Burundi : une mesure de stabulation qui déçoit les éleveurs

Burundi : une mesure de stabulation qui déçoit les éleveurs

Depuis le 4 octobre 2021, il est interdit à tous les éleveurs de vaches dans tout le pays de faire paître leur bétail sur les collines. Les éleveurs doivent garder et nourrir leur troupeau à l’étable. Dans différentes provinces comme à Cibitoke et Bubanza (nord-ouest du Burundi), les éleveurs indiquent ne pas avoir de foin pour pouvoir nourrir leurs vaches à l’étable. Certains décident déjà de les vendre à un prix dérisoire. À Bururi et Rumonge (sud-ouest), en plus des mêmes grognes, des éleveurs ont déjà revu à la hausse le prix du lait, expliquant qu’ils dépensent beaucoup d’argent pour nourrir leur troupeau à l’étable. Des consommateurs de lait à Rumonge comme à Bujumbura (capitale économique) sentent déjà les conséquences. Ils disent que la hausse de 200 francs burundais par litre est énorme. Des éleveurs des zones frontalières envisagent déjà d’aller s’installer en Tanzanie et RDC. (SOS Médias Burundi)

À Cibitoke et Bubanza, des éleveurs avaient l’habitude de faire paître leur troupeau dans la plaine de la vaste plaine de la Rusizi. C’est le cas des éleveurs des collines de Mukingiro, Gatoki, Kagazi et Rusiga dans la commune de Rugombo et Kaburantwa, Ndava et Nyamitanga dans la commune de Buganda (province de Cibitoke) et des éleveurs des collines de la commune de Gihanga (Bubanza).

Dans les deux provinces, les éleveurs disent ne pas être capables de trouver du foin pour leur bétail. « On nous a annoncé une loi sans mesures d’accompagnement. Par exemple, nous n’avons pas eu de boutures pour les herbes qui serviront de foin à l’étable. Et puis, le gouvernement n’a pas pensé à la rareté des terres. C’est une loi injuste parce que le seul moyen auquel nous faisons recours depuis belle lurette est de faire paître le bétail sur les montagnes et dans la plaine de la Rusizi. Même nos ancêtres le faisaient ainsi », disent-ils.

À Bubanza, des affrontements entre des jeunes Imbonerakure et des éleveurs ont fait des blessés, la semaine dernière, selon des témoins. « Des Imbonerakure ont voulu récupérer des vaches trouvées sur la place publique et des éleveurs s’y sont opposés. L’affrontement a fait des blessés. C’est le gouverneur de province qui avait donné l’ordre de récupérer toutes les vaches ne se trouvant pas dans les étables. Elles ont été remises à leurs propriétaires après plusieurs heures », disent des témoins oculaires.

À Bururi et Rumonge, des éleveurs qui se sont confiés à SOS Médias Burundi dénoncent « une loi non consentie et qui appauvrira plus vite les familles ». « Depuis son existence, la région de Mugamba est connue pour son élevage. Depuis des siècles, les éleveurs faisaient paître les vaches sur les collines. Avec cette mesure, c’est ni moins ni plus vouloir nous étrangler. Nos enfants n’iront plus à l’école, parce qu’on sera obligé d’abandonner le seul métier le plus rentable pour financer les études de nos descendants », regrettent-ils.

Conséquences

À Rumonge et à Bujumbura, le prix du litre de lait a déjà été revu à la hausse à raison de 200 francs burundais. Des éleveurs expliquent qu’ils dépensent beaucoup d’argent pour acheter du foin pour leurs vaches. Des consommateurs de lait en l’occurrence des familles qui doivent en acheter pour les enfants elles, dénoncent un prix insupportable.

À Bubanza, plusieurs familles ont commencé déjà à vendre leurs vaches et les ruminants à un prix dérisoire. « J’avais une seule vache, et comme je ne suis pas capable de la nourrir à l’étable, je n’ai pas d’autre choix que de la vendre. Malheureusement, les bouchers en profitent et nous offrent un très petit prix. La mienne qui avait au minimum la valeur d’un million, je viens de la vendre à 800 mille francs burundais », se désole un éleveur.

Très peu d’éleveurs pensent déjà à fuir avec leur troupeau de l’autre côté en République Démocratique du Congo en traversant la rivière Rusizi.

La même situation est observée dans toutes les provinces du Burundi. Dans celles frontalières avec les pays voisins comme Cankuzo (est), des éleveurs commencent à pratiquer la transhumance vers la Tanzanie voisine. Les autorités menacent de sanctionner des éleveurs qui traversent la frontière. « Ils seront punis conformément à la loi interdisant la violation de la fermeture des frontières », indique Gilbert Manirakiza, administrateur de Rugombo, une des communes où les éleveurs ont déjà manifesté la volonté d’aller s’installer en RDC.

Plusieurs veuves et familles pauvres dont les études de leurs enfants sont financées par les revenus issus des ruminants dénoncent « une mesure qui hypothèque l’avenir de leurs enfants ».

Selon le recensement du cheptel de 2016, le Burundi compte plus de 700 mille vaches, plus de 2 millions de ruminants (chèvres et moutons confondus) et plus de 3 millions de volailles. Le projet de loi sur la stabulation permanente a été introduit au parlement le 5 juin 2017. La loi est en vigueur depuis le 4 octobre 2021.

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Photo : des vaches dans une rue de la plaine de la Rusizi

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