Burundi : le CNDD-FDD organise une semaine dédiée aux combattants controversée

Burundi : le CNDD-FDD organise une semaine dédiée aux combattants controversée

Depuis ce mardi jusqu’à samedi 20 novembre, le parti CNDD-FDD organise la semaine dédiée aux combattants. Des associations des anciens militaires et le parti d’opposition CNL veulent que l’événement soit inscrit sur la liste des fêtes nationales au lieu d’être une activité du parti au pouvoir. (SOS Médias Burundi)

Comme chaque année, les cérémonies d’ouverture ont eu lieu à Gifugwe,en zone de Musenyi. C’est dans la commune de Mpanda, en province de Bubanza (ouest du Burundi). Plusieurs autorités du pays et du parti au pouvoir s’étaient déplacées.

C’est Réverien Ndikuriyo, secrétaire général du CNDD-FDD qui a prononcé le mot de circonstance.
Il a appelé les Burundais à éviter les divisions affirmant que « les hommes enterrés ici ont été tués par nous-mêmes ». « Tous ceux qui dorment ici ont été tués par nous-mêmes, ce n’est pas l’ennemi qui les a tirés dessus. La majorité d’entre nous ne le savait pas. C’est nous-mêmes qui les avions assassinés. On n’est pas allé à une tombe d’un combattant tombé sur le champ de bataille,nous sommes venus à un monument des combattants qui ont été achevés par leurs propres frères d’armes[…] »,a indiqué M.Ndikuriyo devant un parterre acquis à sa cause devant le monument de 14 anciens rebelles du CNDD-FDD.

Et de faire un clin d’œil. « Vous,les autorités présentes ici n’oubliez jamais le passé. Il y en a parmi vous quand vous occupez des postes commencez à se comporter comme des étrangers au parti, vous avez un cortège de dix véhicules et vous voulez vous comporter de cette manière, il faut toujours se rappeler… », a-t-il insisté sur un ton moqueur.

Des anciens militaires qui ont servi dans l’armée régulière avant l’intégration de mouvements armés Hutus tout comme des ex rebelles saluent le fait qu’il y ait au moins une semaine leur dédiée.

Mais pour les anciens militaires, « nous ne sommes pas conviés aux cérémonies. On nous le cache nous EX-FAB (Armée burundaise avant l’intégration de mouvements armés Hutus). Il y a des aveugles, des handicapés, la majorité se déplace dans des chaises roulantes et nous n’avons pas de moyens pour remplacer les plaques solaires en panne. Les autorités devraient penser à nous et écouter nos doléances ».

Quant aux anciens rebelles du CNDD-FDD, « nous essayons de vivre tant bien que mal. Mais quand les autorités nous visitent pas alors qu’on se connaît pour avoir été ensemble pendant plusieurs années, on finit par perdre espoir que notre sacrifice est vain ».

Le représentant de l’association des anciens militaires handicapés trouve que l’appellation de la semaine elle-même cause problème, en plus d’être organisée par un parti politique.

[…..], si c’était bien organisé,ça ne devrait pas être organisé par le parti au pouvoir. Normalement c’est le pays qui devrait le faire. Ça devrait être une journée ou semaine nationale », constate Cassien Bizabigomba qui a été invité à la cérémonie pour la toute première fois.
Il demande l’inclusion de tous les anciens combattants issus de différents mouvements rebelles Hutus et de l’ancienne armée pour une « bonne appellation et une bonne préparation de la semaine ».

Des militants et sympathisants du CNDD-FDD mobilisés pour participer à l'ouverture de la semaine dédiée aux combattants
Des militants et sympathisants du CNDD-FDD mobilisés pour participer à l’ouverture de la semaine dédiée aux combattants

Il revient aussi sur les parades militaires de la jeunesse du parti présidentiel. « Il s’agit d’une intimidation envers d’autres personnes ou jeunes affiliés à d’autres partis politiques. Il est défendu dans la constitution burundaise de faire des démonstrations paramilitaires à l’exception des organes compétents à défendre le pays à savoir l’armée et la police »,estime-t-il tout en conseillant les responsables du CNDD-FDD de mettre fin à ces parades.

Le 28 août cette année, le secrétaire général du CNDD-FDD a demandé aux membres de la ligue des jeunes de son parti les Imbonerakure de multiplier des entraînements afin d’améliorer les parades militaires.

Pour Aimé Magera,représentant international du CNL « […], comme le CNDD-FDD est un parti qui a toujours gardé ce réflexe du maquis, il veut toujours entretenir ce climat de peur et mettre la pression sur la population parce qu’il n’a pas d’assise populaire ».

Du côté de l’association des anciens rebelles issus des mouvements armés Hutus pour la plupart du CNDD-FDD, l’on regrette que ses membres sont laissés à eux-mêmes. « Il y en a qui sont malades mais qui ne sont jamais pris en charge. Et de façon générale, la majorité se trouve dans la pauvreté. Personne ne se soucie de notre situation », déplore leur représentant.
Il exige la mise en place d’une loi régissant les anciens combattants par ailleurs.

La semaine dédiée aux combattants sera clôturée cette année en commune de Bugendana dans la province de Gitega (centre). Là, le CNDD-FDD est accusé d’y avoir massacré 648 déplacés Tutsis dans un camp de déplacés intérieurs en juillet 1996. Elle débute chaque fois le 16 novembre, date à laquelle l’ancien mouvement rebelle Hutu a signé un cessez-le-feu avec le gouvernement du Burundi. C’était en 2003.

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Photo : monument des anciens rebelles du CNDD-FDD à Gifugwe, en commune de Mpanda ,province de Bubanza

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