Affaire Melchior Ndadaye: Maître Janvier Bigirimana parle d’un procès non équitable
Le jugement dans l’affaire Melchior Ndadaye a été rendu lundi 19 octobre 2020. Des anciens dignitaires et hauts gradés de l’ancienne armée burundaise ex FAB ( Forces Armées Burundaises avant l’intégration de mouvements armés) dont l’ancien chef de l’État Pierre Buyoya ont écopé de la prison à vie. Maître Janvier Bigirimana, président de « Tournons la page-Burundi » estime qu’il s’agit d’un jugement loin d’être équitable. (SOS Médias Burundi)
Selon l’activiste, le jugement dans le dossier de l’assassinat de Ndadaye est un jugement qui appelle certaines critiques.
« Pour qu’il y ait un procès équitable, le minimum c’est que la personne ou les personnes accusées puissent se défendre, avoir le droit de défense qui est un droit fondamental dans un État de droit. Or, dans le cas d’espèce, nous sommes en face de personnes qui viennent d’être condamnées et dont la plupart sont en exil à la suite de la crise politique de 2015 qui a créé une insécurité majeure dans le pays « , explique-t-il.
Il estime que le parti au pouvoir a voulu précipiter les choses pour regagner la confiance de la majorité Hutu.
« Nous pensons que le pouvoir vient de précipiter les choses pour que ces personnes soient objet de marchandage du CNDD-FDD, un parti actuellement qui est en perte de popularité et nous crayons que ce parti est entrain d’essayer de redorer son blason pour mériter la confiance de la majorité de la population qui est Hutu pour donner un message comme quoi c’est le parti qui a pu condamner les Tutsi qui ont assassiné le président Ndadaye en 1993″, continue Maître Bigirimana qui trouve que c’est une façon » de faire maladroite ».
Accord d’Arusha ignoré
L’accord de paix et de réconciliation d’Arusha de 2000 avait donné des orientations qui pouvaient permettre à ce que les crimes au Burundi restés impunis pendant plusieurs décennies puissent trouver un cadre adéquat, qui aurait pu permettre la réconciliation de Burundais, poursuit le président de « Tournons la page Burundi ».
« Le fait de pécher un seul dossier dans une multitude d’autres dossiers qui ne sont pas traités, cela fait que cette tendance, cette action ne soit pas une action crédible et elle ne permet pas la réconciliation du peuple burundais mais c’est plutôt une situation qui ravive les tensions ethniques » insiste-t-il.
Une justice sous le joug de l’exécutif
Pour l’activiste, la justice burundaise est une justice qui n’est pas indépendante, qui agit sous le joug de l’exécutif burundais.
« C’est une justice qui n’est pas à même de rendre un jugement serein, équitable dans un dossier aussi complexe comme celui de l’assassinat du président Melchior Ndadaye. C’est une situation regrettable car la justice est utilisée non pas pour protéger les droits et libertés des citoyens mais plutôt comme un outil de répression », conclut Maître Bigirimana.
Il conseille à la justice burundaise de comprendre que « toutes les victimes ont besoin de la justice sans aucune forme d’exclusion ».
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