste Ndayishimiye. Selon un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité consulté par SOS Médias Burundi en décembre 2025, le Burundi aurait déployé entre août 2022 et décembre 2025 plus de 29 000 soldats sur le sol congolais.
Ces militaires combattent aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa contre le M23.
Le même document indique qu’environ 10 000 soldats burundais resteraient encore déployés dans l’est de la RDC. Dans certaines zones, cette coalition inclurait également des combattants des FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.
Une guerre qui frappe désormais les civils
La mort d’une humanitaire internationale dans un quartier résidentiel de Goma rappelle brutalement que, dans l’est de la RDC, la ligne entre front militaire et zones civiles est de plus en plus floue. Alors que les rivalités régionales et les intérêts stratégiques continuent d’alimenter le conflit, ce sont une fois de plus les civils et les travailleurs humanitaires qui paient le prix le plus lourd de cette guerre.
__________________________________________
Photo : le bâtiment touché par un drone dans un quartier résidentiel de Goma, lors d’une attaque qui a coûté la vie à une humanitaire de l’UNICEF. ©SOS Médias Burundi
You might also like
Ituri/Nord-Kivu : 27 corps des civils tués par les combattants ADF découverts en territoires d’irumu et Beni
Vingt corps de civils tués par des rebelles- ougandais ADF (Forces Démocratiques Alliées) ont été découverts dans plusieurs villages du territoire d’Irumu, province de l’Ituri, à l’est de la RDC.
Cankuzo : deux bandits tués en début de week-end dernier à Kigamba
Dans la nuit de vendredi dernier, un groupe de quatres bandits armés de fusils ont attaqué le centre de négoce de Gatanga de la commune de Kigamba dans la province
Rusaka : sept personnes tuées dans une attaque armée
Elles ont été tuées hier soir au chef-lieu de la commune de Rusaka, en province de Mwaro (Centre du Burundi). Les auteurs et le mobile du meurtre restent jusqu’ici non
