Malawi : la justice suspend la chasse aux réfugiés urbains
Les arrêts ont été pris par les hautes cours de Blantyre et Lilongwe. Ces juridictions ont simultanément émis des injonctions contre une décision du ministère de la Sécurité intérieure de transférer des réfugiés urbains et demandeurs d’asile vivant dans les villes et centres urbains au camp de réfugiés de Dzaleka. (SOS Médias Burundi)
Le gouvernement du Malawi avait lancé un ultimatum à tous les réfugiés et demandeurs d’asile résidant à l’extérieur du camp de Dzaleka d’y retourner avant le mercredi 28 avril 2021. Plus de 2000 personnes étaient concernées par cette décision.
Des réfugiés, essentiellement Congolais, Somaliens, Burundais et Rwandais avaient alors saisi la justice. À seulement quelques heures de la fin de l’ultimatum, ils ont obtenu gain de cause. “Les deux cours émettent une objection et empêchent le gouvernement du Malawi d’appliquer l’opération de déménagement des réfugiés urbains. Nous accordons 21 jours supplémentaires pour élucider la question”, peut-on lire dans l’arrêt des juges des hautes cours de Lilongwe, la capitale et celle de Blantyre, une grande ville secondaire. “Après avoir entendu l’avocat des demandeurs et après avoir lu la déclaration sous serment, il est ordonné qu’un contrôle judiciaire soit fait pour une solution durable”, ont ajouté les juges.
Au cours de sa visite au camp de Dzaleka la semaine dernière, le ministre de la Sécurité intérieure Richard Chimwendo Banda, avait souligné que les préparatifs continuent pour l’installation de ces réfugiés.
Les concernés se réjouissent de la décision temporaire de la justice. Mais pour eux, les autorités ne vont pas lâcher. “Il y a beaucoup de jaloux ici à cause de nos activités commerciales. Celui qui s’était déjà installé dans le camp n’est plus autorisé à revenir en ville où il vivait avant l’ultimatum. Nous attendons la levée définitive de cette mesure qui piétine nos droits”, a réagi un Burundais qui fait du commerce dans la capitale Lilongwe.

Pour le moment, les réfugiés installés à Dzaleka jubilent. « Le camp est déjà surpeuplé. Non seulement des gens mourraient de faim mais aussi ils ne trouveraient pas où vivre si d’autres réfugiés venaient ici même si on essaie de construire de nouveaux abris en tentes”, a réagi un autre Burundais.
Dans ce camp qui héberge plus de 48.000 réfugiés dont 11.000 Burundais, la population craint la dégradation des conditions de vie et demande au HCR de suivre de près cette question. Pendant ce temps, le ministre de la Sécurité intérieure, Richard Chimwendo Banda, a déclaré qu’il n’avait pas encore reçu de document officiel des deux juridictions tout en soulignant qu’elle compromettrait le processus.
D’après le ministre, le gouvernement avait déjà déployé des policiers dans divers endroits du pays. M. Banda a également ajouté que l’injonction pouvait aussi mettre la vie des réfugiés en danger.
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Photo : au milieu, le ministre de la sécurité intérieure du Malawi, en même temps en charge des réfugiés dans une visite au camp de Dzaleka
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