“Tu paies ou tu ne passes pas” : à Busuma, les réfugiés piégés dans un système de racket

“Tu paies ou tu ne passes pas” : à Busuma, les réfugiés piégés dans un système de racket

SOS Médias Burundi

Ruyigi, 29 mars 2026 — Le retour au pays d’origine vire au cauchemar pour de nombreux réfugiés congolais installés sur le site de Busuma, dans l’est du Burundi. Alors que beaucoup expriment le souhait de regagner la République démocratique du Congo (RDC), ils se heurtent à un parcours semé d’obstacles financiers et de pratiques dénoncées comme abusives.

Selon plusieurs témoignages recueillis par SOS Médias Burundi, quitter le site et rejoindre la ville d’Uvira, située à quelques kilomètres de Bujumbura, la capitale économique, peut coûter jusqu’à un million de francs burundais. Une somme jugée exorbitante, exigée à différents points du trajet.

D’après les réfugiés, ces paiements sont imposés à plusieurs niveaux : dès la sortie du site, mais aussi aux nombreuses barrières de contrôle tenues par des éléments des forces de l’ordre ou des jeunes affiliés au parti au pouvoir, le CNDD-FDD, communément appelés Imbonerakure. La majorité de ces points de contrôle se situerait dans la commune de Ruyigi.

Plusieurs rapports d’organisations de défense des droits humains accusent les Imbonerakure d’être impliqués dans des actes d’abus visant des opposants réels ou supposés, ainsi que des activistes, des journalistes et des commerçants.

Les personnes incapables de payer ces montants sont, selon plusieurs sources concordantes, arrêtées, détenues pendant plusieurs heures, puis reconduites de force vers le site de Busuma.

« Si tu n’as pas d’argent, tu ne passes pas. On te retient ou on te renvoie au camp », confie un réfugié sous anonymat.

Pourtant, le coût normal du trajet ne dépasserait pas 60 000 francs burundais. Un écart considérable qui alimente un profond sentiment d’injustice et d’exploitation parmi ces populations déjà vulnérables.

Mutewa, un réfugié ayant tenté le voyage, témoigne :

« On nous demande de l’argent à chaque barrière. Certains paient jusqu’à un million pour arriver à Uvira sans être arrêtés. Nous demandons au HCR et à l’ONPRA d’accélérer les enregistrements afin que le rapatriement commence rapidement. Beaucoup de personnes paient cher pour rentrer chez elles de manière illégale, en raison des conditions de vie difficiles que nous traversons et de la lenteur du processus de rapatriement. Ceux qui n’ont pas d’argent sont renvoyés au camp. »

Des abris de fortune en bâches au site de Busuma, où des réfugiés affirment être contraints de payer pour pouvoir quitter le camp. © SOS Médias Burundi

Un rapatriement officiel encore au point mort

Cette situation intervient alors que le HCR, en collaboration avec le gouvernement burundais, a annoncé que le rapatriement volontaire pourrait débuter après une phase d’enregistrement en cours depuis la mi-mars.

Selon les autorités, cette étape est indispensable : de nombreux réfugiés présents à Busuma ne disposent pas encore du statut officiel et restent enregistrés comme demandeurs d’asile.

Une fois ce processus achevé, les gouvernements burundais et congolais, avec l’appui du HCR, devraient organiser des retours volontaires encadrés.

De leur côté, les autorités policières appellent au respect de la procédure officielle. Le chef du poste de détachement de Busuma, le lieutenant de police Jérémie Mpawenimana, indique que certains réfugiés interprètent à tort leur enregistrement comme un droit de circuler librement. Il reconnaît néanmoins les difficultés de contrôle liées au caractère ouvert du site.

Les autorités préviennent que toute sortie irrégulière engage la seule responsabilité des personnes concernées en cas d’incident.

Un camp sous pression

En attendant, le site de Busuma reste le théâtre d’une situation humanitaire préoccupante. Il abrite plus de 67 000 réfugiés, tandis que certaines estimations évoquent plus de 75 000 réfugiés congolais ayant fui les hostilités dans le Sud-Kivu entre décembre 2025 et janvier 2026.

Face à des conditions de vie jugées difficiles et à la lenteur du processus de rapatriement, de nombreux réfugiés continuent de chercher des alternatives, souvent au prix de lourds sacrifices financiers.

Les appels se multiplient pour une accélération du rapatriement afin de garantir un retour volontaire, sécurisé et digne.

Depuis décembre 2025, plusieurs familles réfugiées au camp de Busuma, dans la province de Buhumuza à l’est du Burundi, ont perdu des proches. Un cimetière situé à proximité du camp témoigne du nombre croissant de décès, liés aux conditions de vie extrêmement précaires, au manque d’eau potable, de nourriture et d’accès aux soins de santé. Les réfugiés qui souhaitent rentrer en RDC font face à de lourds obstacles financiers et administratifs. (SOS Médias Burundi)

Contexte régional : une guerre qui s’enlise

Cette crise s’inscrit dans un contexte régional particulièrement instable. Les FARDC, l’armée loyaliste congolaise, appuyées par les troupes de la petite nation de l’Afrique de l’Est et les milices Wazalendo, affrontent les rebelles du M23, intégrés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23).

Ce groupe contrôle plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont Goma, Bukavu et le site minier de Rubaya, riche en minerais essentiels pour l’industrie électronique et les nouvelles technologies.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, tandis que le Rwanda dénonce l’appui présumé de la RDC et du Burundi aux FDLR (Forces de libération du Rwanda), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994.

Selon un rapport du Groupe d’experts des Nations unies, entre 5 000 et 7 000 militaires rwandais seraient présents aux côtés de l’AFC/M23, malgré les démentis de Kigali.

D’après un rapport interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, consulté par SOS Médias Burundi, l’armée burundaise a déployé plus de 29 000 soldats dans l’est congolais, combattant aux côtés des FARDC et des milices Wazalendo soutenues par Kinshasa dans la guerre contre le M23.

Malgré l’accord de Washington du 4 décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation américaine, les affrontements se poursuivent, confirmant l’échec des initiatives diplomatiques. Le Burundi est lié à cet accord en tant qu’observateur et y a été représenté par le président Évariste Ndayishimiye.

Une crise humanitaire majeure

Avec plus de 200 000 réfugiés congolais sur son sol, le Burundi fait face à une crise humanitaire majeure.

Les observateurs redoutent de nouveaux débordements dans une région des Grands Lacs déjà fragilisée, où les enjeux sécuritaires, politiques et économiques continuent de s’entremêler dangereusement.

____________________________________________

Photo : Des réfugiés du site de Busuma font la queue pour accéder à l’eau potable, un besoin essentiel devenu difficile à satisfaire dans un camp surpeuplé. © SOS Médias Burundi

Previous Flambée du prix du charbon à Gitega : les ménages sous pression face à une hausse alarmante
Next Photo de la semaine - Flambée du prix du charbon à Gitega : les ménages sous pression face à une hausse alarmante

You might also like

Réfugiés

Tanzanie : destruction méchante des champs de bananeraies dans deux camps de réfugiés

Tous les champs de bananes ont été détruits depuis mercredi dans les camps de réfugiés burundais de Nyarugusu et Nduta. Ce sont des jeunes gardiens de la paix communément appelés

Réfugiés

Nduta–Nyarugusu : quand la Tanzanie rase les camps pour forcer le retour des réfugiés burundais

SOS Médias Burundi Nduta, 8 janvier 2026 –La destruction des camps de réfugiés burundais se poursuit en Tanzanie, suscitant de vives inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains

Réfugiés

Mahama (Rwanda) : des rumeurs de sorcellerie entrainent des abandons scolaires en cascade

A l’école maternelle Early Childhood Development, ECD, du village six, zone III du camp de Mahama à l’est du Rwanda, plus de la moitié des enfants ne vont plus à