Burundi : à Genève, le rapporteur spécial de l’ONU dénonce une crise persistante des droits humains à l’approche de la présidentielle de 2027
SOS Médias Burundi
Bujumbura, 1er juillet 2026 – Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo, a dressé un constat particulièrement préoccupant de la situation des droits humains dans la petite nation de l’Afrique de l’Est. Lors de la 72ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, il a affirmé qu’aucune amélioration structurelle n’avait été observée malgré certaines mesures ponctuelles prises par les autorités burundaises. Le gouvernement burundais a rejeté ces conclusions, dénonçant un mécanisme qu’il juge « hostile » et « politisé ».
Le rapporteur spécial a rappelé que son mandat, créé en octobre 2021 puis renouvelé en 2025, n’est « ni un mandat d’accusation ni de condamnation », mais un mécanisme de suivi, de dialogue et d’accompagnement destiné à aider le Burundi à remplir ses obligations internationales en matière de droits humains.
« Depuis ma nomination, je demeure disponible pour engager un dialogue constructif avec le gouvernement burundais sous toute forme qu’il jugera appropriée », a-t-il déclaré.
Une crise des droits humains qui perdure
Fortuné Gaëtan Zongo a rappelé que le Burundi traverse une profonde crise des droits humains depuis avril 2015.
Selon lui, les élections législatives et communales de 2025, remportées par le parti CNDD-FDD, au pouvoir depuis 2005 à la suite de la mise en œuvre de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation signé en 2000, avec 96,5 % des suffrages, se sont déroulées dans un climat marqué par des intimidations, des arrestations arbitraires et des restrictions des libertés fondamentales.
Le rapporteur a également fait part de son inquiétude face à la militarisation de la ligue des jeunes du CNDD-FDD, les Imbonerakure, dont des entraînements paramilitaires auraient été documentés dans plusieurs provinces. À ses yeux, cette situation augmente les risques de violences à l’approche de l’élection présidentielle prévue en 2027.
Une situation économique toujours difficile
Le rapporteur spécial a également insisté sur la dégradation des conditions socio-économiques.
Il a rappelé que l’inflation, qui avait culminé à 45,5 % en avril 2025, restait élevée avec 20,8 % en mai 2026, soit plus du double de la moyenne observée dans la Communauté d’Afrique de l’Est.
Il a aussi évoqué les pénuries chroniques de carburant qui continuent de perturber les transports, les services de santé et l’économie, alors que plus de 70 % des Burundais vivent sous le seuil de pauvreté.
Des violations toujours documentées
Fortuné Gaëtan Zongo a dénoncé les restrictions imposées à la liberté d’expression, rappelant que des journalistes, blogueurs et défenseurs des droits humains continuent d’être poursuivis en vertu de dispositions pénales relatives notamment à « l’atteinte à l’intégrité du territoire national » ou à « la diffusion de fausses informations ».
Selon lui, l’indépendance de la justice demeure fortement compromise.
Les informations recueillies dans le cadre de son mandat font état de plus de 400 personnes tuées et de plus de 200 victimes de disparitions forcées depuis 2020.
Le rapporteur a également rappelé qu’un communiqué conjoint publié le 1er septembre 2025 par plusieurs procédures spéciales des Nations unies documentait 605 exécutions extrajudiciaires, 892 détentions arbitraires, 62 cas de torture et 200 cas de violences sexuelles.
« Aucune enquête sérieuse n’a été menée. Aucune responsabilité n’a été établie. Aucune justice n’a été rendue », a-t-il affirmé.
Il a néanmoins salué la libération provisoire de plusieurs détenus, notamment la journaliste Sandra Muhoza, Kenny Claude Nduwimana ainsi que l’ancien Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni, tout en estimant que ces mesures demeurent insuffisantes pour parler d’une évolution durable.
Les réfugiés restent au cœur des inquiétudes
Le rapporteur spécial s’est également longuement exprimé sur la situation des réfugiés burundais.
Il a rappelé que les retours depuis la Tanzanie se sont accélérés depuis le début de 2025, tout en affirmant disposer d’informations crédibles faisant état de diverses pressions exercées sur les réfugiés afin qu’ils acceptent leur rapatriement.
Fortuné Gaëtan Zongo a insisté sur le respect du principe international de non-refoulement.
« Aucun État ne peut renvoyer une personne vers un pays où elle risque la torture, une disparition forcée ou une exécution extrajudiciaire », a-t-il déclaré.
Il a également appelé les bailleurs internationaux à mobiliser sans délai les 82 millions de dollars nécessaires au financement du plan conjoint de rapatriement et de réintégration.

Des Imbonerakure, agents du Service national des renseignements (SNR) et policiers tentent de forcer la porte d’une maison appartenant à un opposant suspecté de détenir des armes illégalement, dans le nord de la ville commerciale Bujumbura. © Jean Pierre Aimé Harerimana / SOS Médias Burundi
Elisa Nkerabirori rejette les accusations
Prenant la parole au nom du gouvernement burundais, l’ambassadrice du Burundi auprès de l’Office des Nations Unies (ONU) à Genève, Elisa Nkerabirori, a rejeté les conclusions du rapporteur spécial.
Elle a estimé que le mécanisme consacré au Burundi est une initiative de l’Union européenne visant à maintenir son pays sous surveillance depuis onze ans.
Selon elle, le Conseil des droits de l’homme est devenu un espace où certaines puissances utilisent les droits humains à des fins politiques et géopolitiques, au mépris du principe de souveraineté des États.
La diplomate a affirmé que le Burundi est injustement maintenu sous le point 4 de l’ordre du jour du Conseil alors que d’autres crises, notamment dans la région des Grands Lacs, mériteraient davantage d’attention.
Elle a également défendu les progrès réalisés par son gouvernement dans les domaines de la paix, de la stabilité, du développement économique et de la réconciliation nationale, tout en dénonçant ce qu’elle considère comme une instrumentalisation de la question des réfugiés.
La CNIDH met en avant les réformes engagées
Intervenant à son tour, la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) a reconnu certains défis mais a salué les efforts du gouvernement.
Elle a notamment évoqué les réformes judiciaires, les mesures ayant permis de réduire de 14 % la population carcérale ainsi que l’engagement de 32 partis politiques, exprimé le 15 mai 2026, en faveur d’une élection présidentielle transparente et pacifique en 2027.
La Commission a néanmoins encouragé les autorités à renforcer davantage les libertés publiques, à améliorer la prise en charge des réfugiés et des rapatriés ainsi qu’à poursuivre les politiques en faveur des femmes, des jeunes et des enfants.
Des positions opposées au sein du Conseil
Au cours du dialogue interactif, l’Union européenne, les pays du Benelux ainsi que les États nordiques et baltes ont réaffirmé leur soutien au mandat du rapporteur spécial. Ils ont appelé le Burundi à rouvrir le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, à autoriser les visites des procédures spéciales et à garantir un environnement favorable aux journalistes, aux défenseurs des droits humains et à la société civile avant l’élection présidentielle de 2027.
À l’inverse, le Venezuela, le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo ont plaidé pour la fin du mandat spécifique consacré au Burundi, estimant que le dialogue, la coopération technique et le respect de la souveraineté nationale constituent les moyens les plus appropriés pour accompagner le pays.
En conclusion, Fortuné Gaëtan Zongo a lancé un appel à la communauté internationale pour qu’elle ne détourne pas son attention du Burundi.
« Je pense au paysan sur sa colline, à la jeune femme qui attend des soins, aux familles qui cherchent leurs proches disparus. C’est le peuple burundais, en quête de justice, que ce Conseil ne peut abandonner », a-t-il conclu.
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Photo : À gauche sur la première ligne, Fortuné Gaétan Zongo, rapporteur spécial de l’ONU sur le Burundi, photographié lors de la 54ᵉ session du Conseil des droits de l’homme © DR
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