Les autorités publiques burundaises ont la responsabilité de garantir un processus électoral transparent, libre, apaisé et démocratique ( analyse).

Les autorités publiques burundaises ont la responsabilité de garantir un processus électoral transparent, libre, apaisé et démocratique ( analyse).

A quelques jours avant la fin de la campagne électorale au Burundi, Maître Janvier Bigirimana estime que les actes d’intolérance politique mêlés à une violence structurelle prennent de plus en plus une allure croissante et inquiétante.

(Les articles d’opinions ou d’analyses n’engagent pas la rédaction de SOS Médias Burundi)

_________________________________________

En établissant le bilan sécuritaire des deux premières semaines de la campagne en cours, le porte parole de la police a chargé le parti CNL et ses militants comme étant la source des plusieurs cas de violence à l’encontre des membres du CNDD-FDD.

Dans la foulée, Monsieur Sylvestre Nyandwi, Procureur Général de la République a rendu public un communiqué de presse qui abordait la problématique dans le même sens tout en entretenant un discours de mise en garde à l’endroit des auteurs de violence parmi les membres des partis politiques y compris à l’endroit des leaders des partis politiques.

Le ministre de l’intérieur Pascal Barandagiye a également haussé le ton et sérieusement accusé les membres du CNL, en demandant que des poursuites judiciaires à leur encontre soient engagées immédiatement et sous la procédure de flagrance telle que prévue par le code électoral alors que pour les cas de violence orchestrée par les membres du CNDD-FDD, la recommandation est de mener des enquêtes pour vérifier la véracité des faits et éventuellement engager des poursuites.

La première question qu’on peut se poser à juste titre est de savoir comment et pourquoi, à la suite des confrontations survenues entre des membres du CNDD-FDD et du CNL, les autorités policières et judiciaires arrivent, sans enquête et sans délai, à connaître à qui incombent la faute. Y aurait-il une baguette magique qui informe le porte-parole de la police ou ses collègues et de manière quasi-instantanée sur la responsabilité des uns et des autres dans une telle situation ?
Est-ce que les membres du CNDD-FDD et les Imbonerakure sont plus victimes qu’auteurs des actes d’intolérance politique et autres crimes liés aux élections ?

A l’état actuel des choses, si rien n’est fait pour calmer le jeu électoral en cours qui ne cesse de bouillonner, le risque est grand de tomber dans une crise liée au contexte électoral et il y a lieu de craindre que les autorités issues du CNDD-FDD continuent à recourir plutôt à des manœuvres frauduleuses y compris les intimidations qui s’observent à travers les emprisonnements abusifs de certains candidats du CNL aux élections du 20 mai 2020.

En effet, face à une démonstration de force du CNL que l’un des politologues Burundais qualifie de « Phénomène Rwasa », il est certain que certains leaders du CNDD-FDD pourraient ne pas avoir l’esprit tranquille quant à leur lendemain politique d’où cette crainte.

Le récent appel d’Agathon Rwasa à une légitime défense par rapport aux multiples agressions, violences et injustices dont les membres du CNL sont régulièrement victimes semble avoir déclenché les hostilités actuelles qui étaient par ailleurs latentes entre les deux formations politiques qui paraissent être les plus influentes sur le terrain.

Ainsi, la légitime défense est parfaitement légale mais elle est susceptible de générer des abus car les conditions qui circonscrivent cette cause d’irresponsabilité pénale sont telles qu’elles doivent être appréciées et appliquées au cas par cas par un juge compétent. L’article 31, 3° de la loi n° 1/27 du 29 décembre 2017 portant révision du code pénal du Burundi érige en cause objective d’irresponsabilité pénale la légitime défense qui est « la réaction de celui qui, devant une agression injustifiée envers elle-même, ou autrui, accomplit un acte qui tombe sous le coup de la loi pénale, à condition que les moyens utilisés soient proportionnels à la gravité de l’agression ».

Pour que les humains puissent vivre ensemble et particulièrement dans ce contexte délicat de la vie politique du pays, il faut une application stricte et impersonnelle des lois qui dictent ce qui est permis et ce qui est défendu.

Il faut aussi que des juges fassent des efforts pour être indépendants afin de trancher quand il existe de différends et quand ces lois ne sont pas respectées. Les citoyens ne peuvent pas en principe rendre justice eux-mêmes ! Sans les lois, sans la justice, ce serait la loi de la jungle : œil pour œil, dent pour dent ! La nature ayant horreur du vide, les lois permettent cependant qu’une personne gravement menacée ou agressée puisse se défendre, cela peut parfois entraîner des conséquences graves sur l’agresseur ou la personne agressée.

Les autorités burundaises qu’elles soient policières, judiciaires ou administratives doivent faire leur travail en appliquant la loi sans discrimination et en protégeant tous les citoyens sur le même pied d’égalité. Depuis quelques années, on a vu des membres fidèles à Rwasa subir une répression sans précédent sans qu’une moindre enquête sérieuse ne soit menée pour les protéger. Il est notoirement singulier que ces mêmes autorités se réveillent avec des menaces d’appliquer la loi dans toute sa rigueur en pointant du doigt les seuls membres du CNL à la suite d’un appel à une légitime défense lancé par leur leader.

Ce que réclament les opposants politiques est à la fois légal et légitime : la sincérité de l’élection dans un processus apaisé et transparent et ce sont les autorités en place issues du CNDD-FDD qui ont cette responsabilité presque de façon exclusive. Elles seront ainsi comptables de tous les ratés du processus
y compris d’éventuels recours à la violence qui pourraient découler d’une gestion périlleuse du processus électoral en cours. Comme l’a bien précisé un politologue burundais, les organes de l’Etat n’ont pas le droit d’être en campagne électorale, ce qui se traduit par la nécessité d’une omniprésence de l’autorité publique pour assurer objectivement la sécurité à tous les citoyens en appliquant la loi de manière indiscriminée.

Le parti CNL tout comme les autres opposants politiques doivent également faire attention pour qu’au nom de la légitime défense, il n’y ait pas des débordements et un risque de générer une violence de trop qui servirait éventuellement de prétexte à une répression davantage musclée. Nous recommandons aux compétiteurs électoraux de garder à l’esprit que les infractions liées aux élections sont susceptibles d’être sanctionnées en vertu des articles 218 et suivants du code électoral en vigueur.

Campagne du parti CNDD-FDD à Bugendana (Gitega)

Du côté des autorités burundaises, qu’elles soient candidates aux élections à venir ou pas, elles doivent garder à l’esprit qu’une élection n’est significative qu’à partir du moment où elle a été libre et sincère.
Libre parce que l’électeur a été mis en mesure d’exprimer son choix sans contrainte (institutionnelle ou
structurelle). Sincère parce que les résultats proclamés sont conformes au choix des électeurs.
Le respect de la liberté et de la sincérité du vote est garanti par toute une série de techniques, de
procédures qui conditionnent les systèmes électoraux mais qui prennent racine dans une volonté
politique de se soumettre à la volonté du souverain qu’est le peuple.

La sincérité d’une élection devient utopique quand des mesures concrètes ne sont pas prises pour
empêcher les fraudes permettant d’inverser le résultat du vote, et des manipulations d’urnes à double fond qui font partie d’un folklore électoral. Il s’agit aussi de votes faits en connaissance de causes des effets qu’induiront les choix et les résultats.

Le Gouvernement du Burundi vient mêmement de s’opposer à une mission d’observation électorale de l’EAC en précisant que les éventuels délégués feront objet de quarantaine pour un délai de quatorze jours à la suite de la pandémie de Covid-19. Ce souci de lutte contre cette pandémie est contredit par ce qui s’observe sur terrain et ce refus d’observateurs étrangers serait guidé par d’autres motifs qui, visiblement sont liés au manque de transparence du processus électoral en cours.

Les élections en préparation ont un caractère spécifique car elles sont organisées au moment où des centaines de milliers de Burundais sont en exil et d’autres flux d’exilés risquent de se faire observer à la suite d’un climat délétère qui prévaut au pays. Nous réitérons notre souhait que le processus électoral puisse préserver la sécurité physique et morale du peuple burundais qui est lassé par les bains de sang, l’exil et toutes les formes de violence dont les politiciens sont les principaux auteurs. Les autorités publiques en place sont les premiers garants d’un meilleur vivre-ensemble en préservant les Burundais de tout ce qui pourrait directement ou indirectement générer toute forme de dégradation de la situation sécuritaire et en assurant autant que faire se peut la transparence et la tranquillité du prochain scrutin.

Previous Burundi- Processus électorale biaisé à l’avance selon le CNL
Next Buyengero- Élections: un candidat CNL aux législatives arrêté

About author

You might also like

Analyse

Guide Suprême du Patriotisme, un titre égoïste: analyse du point de vue politique

 Par Janvier Bigirimana. L’actualité récente du Burundi a été dominée par plusieurs faits politiques qui sont loin d’être anodins. Certains d’entre eux tournent autour des avantages financiers, protocolaires, symboliques et

Analyse

ANALYSE – Primes de fin de mandat : Bon ou Mauvais ?

Par Acher Niyonizigiye, membre de « Umuco w’Ineza », un courant de pensée engagé dans la promotion du leadership serviteur au Burundi. (Les articles d’opinions ou d’analyses n’engagent pas la

Analyse

« les élections de 2020 nous réservent plusieurs surprises » (Me. Janvier Bigirimana)

Selon Me. Janvier Bigirimana, la bonne issue des élections est largement tributaire du degré de civisme et de maturité qui pourrait caractériser les principaux leaders des formations politiques les plus