Mahama (Rwanda) : Marguerite Barankitse nie avoir empêché des réfugiés burundais de rentrer


Depuis une semaine, le camp de réfugiés burundais de Mahama vibre avec des listes de ceux qui veulent rentrer.
La liste qui s’allonge suscite beaucoup de questions. Des réfugiés ont affirmé s’être retrouvés sur les listes sans qu’ils se soient inscrits. De l’autre côté, certains réfugiés et le gouvernement burundais accusent la fondatrice de la Maison Shalom d’être l’obstacle à ce rapatriement qui pose problème. Marguerite Barankitse, quant à elle rejette en bloc toutes ces allégations.
(SOS Médias Burundi)

Au départ, la liste comptait 331 noms des réfugiés burundais qui « ont demandé » au président burundais d’entrer en contact avec le HCR et le Rwanda afin de les rapatrier.

Une semaine après, la liste s’est allongée avec plus de 600 inscriptions.

Cependant, plusieurs réfugiés dénoncent un enrôlement clandestin et tendancieux.

“Moi je me suis retrouvé sur ladite liste alors que je ne me suis pas fait inscrire. On a aussi vu le nom d’un certain Ézéchiel Minani au numéro 78 alors que ce dernier est mort et enterré au camp. Vous entendez qu’il y a plusieurs irrégularités sur la fameuse liste”, a réagi un réfugié de Mahama.

Mais d’autres réfugiés figurant exactement sur la liste accusent de leur part des politiciens et acteurs de la société civile et médias en exil de constituer une entrave à leur rapatriement.
Marguerite Barankitse, fondatrice de la Maison Shalom est jusqu’ici la seule à avoir été officiellement évoquée.

“Barankitse m’a appelé et m’a mis en garde qu’elle peut me faire du mal car d’après elle, je viens de commettre la trahison. Elle m’a indiqué que je dois rembourser les frais de bourse universitaire que sa fondation a payés pour moi à l’Université de Kibungo à l’Est du Rwanda. Pour le moment, je me sens en insécurité et je ne suis pas le seul”, a précisé Celeus Hatungimana, le numéro deux sur la liste des promoteurs de ce retour “volontaire” des réfugiés burundais du camp de Mahama.

Ces allégations ont été confirmées par le gouvernement burundais le week-end dernier.
Son porte-parole a même dit que cinq réfugiés promoteurs des listes ont écrit à l’ambassade du Burundi à Kigali pour demander « leur protection physique et celle de leurs familles ».

Barankitse s’en défend

Elle affirme avoir “téléphoné” certains de ceux qui sont sur la liste.

“Celeus, je l’ai appelé comme d’ailleurs je le faisais plusieurs fois car il est parmi mes enfants que j’ai élevés et pour qui la Maison Shalom a payé un Scolarship à l’université”, souligne celle dont tout ce qu’elle a construit au Burundi a été réquisitionné par le gouvernement.

Pourtant, elle nie avoir empêché qui que ce soit de rentrer.

“Le retour est une décision personnelle. C’est aussi un droit reconnu à tout réfugié comme d’ailleurs nous tous nous voulons rentrer. Seulement, le retour des uns ne doit pas faire du bruit. Qu’ils rentrent mais qu’ils n’entachent pas notre honneur et l’honneur du pays qui les a accueillis depuis des années”, dit-elle.

“Moi même j’ai été au camp de Mahama pour leur apporter du soutien à plusieurs reprises et nous payons le minerval pour plusieurs d’entre eux. Je le répète, la trahison n’est pas de s’inscrire sur la liste mais plutôt d’accuser à tort et à travers des gens et les impliquer dans une affaire qui ne les concerne pas. Sinon, l’on comprendra qu’il y a d’autres visées derrière ce soi-disant retour volontaire”, a ajouté la fondatrice de la Maison Shalom.

De leur part, les autorités rwandaises et du HCR affirment qu’elles sont prêtes à rapatrier “ceux qui le voudront et le demanderont à titre personnel”.

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Photo : Marguerite Barankitse lors d’un anniversaire de la maison Slalom, Kigali 2019