Burundi-Covid-19 : le ministère en charge de la santé donne une situation épidémiologique jugée irréelle

Burundi-Covid-19 : le ministère en charge de la santé donne une situation épidémiologique jugée irréelle

En début de semaine, le ministère en charge de la santé a publié la situation épidémiologique du Covid-19. Les chiffres avancés montrent que la situation est inquiétante par rapport à ces derniers mois. L’autorité sanitaire affirme que des tests positifs au Covid-19 vont jusqu’à une centaine par jour et que l’épidémie à jusqu’ici coûté la vie à 12 personnes. Des sources médicales, des professionnels de santé voire des responsables administratifs dans différentes provinces du pays alertent plutôt que la situation est extrêmement grave même si l’autorité sanitaire elle, parle d’une situation maîtrisée. (SOS Médias Burundi)

Selon les chiffres présentés par le ministère ce lundi, 142 et 312 cas positifs au Covid-19 ont respectivement été détectés les 8 et 9 septembre dans tout le pays sur 5088 et 6294 personnes qui se sont fait dépister. Pour la semaine du 1er au 7 septembre, le ministère en charge de la santé avance un effectif de 1.119 cas positifs au Coronavirus détectés au moment où la semaine précédente, soit du 25 au 31 août, 1.056 personnes ont été testées positives au Coronavirus.

Du 31 mars 2020 où le premier cas positif au Covid-19 a été découvert au Burundi jusqu’au 9 septembre, le Burundi avance un cumul national de 14.503 cas positifs sur 490.953 personnes qui se sont fait dépister.

Jusqu’au 9 septembre 2021, le petit pays de la communauté de l’Afrique de l’est déplore 12 décès, affirmant que seuls 843 patients restent sous traitement, les autres ayant été soignés avec succès.

Manipulation des chiffres

Des professionnels de santé, des responsables et des salariés des structures sanitaires parlent de manipulation des chiffres pour cacher la réalité.

À Rumonge (sud-ouest du Burundi) et Bururi (sud) par exemple, des sources médicales dénoncent ce qu’ils qualifient de « falsification de chiffres » dans ces circonscriptions. « On dénombre 3 cas positifs seulement alors que nous en avons détecté 8 dont 4 salariés de l’hôpital la première semaine de septembre. Plusieurs autres personnes ont été testées positives au Coronavirus et renvoyées prendre des médicaments et se confiner chez-elles. On ne comprend pas où ils trouvent les données qu’ils mettent dans leur tableau », ont réagi des salariés de l’hôpital de province.

Et dans la province voisine de Bururi où le ministère ne parle que de 6 cas positifs au Covid-19, des professionnels de santé déplorent un mensonge délibéré sur les chiffres. Ils rappellent que des sources médicales ont rapporté plus de 80 cas pour les 3 premiers jours du mois de septembre, mais que les responsables de l’hôpital de Bururi ont refusé d’annoncer publiquement les résultats. « Nous sommes convaincus que la propagation se fait à grande échelle. Tout ce dont on a besoin, c’est d’être informés sur la vraie situation pour prendre des précautions contre le Covid-19 », disent-ils.

Des responsables administratifs très informés sur la vraie situation

À en croire les paroles des hauts responsables et administratifs, la situation de l’épidémie est plus alarmante que le ministère en charge de la santé ne le rapporte.

Le 5 septembre , le gouverneur de Gitega (centre) a déclaré un bilan de plus de 1100 cas positifs au Covid-19 pour une période de deux semaines dans la seule ville de Gitega (capitale politique).

Ce mardi, le maire de Bujumbura qui a tenu une réunion avec les responsables administratif et policier de la capitale économique a affirmé que les hôpitaux reçoivent un nombre inquiétant de malades du Covid-19. Il a menacé de sanctionner par une amende de 100 mille francs burundais ( soit 40 dollars) toute personne qui ne porte pas un masque et ne respecte pas les mesures barrières de prévention contre la propagation de la pandémie.

Un jour avant, le président de l’Assemblée Nationale a appelé les députés et salariés de la chambre basse à faire des tests Covid-19 au moins trois fois par semaine ainsi que leurs familles, les invitant à sensibiliser les gens dans leur entourage à se faire dépister pour éviter « une situation grave qui peut se produire ».

Daniel Gélase Ndabirabe a affirmé que des Burundais de la diaspora qui étaient dans le pays récemment ont beaucoup disséminé la maladie.

Suivi non rigoureux

Dans différentes provinces du pays comme à Ngozi, Muyinga et Kirundo (nord-est), Mwaro et Gitega (centre), Makamba, Bururi et Rumonge (sud-ouest) sans oublier la capitale économique Bujumbura qui reste l’épicentre du Coronavirus, plusieurs témoignages reçus par SOS Médias Burundi font état de patients qui circulent, vaquent à leurs activités et se rendent dans des milieux publics sans qu’aucune stratégie de suivi ne soit mise en place.

Thaddée Ndikumana,  ministre burundais en charge de la santé sur un site de dépistage des élèves des écoles à régime d'internat,le 10 septembre à Bujumbura
Thaddée Ndikumana, ministre burundais en charge de la santé sur un site de dépistage des élèves des écoles à régime d’internat,le 10 septembre à Bujumbura

« Certains pensent que le port de masque suffit pour des malades qui ne présentent pas de signes ou qui ne sont pas encore dans un état grave. Ce qui est étonnant, aucune stratégie n’a été arrêtée par les autorités pour faire un suivi sérieux et régulier des personnes testées positives au Covid-19. Des patients renvoyés chez eux ne reçoivent aucune visite, aucun suivi par des agents de santé ni d’appel téléphonique pour s’assurer qu’ils n’ont pas quitté leur domicile ou que la situation se s’est pas empirée. On procède à des tests et plus rien après », ont remarqué des reporters de SOS Médias Burundi.

Il y a une semaine, le ministre en charge de la santé déplorait « un mauvais comportement de voyageurs qui continuent de circuler alors qu’ils ont été testés positifs au Covid-19 en entrant sur le territoire burundais et des patients qui ne respectent pas l’auto-confinement et propagent la maladie ».
Thaddée Ndikumana a appelé les agents de santé communautaires et les administratifs à les dénoncer pour qu’ils soient punis conformément à la loi. Mais là aussi, aucune forme de sanction n’a été précisée.

Même si l’autorité sanitaire déplore 12 décès suite à l’épidémie, des sources médicales sur différentes structures sanitaires dans les grandes villes comme en milieu rural ne cessent de rapporter des décès, allant jusqu’à une dizaine par jour. C’est effectivement le cas de la clinique Prince Louis Rwagasore où est installé le centre national de lutte contre le Covid-19.

Le Burundi et l’Érythrée restent les seuls deux pays en Afrique qui n’ont pas encore vacciné leur population.

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Photo : la campagne de dépistage de tous les élèves des écoles à régime d’internat, avant la rentrée scolaire 2021-2022.

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