Attaque de Rutegama : les autorités refusent de compter les morts mais les enterrent

Attaque de Rutegama : les autorités refusent de compter les morts mais les enterrent

Les familles, aidées par le gouvernement ont enterré ce mercredi les personnes tuées dans l’attaque de Rutegama survenue samedi soir dernier. Les familles exigent une enquête sérieuse sur ce qui s’est passé. Le gouvernement affirme qu’elle a déjà été ouverte. (SOS Médias Burundi)

Mercredi 30 juin 2021, une marée de femmes et hommes, venus de différentes provinces du pays se rassemblent à l’hôpital de Muramvya (centre du pays). Certains attendent sur les deux bords de la route principale Gitega-Muramvya, d’autres à l’intérieur de l’hôpital. La frustration se lit sur les visages. Des femmes pleurent. Des hommes essaient de se retenir. Mais la situation semble dure depuis l’attaque perpetrée par des hommes armés qui, jusqu’ici ne sont pas encore identifiés.

Des familles se plaignent

« Je ne comprends pas ce qui se passe. L’enterrement est prévu pour 14h. Comme je ne maîtrise pas l’endroit, je suis arrivé à 9h00. Certains corps ont été tirés de la morgue », s’indigne un membre des familles éprouvées.

« C’est juste un symbole. J’étais là au lendemain de l’attaque. J’ai parcouru tout l’hôpital, je n’ai pu identifier aucun membre de ma famille. Ils ont été complètement calcinés. C’est terrifiant », murmure un homme qui a perdu trois membres de sa famille dans l’attaque. « Rappelez-vous, l’usage d’un téléphone portable est prohibé, la confiscation est probable. On nous en a interdit », se parlent des gens dans des groupes constitués.

Qui sont enterrés?

Devant la morgue de l’hôpital de Muramvya, quatorze corps sont allongés. Une prière en remplacement d’une messe de requiem est dite. Sur les croix, on peut remarquer certaines identités : quatre femmes et deux sans identification, le reste étant des hommes.

Impossible identification

Une source médicale à Muramvya révèle que l’hôpital a alité plus d’une dizaine de blessés graves. « Ils ont fini par succomber tous. Le dernier est décédé ce mardi », explique-t-elle.

« Nous avons aussi mis à la morgue, une femme et un homme dans un premier temps, puis quatre personnes, faisant en tout six corps. Ils avaient reçu des balles », affirme notre source médicale qui indique que ceux-là étaient facilement identifiables mais que pour le reste, il n’y avait aucune possibilité.

« En collaboration avec les agents de la protection civile, nous n’avons rassemblé que du cendre, nous l’avons mis dans des bâches. C’est ce cendre que nous avons mis dans des cercueils et distribué aux familles comme symbole », rassure une source à la Croix-Rouge Muramvya.

Le gouvernement promet d’en finir avec l’ennemi

« Ce qui a été fait est inhumain. Le gouvernement burundais vous affirme que des enquêtes sont en cours. Ces tueurs, buveurs de sang, qui ne sont même pas des humains seront attrapés, et vous serez au courant … », a longuement parlé Martin Ninteretse qui a représenté le gouvernement burundais sur la colline de Kayogoro (commune Muramvya de la même province) où reposent les quatorze corps.

« […], le Président burundais a déjà réuni les gouverneurs des provinces et les administrateurs communaux. Ils le savent. Une fois reconnus, ces malfaiteurs seront mis dans un état hors de nuire […] », a dit le secrétaire permanent au ministère ayant la sécurité dans ses attributions.

« La quadrilogie doit être renforcée dans cette province. C’est une deuxième attaque sur la route nationale numéro deux RN2. Toutefois, ces malfaiteurs se déplacent, par où passent-ils? », s’interroge M. Ninteretse.

À son tour, le représentant des familles des victimes n’a pas eu le courage de trop discourir. « Nous voudrions remercier le gouvernement qui nous a aidés, … et vous les nôtres, reposez en paix », dit un homme, les larmes aux yeux.

Événement hautement secret

« Nous vous demandons de ne prendre aucune photo. Il y a ceux qui ont été chargés de le faire. Toute autre personne qui le fait sera sanctionnée et son téléphone confisqué », prévient le modérateur.

Mais un membre d’une famille éprouvée qui décroche son téléphone et dont l’appareil allait être saisi se révolte. « Que faites-vous? Si je ne prends pas cet appel ou ne fais pas de photos, est-ce qu’il va ressusciter? Laissez-moi », dit-il d’une voix roque les yeux rouges et pleins de larmes à des jeunes hommes qui le réprimandent.

« Mais que veut cacher l’administration ? On n’a rien dit aux médias. Des rumeurs ont fait état de deux morts seulement. C’est vraiment terrible. Que le gouvernement nous dise ce qui se passe dans notre pays. Trop c’est trop », s’indigne une cinquantenaire.

Aucun médium local n’a accès à l’événement. Même un correspondant de l’ABP (Agence Burundaise de Presse) s’est vu refuser le droit de prendre des photos.
Seuls des policiers affectés à la cellule communication du ministère en charge de la sécurité publique prennent des images. « C’est vraiment peine perdue. Il fallait plutôt les sécuriser quand ils étaient encore vivants « , se désole un jeune homme dont un frère est mort dans l’attaque.

Des jeunes Imbonerakure du parti au pouvoir circulent dans les rangées pour vérifier si personne n’utilise son téléphone. Aux frais du gouvernement, une levée de deuil partielle collective a été organisée à Muramvya.

Des membres de certaines familles de victimes n’y ont pas participé. « Ils ont prévu ça dans l’après midi alors que la situation sécuritaire est inquiétante. Il est déjà 17h, nous risquons le même sort que les nôtres. Nous préférons rentrer », indiquent-ils.

Comme l’a remarqué un reporter de SOS Médias Burundi, le contrôle des véhicules assurant le transport en commun est intensifié à la sortie et à l’entrée de la ville de Bujumbura (capitale économique).

Des passagers sont obligés de descendre, présenter leur pièce d’identité. Les agents de la police situés sur les points d’entrée et de sortie fouillent dans tous les bagages. Une policière confirme que l’on vérifie s’il n’y a pas d’armes à feu.

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Photo : des membres et proches des familles éprouvées entourent les cercueils des victimes de l’attaque de Rutegama sur la colline de Kayogoro, le 30 juin 2021

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