Burundi : ruée vers l’or à Muyinga, des habitants dénoncent une catastrophe foncière et sociale
SOS Médias Burundi
Muyinga, 22 juin 2026 –L’exploitation artisanale de l’or prend une ampleur inquiétante sur plusieurs collines de la commune de Muyinga, dans la province de Buhumuza, au nord-est du Burundi. Des habitants accusent des orpailleurs de dégrader massivement les terres agricoles, de détruire des cultures, de provoquer des déplacements forcés de familles et d’encourager l’abandon scolaire. Ils dénoncent également des pratiques d’intimidation ainsi qu’une supposée complaisance de certaines autorités face à une activité devenue, selon eux, incontrôlable.
Des terres agricoles transformées en carrières à ciel ouvert
La population des collines Cibari, Gatovu et Kinyota tire la sonnette d’alarme face à l’expansion des activités d’extraction aurifère menées de manière artisanale dans la région.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, des dizaines de fossés et de cratères ont été creusés dans des champs cultivés et des propriétés privées. Après l’extraction, les sites seraient abandonnés sans aucune mesure de réhabilitation, laissant derrière eux des terres difficilement exploitables.
« Aujourd’hui, nos champs sont devenus des trous géants. Il est impossible de labourer ou même de circuler normalement dans certaines parcelles », explique un habitant de la colline Gatovu.
Les riverains craignent que la situation ne compromette durablement les activités agricoles, principale source de revenus de nombreuses familles de la région.
Cultures détruites et pertes économiques
Les habitants affirment que les opérations de recherche d’or entraînent régulièrement la destruction de cultures vivrières et d’arbres fruitiers.
Bananeraies, champs de haricots, avocatiers et autres plantations seraient fréquemment rasés pour permettre les travaux d’extraction.
« Ils arrachent tout ce qu’ils trouvent. Nos bananeraies et nos arbres fruitiers disparaissent du jour au lendemain sans aucune compensation équitable », déplore un agriculteur de la colline Kinyota.
Selon plusieurs victimes, les indemnisations proposées, lorsqu’elles existent, ne couvrent qu’une faible partie des pertes subies.
Des familles contraintes de quitter leurs terres
La population dénonce également ce qu’elle considère comme des expulsions déguisées.
D’après plusieurs témoignages, certains exploitants obtiendraient l’accès aux terrains moyennant des compensations jugées dérisoires. D’autres poursuivraient leurs travaux jusque dans les environs immédiats des habitations.
« Ils creusent pendant la nuit et arrivent parfois sous les maisons. Les familles finissent par partir parce qu’elles craignent pour leur sécurité. Nous ne comprenons pas le rôle de l’administration dans cette situation », s’indigne un résident de Cibari.
Certains habitants affirment que plusieurs ménages ont déjà quitté leurs propriétés par crainte d’effondrements ou d’accidents liés aux excavations.
Corruption et intimidations présumées
Face à cette situation, les habitants disent avoir multiplié les alertes auprès des autorités administratives et policières sans constater d’amélioration.
Plusieurs personnes interrogées accusent certains responsables des exploitations minières de bénéficier de protections leur permettant de poursuivre leurs activités malgré les nombreuses plaintes enregistrées.
« Nous avons signalé le problème à plusieurs reprises, mais rien ne change. Beaucoup de gens pensent que les patrons des orpailleurs disposent de protections jusqu’aux plus hauts niveaux », affirme un habitant ayant requis l’anonymat.
Des riverains soutiennent également que certains exploitants seraient proches du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, et que plusieurs membres de la ligue des jeunes du parti, les Imbonerakure, participeraient aux activités d’extraction.
D’autres témoignages font état de pressions et d’intimidations contre les propriétaires fonciers qui tentent de s’opposer aux travaux ou de réclamer une meilleure indemnisation.
« Lorsque nous essayons de réclamer nos droits ou de les empêcher de creuser dans nos propriétés, nous sommes intimidés. Beaucoup préfèrent se taire par peur des conséquences », confie un habitant de Cibari.
Les personnes mises en cause dans ces allégations n’avaient pas réagi au moment de la publication de cet article.
L’abandon scolaire gagne du terrain
Au-delà des conséquences foncières et environnementales, les habitants s’inquiètent de l’impact de cette ruée vers l’or sur l’éducation.
Selon plusieurs parents, un nombre croissant d’élèves abandonneraient les bancs de l’école pour rejoindre les sites miniers dans l’espoir de gagner rapidement de l’argent.
« Nos enfants abandonnent l’école pour aller chercher de l’or. C’est un avenir qui se détruit sous nos yeux alors que les autorités voient ce qui se passe », regrette une mère de famille.
Les familles redoutent que cette tendance ne compromette durablement l’avenir d’une génération de jeunes dans cette partie de la petite nation de l’Afrique de l’Est.
Appel à une intervention urgente
Les habitants des collines concernées demandent au gouvernement d’intervenir rapidement afin d’encadrer l’exploitation aurifère et de protéger les populations affectées.
Ils réclament notamment des enquêtes indépendantes sur les abus dénoncés, l’identification des responsables, ainsi que la réhabilitation des terrains dégradés.
« Aujourd’hui, il est pratiquement impossible de construire une maison ou de cultiver sur certaines parcelles. Nous demandons au gouvernement de restaurer ces terrains », plaide un propriétaire foncier.
Plusieurs habitants sollicitent également l’intervention directe du président de la République afin que des mesures soient prises contre les responsables présumés des violations dénoncées.
« Nous demandons au chef de l’État de venir au secours de sa population. Si certaines autorités ont failli à leur mission, nous souhaitons qu’elles soient remplacées afin que justice soit rendue aux citoyens », conclut un notable local.
Pour les populations de Cibari, Gatovu et Kinyota, la situation dépasse désormais le simple cadre de l’exploitation minière. Elles parlent d’une crise foncière, sociale et éducative qui menace leur avenir et celui de leurs enfants.
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Photo : un site d’exploitation artisanale de l’or dans le nord-ouest du Burundi. À Cibari, Gatovu et Kinyota, dans le nord-est du pays, des habitants dénoncent la destruction de leurs terres agricoles par des orpailleurs illégaux. © SOS Médias Burundi
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