Burundi : 407 morts, 13 000 détenus et 663 violations documentées en un an, alerte la Ligue Iteka
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 2 juillet 2026 – Au Burundi, la situation des droits humains s’est encore détériorée au cours de l’année écoulée. Dans son rapport couvrant la période juin 2025 – mai 2026, la Ligue burundaise des droits de l’homme Ligue Iteka fait état de 663 incidents de violations, 407 personnes tuées, 57 enlèvements et une prison nationale fonctionnant à plus de 300 % de sa capacité. L’organisation pointe un climat de peur persistant, une montée des violences et un affaiblissement des mécanismes de contrôle dans un contexte post-électoral dominé par le CNDD-FDD.
Selon le rapport, l’année suivant les élections de 2025 a été marquée par une consolidation accrue du pouvoir du CNDD-FDD, crédité de 96,51 % des sièges parlementaires selon la Commission électorale nationale indépendante. Cette situation a contribué, selon la Ligue Iteka, à un rétrécissement significatif de l’espace politique et démocratique.
Le document souligne que cette domination s’est traduite par une marginalisation persistante des forces de l’opposition et un climat politique de plus en plus verrouillé.
« L’environnement politique reste marqué par une restriction progressive des libertés publiques et une forte pression sur les voix critiques », indique le rapport, qui évoque également des tensions sociales liées notamment aux litiges fonciers et aux rapports entre administration et populations.
663 violations en douze mois, dont plus de 400 morts
Sur le plan des droits humains, la Ligue Iteka affirme avoir documenté 663 incidents de violations entre juin 2025 et mai 2026. Ces incidents ont fait, selon le rapport, 407 morts, dans des contextes variés allant de violences interpersonnelles à des actes attribués à des acteurs étatiques ou non étatiques.
L’organisation recense également 57 cas d’enlèvements, 44 cas de torture, 176 violences basées sur le genre ainsi que 102 arrestations arbitraires. Elle estime que ces chiffres traduisent une dégradation continue et préoccupante de la situation des droits humains sur l’ensemble du territoire.
Concernant les auteurs présumés, le rapport indique que dans 246 cas, ils n’ont pas été identifiés. Toutefois, il mentionne également des membres des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, dans 109 cas, la police dans 68 cas, les services de renseignement dans 23 cas et l’armée dans 9 cas.
Gitega, Bujumbura et Burunga parmi les zones les plus touchées
La répartition géographique des violences met en évidence des disparités importantes. En province de Gitega, au centre du pays et abritant la capitale politique, environ 120 cas de tueries ont été recensés. À Bujumbura, dans l’ouest où se trouve la capitale économique, 84 cas ont été documentés, tandis que Burunga, dans le sud, en compte 58.
Le rapport évoque également des corps retrouvés dans des circonstances non élucidées et des cas présumés d’exécutions extrajudiciaires. « Plusieurs incidents n’ont pas donné lieu à des enquêtes approfondies, renforçant un sentiment d’impunité », note la Ligue Iteka.

Un policier et un secouriste sur le lieu de la découverte macabre dans la province de Gitega. Dans son rapport, la Ligue Iteka dénonce la multiplication des cas de corps retrouvés dans des circonstances non élucidées et appelle à des enquêtes indépendantes. © DR/SOS Médias Burundi
Enlèvements et disparitions : 57 cas signalés
La Ligue Iteka recense 57 cas d’enlèvements et de disparitions forcées sur la période étudiée. Dans plusieurs situations, les victimes auraient été emmenées par des individus non identifiés ou par des personnes supposément liées à des structures administratives ou sécuritaires.
Certaines victimes restent introuvables à ce jour, laissant leurs familles dans une profonde inquiétude. « L’absence d’informations sur le sort des disparus continue d’alimenter la peur au sein des communautés », souligne le rapport.
Torture et traitements inhumains
Le rapport documente 44 cas de torture, impliquant principalement des agents de police, des membres des Imbonerakure et certains responsables locaux.
Les victimes décrivent des traitements inhumains et dégradants, souvent lors d’arrestations ou en détention. La Ligue Iteka estime que ces pratiques contribuent à fragiliser davantage la confiance entre citoyens et institutions sécuritaires.
Une crise carcérale critique
La situation des prisons est jugée alarmante. En mai 2026, le Burundi comptait 13 063 détenus, pour une capacité largement dépassée, avec un taux d’occupation estimé à 302 %.
Cette surpopulation entraîne des conditions de détention extrêmement difficiles, marquées par le manque d’espace, de nourriture et de soins. Le rapport souligne également la présence de femmes détenues avec leurs enfants, y compris des nourrissons vivant en milieu carcéral.

Une prisonnière reçoit des mains du président Évariste Ndayishimiye son billet d’élargissement lors d’une cérémonie de libération organisée dans le cadre de la grâce présidentielle. Dans son rapport, la Ligue burundaise des droits de l’homme Ligue Iteka dénonce toutefois une situation carcérale toujours jugée critique, marquée par la surpopulation des prisons et des conditions de détention difficiles, malgré les mesures de libération ponctuelles. © SOS Médias Burundi
Pression humanitaire liée aux déplacements de populations
Sur le plan humanitaire, la Ligue Iteka met en avant une situation critique liée aux mouvements de populations.
Le rapport indique que le Burundi accueille un important nombre de réfugiés congolais, notamment dans plusieurs sites du pays, où les conditions de vie restent très précaires. Les difficultés concernent surtout l’accès à l’eau, à la nourriture et aux soins de santé. Des cas de décès y sont également signalés.
Parallèlement, des Burundais ont été rapatriés depuis la Tanzanie au cours de la même période, dans un contexte marqué par la fermeture du camp de Nduta dans le nord-ouest de la Tanzanie et par des pressions exercées sur les personnes concernées dans d’autres sites d’accueil.
Institutions de contrôle affaiblies
La Ligue Iteka affirme que les mécanismes de contrôle des droits humains ont été affaiblis au cours de l’année. Le rapport évoque notamment des changements au sein de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), une réduction des visites dans les prisons et un affaiblissement global des organes de surveillance.
Au terme de son analyse, la Ligue Iteka conclut que la période juin 2025 – mai 2026 est marquée par une détérioration continue des droits humains, une concentration accrue du pouvoir politique, une crise socio-économique persistante et une pression humanitaire grandissante.

Une commerçante ambulante embarquée de force à l’arrière d’un pick-up de la brigade anti-émeute à Bujumbura, lors d’une opération contre les vendeurs de rue. La Ligue Iteka dénonce des cas d’usage excessif de la force et d’arrestations arbitraires. © SOS Médias Burundi
L’organisation appelle à des réformes urgentes pour enrayer cette dynamique et restaurer les libertés fondamentales.
Aucune réaction directe des autorités burundaises n’a été enregistrée à la publication de ce rapport. Toutefois, à plusieurs reprises, les responsables issus de l’ancienne rébellion hutu, au pouvoir depuis 2005 à la suite de l’Accord d’Arusha d’août 2000, ainsi que le gouvernement burundais, ont qualifié les rapports de la Ligue Iteka d’être influencés par des « ennemis du pays » et accusé cette organisation de servir les intérêts des anciens colons.
La Ligue Iteka, considérée comme la pionnière des organisations de défense des droits humains au Burundi, est contrainte de travailler depuis l’exil depuis la crise de 2015 déclenchée par le troisième mandat controversé de feu le président Pierre Nkurunziza, la même année.
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Photo : Une illustration symbolique d’une victime de torture et de mauvais traitements en détention, alors que des organisations de défense des droits humains dénoncent l’impunité et appellent à la fin des violences attribuées à des agents du Service national de renseignements (SNR). © SOS Médias Burundi
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