Kajaga : les pêcheurs redoutent une éventuelle introduction d’Ebola depuis la RDC

Kajaga : les pêcheurs redoutent une éventuelle introduction d’Ebola depuis la RDC

SOS Médias Burundi

Bujumbura, 25 juin 2026 – À Kajaga, localité riveraine du lac Tanganyika située à proximité de la frontière lacustre avec la République démocratique du Congo (RDC), dans la périphérie nord de Bujumbura, la capitale économique du Burundi, les pêcheurs vivent dans la crainte d’une éventuelle introduction de la maladie à virus Ebola. Les échanges quotidiens avec leurs homologues congolais et le manque de mesures préventives visibles alimentent les inquiétudes dans cette zone de forte mobilité transfrontalière.

Les témoignages recueillis sur place font état d’une circulation quasi quotidienne d’embarcations en provenance de la RDC dans les eaux proches de la frontière lacustre, où les interactions entre pêcheurs des deux pays sont fréquentes. Pour de nombreux habitants, cette proximité permanente constitue un facteur de vulnérabilité face aux risques sanitaires transfrontaliers.

« Nous partageons pratiquement les mêmes zones de pêche que nos collègues congolais. Lorsqu’une alerte liée à Ebola est signalée de l’autre côté du lac, l’inquiétude gagne naturellement les communautés riveraines. Nous craignons qu’un cas ne traverse la frontière sans être détecté », confie un pêcheur rencontré sur le site de Kajaga.

Au-delà du risque sanitaire, les pêcheurs dénoncent les difficultés d’accès à l’eau potable, pourtant essentielle au respect des mesures d’hygiène recommandées pour prévenir la propagation des maladies infectieuses.

Selon eux, plusieurs bornes-fontaines qui approvisionnaient autrefois le site ont été détruites ou emportées par les inondations provoquées par la montée des eaux du lac Tanganyika en 2023.

« On nous demande de respecter les règles d’hygiène, mais l’accès à l’eau potable reste très limité depuis la disparition des bornes-fontaines. Cela rend l’application de ces mesures particulièrement difficile », déplore un autre pêcheur.

Face à cette situation, plusieurs membres de la communauté affirment avoir sollicité les autorités sanitaires afin qu’elles renforcent les dispositifs de prévention et la surveillance épidémiologique dans cette zone frontalière.

Bien que les autorités burundaises assurent avoir mis en place des mesures de prévention contre une éventuelle introduction du virus Ebola, des reporters de SOS Médias Burundi ont constaté que de nombreux citoyens peinent à identifier ces dispositifs sur le terrain. Dans plusieurs localités frontalières, des habitants disent ne pas avoir observé de contrôles sanitaires réguliers ni de mécanismes de prévention suffisamment visibles.

Les autorités sanitaires, de leur côté, assurent poursuivre leurs efforts. Lors d’une émission publique avec la participation de journalistes, tenue à Gitega, la capitale politique du pays, le ministre de la Santé publique et de la lutte contre le sida, le Dr Fidèle Nkezabahizi, a indiqué que le gouvernement poursuivait les campagnes de sensibilisation au respect des mesures d’hygiène. Il a également précisé que des équipes d’agents de santé avaient été déployées dans les différentes provinces et communes du pays, avec une attention particulière portée aux postes frontaliers avec la RDC.

Pour plusieurs observateurs, les sites de pêche transfrontaliers figurent parmi les zones nécessitant une vigilance accrue en raison des mouvements constants de populations. Ils estiment que l’accès à l’eau potable, la disponibilité de dispositifs de lavage des mains, le renforcement de la surveillance sanitaire ainsi que la mise en place de mécanismes d’alerte précoce demeurent indispensables pour limiter les risques de propagation de maladies infectieuses.

Dans cette partie du Burundi, les pêcheurs espèrent que les mesures annoncées se traduiront rapidement par des actions concrètes et visibles sur le terrain, afin de rassurer les communautés riveraines tout en préservant une activité économique dont dépendent de nombreuses familles.

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Photo : Activité de pêche sur les rives du lac Tanganyika, dans un contexte d’inquiétude lié au risque d’Ebola en provenance de la RDC. © SOS Médias Burundi

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