ANALYSE – Primes de fin de mandat : Bon ou Mauvais ?

ANALYSE – Primes de fin de mandat : Bon ou Mauvais ?

Par Acher Niyonizigiye, membre de « Umuco w’Ineza », un courant de pensée engagé dans la promotion du leadership serviteur au Burundi.

(Les articles d’opinions ou d’analyses n’engagent pas la rédaction de SOS Médias Burundi).

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Lors du conseil ministériel du 22 Janvier 2020, il a été décidé que le Président sortant recevra une enveloppe d’un milliard de francs Burundais à la fin de son mandat actuel en plus d’une villa offerte par l’état.  Beaucoup de compatriotes se sont exprimés sur cette décision – et ils continuent à le faire ; et je voudrais aussi partager mes points de vue. D’emblée, il sied de souligner que mes opinions s’inspirent des principes du leadership serviteur, le seul capable de redresser une nation meurtrie à plusieurs reprises comme la nôtre. Je vais parler du principe d’offrir des avantages et des primes aux dignitaires en fin de mandat en général, et pas spécifiquement du cas du Président de la République.

Je suis de l’avis qu’il est important que le traitement réservé à nos dirigeants ne soit pas un sujet tabou. En effet, ils sont à notre service, et l’argent utilisé pour couvrir leurs avantages vient du peuple. En fait, le parlement n’a fait que décider, ce n’est pas lui qui va financer l’application de la décision. Les implications financières de cette décision exigeront l’utilisation des impôts et taxes que nous payons. En plus, une telle décision constitue un antécédent qui va marquer notre histoire dans les années à venir – positivement ou négativement. Or, tout ce qui façonne notre avenir nous concerne directement.

A cause de mes convictions personnelles, je ne suis pas enclin à soutenir des initiatives de ce genre. Être leader c’est donner beaucoup plus que recevoir. Je considère un dirigeant comme un serviteur et non comme un patron, et je crois qu’il est imprudent de mettre un trop grand écart économique entre le dirigeant et les personnes qu’il dirige. Et même si l’idée d’honorer les dirigeants par des avantages et des primes n’est pas mauvaise en soi, il n’est pas sage de l’appliquer de façon inconditionnelle. En même temps, je suis mal à l’aise avec le traitement humiliant qui est parfois réservé aux anciens dignitaires, notamment par les dirigeants qui les succèdent. Permettre que ceux qui nous ont servis (surtout ceux qui nous ont bien servis) finissent dans la misère, c’est faire preuve de manque de respect et de reconnaissance. 

Tout en soutenant donc le principe d’honneur pour nos dirigeants, je crois qu’un traitement qui honore nos dirigeants devrait être conditionné par la qualité de leurs prestations et leur respect de la chose publique. Il ne devrait pas suffire d’avoir été dirigeant pour mériter automatiquement d’être honoré. Si des primes de remerciements sont distribuées de façon inconditionnelle, alors nous risquons d’encourager la cupidité dans l’exercice des fonctions politiques et attirer les pires candidats aux postes politiques. L’honneur se gagne et il devrait aller uniquement à ceux qui le méritent.

Il y a des dirigeants qui appauvrissent leurs peuples, soit par leur incompétence, leur avidité ou par la combinaison des deux. Si un dirigeant ne parvient pas à résoudre les problèmes clés de ceux qu’il dirige (surtout s’il ne fait que les compliquer ou en créer de nouveaux), s’il ne peut pas anticiper les problèmes à venir et agir en conséquence, il ne devrait même pas rester dans son poste de responsabilités. De même, si un dirigeant est responsable d’actes de corruption et / ou de détournement, il devrait céder la place car, plus il reste, plus il enfonce son peuple.

Avant donc de décider ce qu’il faut faire, un audit minutieux devrait donc être fait pour nos dignitaires en fin de mandant pour déterminer leur catégorie : ceux qui nous doivent des explications, ceux qui doivent remettre ce qu’ils ont volé et ceux que nous devons honorer. A mon sens, les deux premiers ne méritent pas de prime de remerciement. En fait, selon la gravite de leurs crimes économiques, certains devraient passer même par la prison. Mais ceux qui nous ont honnêtement servi avec toutes leurs capacités, nous leur devons respect et honneur.

Concernant la taille de la prime et d’autres avantages que l’on devrait accorder aux dirigeants honnêtes et compétents, elle devrait dépendre directement des progrès économiques enregistrés par le pays sous leur leadership. La prime et les avantages devraient dépendre directement de la contribution des dignitaires dans les progrès que le pays a connus sous leur leadership. Sinon, un jour, nous serons obligés de serrer la ceinture pour enrichir même ceux qui nous auront rendus plus pauvres.

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